Yamabuki, Aki Shimazaki.

J’aime beaucoup les romans d’Aki Shimazaki, alors il me paraissait évident d’en glisser un dans ma pile à lire pour le Pumpkin Autumn Challenge. Mon choix s’est porté sur Yamabuki que je fais entrer dans le menu Automne Douceur de vivre, catégorie « Il suffit de se souvenir de rallumer la lumière », pour le mot clef « émotion ».

Yamabuki retrace l’histoire d’un couple, celui d’Aïko et de Toda, un couple qui a eu le coup de foudre et qui a décidé de se marier dès le premier rendez-vous, un couple qui a assisté à la reconstruction du Japon post-guerre, un couple qui se penche désormais sur les cinquante années qui se sont écoulées et au bonheur qui les a unis, par-delà les coups du sort.

Ce roman est différent des autres que j’ai pu découvrir de Aki Shimazaki. La plume m’a saisie dès les premières pages, et m’a enveloppée d’une tristesse nostalgique qui m’a un peu déroutée au départ. Puis, je me suis laissée bercer par ces émotions et mon souffle s’est calé sur la musique de la langue. Dans ce roman, ne vous attendez à rien de trépidant, pas de drames, pas de hurlement, pas de cris. Vous trouverez un regard lucide et dénué de colère sur le passé, un passé parfois douloureux, parfois lumineux, vous trouverez une douce nostalgie des bonheurs partagés, et une reconnaissance certaine pour la joie savourée. C’est avant tout un roman de l’intime : Aïko raconte son passé et se raconte de page en page. Ses peines, ses déceptions, son parcours, tout nous est livré avec une retenue et une sobriété qui nous touchent.

La vie d’Aïko n’a pas été facile, pour autant, elle n’a pas été horrible non plus. Elle a vécu modestement, a survécu à la guerre, a connu le chagrin, l’humiliation aussi dans sa vie personnelle, elle a rencontré de belles personnes, s’est reconstruite, s’est écoutée et a finalement été heureuse. Elle nous explique cela tout en portant un regard fin sur ses proches : sur son époux, sur leur relation, sur leurs proches et sur leurs désirs. Son regard est à la fois doux et subtil, il a la précision d’un scalpel pour comprendre l’Autre, mais sans émettre de jugement acerbe. Dans son récit, elle fait vivre ce mari malicieux et culotté (il faut le dire! ) rencontré par un heureux hasard, elle donne à entendre la belle-mère lucide et généreuse, le premier époux peu respectueux sous des dehors affables. Elle fait exister pour nous des êtres qui ne sont pas physiquement présents mais qui ont modelé, chacun à leur façon, sa vie. C’est certainement ce qui confère aussi sa douceur au roman. En un sens, c’est une très belle lecture d’automne. J’aurais aimé le lire, pelotonnée sous un plaid moelleux, sous un arbre aux feuilles couleur rouille qu’une légère brise auraient fait tomber lentement, et que mes pieds auraient fait craquer lorsque je serais rentrée pour me blottir au coin du feu. Voilà l’atmosphère qui semble coller à ce livre : parfaite donc pour le Pumpkin Autumn Challenge ! Mon regret? Je n’ai actuellement ni jardin, ni cheminée… je me suis donc contentée du plaid, du ronron de mon adorable minette et d’un rooibos automnal bien chaud.

En filigrane, Yamabuki est une réflexion sur le couple, sur ce qui le cimente, sur les relations homme / femme, sur les mariages arrangés et sur les mariages d’amour. Pour cela, plusieurs couples gravitent autour d’Aïko et de Toda et forment des contrepoints intéressants : la nièce d’Aïko, Zakuro, mais aussi Madame S. En peu de pages, le roman donne à voir une multitude de couples, plus ou moins heureux, plus ou moins en phase l’un avec l’autre et laisse filtrer beaucoup d’humanité.

Je comprendrais malgré tout que ce roman ne plaise pas à tous, de par sa singularité. Cette tristesse majestueuse, que j’ai éprouvée à la lecture, peut ne pas entraîner le lecteur. Sur ce point-là, vous seul pouvez dire si cela vous effraie ou vous intrigue. Si vous décidez de vous lancer, je vous souhaite une belle promenade au jardin des souvenirs, à l’ombre des émotions, réchauffés au doux soleil de l’amour partagé.

Cette lecture est donc très douce, empreinte d’amour et de beauté, sans épanchement superflu. Elle luit d’une douce lumière et perce le ciel déclinant de l’automne pour nous réchauffer le cœur, comme un rayon de soleil qui s’attarderait une dernière heure avant que la fraîcheur ne s’installe et nous emporte vers l’hiver. Une jolie découverte, une fois de plus, qui touche et émeut, avec un récit tout en justesse et en élégance.

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