L’Ombre du Crépuscule, Rachel Caine.

Clémence (du blog YouCANrEad) et moi avons entamé la trilogie de Stillhouse Lake ensemble, en 2019, et depuis, notre mois d’octobre contient une lecture commune indéboulonnable : la suite. Si cela vous tente, je vous glisse les liens vers mes articles pour le tome 1 : L’Ombre de la menace, et pour le tome 2, L’Ombre de l’assassin. Attention néanmoins, si vous n’avez lu aucun des tomes, cet avis risque de vous spoiler un peu, puisque je suis obligée de parler de l’histoire telle que la fin du tome 2 nous la laisse. N’hésitez donc pas à aller plutôt voir les chroniques des tomes précédents si vous avez envie de tenter l’aventure aux côtés de Rachel Caine et de son héroïne Gwen.

Ce roman intègre le Pumpkin Autumn Challenge, dans le menu Automne frissonnant, catégorie « Gare, gare à la main de la gloire » où la lecture attendue est un polar ou un thriller. Autant dire que c’est la catégorie que je complète en premier quand j’établis ma pile à lire tant ma bibliothèque regorge de polars.

Dans ce volet, Gwen est enfin libérée de son ex mari, Melvin Royal, mais alors qu’elle espère obtenir un peu de calme, le harcèlement orchestré par ses détracteurs se poursuit. C’est dans ce contexte qu’elle reçoit un énigmatique coup de fil d’une certaine Marlene Crockett, résidant à Wolfhunter. Une menace diffuse semble planer sans que Gwen ne sache de quoi il retourne jusqu’à ce que Vee, la fille de Marlene, l’appelle et lui annonce que sa mère est morte. Si Gwen se rend à Wolfhunter, rien ne garantit qu’elle en sortira indemne.

Ce troisième volet, je l’attendais avec impatience et en même temps, je me demandais bien ce qu’il pourrait nous livrer comme histoire, puisque Melvin est mort à la fin du tome 2 : des adeptes du tueur en série prêts à prendre la relève? un jeu de manipulation destiné à torturer son ex-femme? Cela aurait pu vite tourner court et être répétitif. Et finalement, Rachel Caine explore une autre piste. Bien entendu, le passé de Gwen la poursuit encore, ses détracteurs sont bien là pour lui compliquer la vie, pour la harceler, l’ombre de Melvin plane encore pour ce qu’il a fait d’elle mais aussi par les petits mots qu’il a laissés à son intention, pour dynamiter tout ce qu’elle a pu tenter de reconstruire et pour faire de sa vie un véritable enfer. Mais le récit ne s’arrête pas à ça et prend un véritable nouveau départ. Nous découvrons ici une Gwen altruiste, qui, forte de ses malheureuses expériences, vient en aide aux autres, devient une ressource pour des femmes dans des situations analogues ou des femmes en danger tout simplement. L’histoire est donc moins centrée sur le face à face Gwen / ses détracteurs et permet de donner une impulsion vers la Gwen sans Melvin.

Ce changement de ton est annoncé dès le prologue, mentionnant l’enlèvement d’une fillette : sincèrement, Clémence et moi nous sommes demandé où ce prologue nous mènerait, d’autant qu’il semble déconnecté du reste… jusqu’à ce que tout s’éclaire et là, c’est bluffant. Dans L’Ombre du Crépuscule, le lecteur se dit que Gwen cherche un peu les ennuis en se mêlant d’une affaire qui ne la regarde pas au premier chef, d’autant que Miranda Tidewell lui complique la vie, pourtant, nous prenons plaisir à la voir se débattre pour venir en aide à Vee. Mieux que personne, elle sent les pièges se refermer sur les êtres, elle sent lorsqu’il y a anguille sous roche dans une histoire, et elle cerne assez bien les personnages… pas assez rapidement pour s’éviter tous les ennuis, mais suffisamment pour être capable de sauver sa peau.

Rachel Caine fait cristalliser une petite bourgade oppressante. Dès que nous posons le pied à Wolfhunter, nous sommes frappés par l’atmosphère nauséabonde des lieux : un petit village où tout le monde se connaît, où les puissants sont des dynasties bien implantées – tyrannisant les autres, jouant de leur pouvoir, jouissant de leurs prérogatives et faisant régner une terreur que personne n’ose reconnaître. C’est un endroit fait de faux sourires, d’hypocrisie, de violence larvée, de turpitudes cachées et de corruption. Chaque homme, chaque femme est un ennemi potentiel, prêt à rappeler à Gwen qu’elle est et restera Gina, prêt à tout pour cacher ses plus sombres secrets, quitte à tuer. Dans cette jungle reculée, Gwen et Sam ne sauront plus à qui faire confiance et ils se sentiront cernés de requins sous les visages affables. Pour autant, ils lutteront pour mettre au jour la vérité, mettant leur propre sécurité en péril, et celle des enfants. Ils deviennent d’une certaine façon enquêteurs malgré eux, sans soutien ou presque, et montrent leurs talents.

Gwen est ici une lionne qui combat pour la vérité, pour sauver ses enfants aussi lorsqu’ils sont en danger, mais pas seulement. Elle s’autonomise. Elle n’est plus « juste » l’ex-femme de Melvin Royal, qui essaie d’échapper à l’ombre de son mari, elle est une femme entière, qui mène ses propres combats. Ce volet permet donc de déployer son caractère et de la faire renaître à elle-même d’une certaine façon. C’est ce qui m’a particulièrement plu, et c’est ce qui permet d’éviter l’écueil de la répétition par rapport aux deux premiers opus : les drames de son passé l’ont forgée, maintenant, tel un phénix, elle renaît de ses cendres et s’affirme. Les enfants aussi gagnent en maturité et la relation qu’elle entretient avec Sam ne bascule pas dans le mielleux : des fantômes du passé ressurgissent et mettent à mal les liens noués, mais les sentiments et leur véracité sont aussi présents, permettant de créer une relation à la fois solide et fragile, forte et à consolider. Ce tome est celui où les non dits explosent dans leur relation, risquant de tout détruire… ou de tout assainir, selon les options choisies par les protagonistes. L’intérêt de L’Ombre du Crépuscule est donc de tirer un trait sur une grande partie du passé pour se tourner vers l’avenir. Cela présage des choses intéressantes, et je suivrai de près la suite pour savoir si nous retrouverons Gwen dans d’autres aventures.

Ainsi, j’ai adoré ma lecture : le tempo s’accélère au bon moment et nous entraîne dans une course folle, au milieu des fusillades et des révélations stupéfiantes. Les personnages grandissent, évoluent et deviennent plus sûrs d’eux mêmes, façonnés par le passé, mais tournés vers l’avenir. Un tome à la fois inédit et en lien avec les autres, différent mais éminemment savoureux, ouvrant de belles perspectives en nous gardant le plaisir de retrouver la base qui nous avait séduite. En bref, un très bon troisième tome qui navigue en eaux troubles évitant le chant des Sirènes de la facilité ou de la répétition. Un vrai régal.

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