L’Ombre de la menace, Rachel Caine.

L'ombre de la menace par Caine      L’Ombre de la menace est un thriller qui me tentait depuis des mois. J’avais vu les annonces de la maison d’édition et je l’avais vu tourner aussi sur bookstagram. Autant dire que ma curiosité était piquée à vif et que je trépignais d’impatience. C’est donc avec un grand bonheur que je me suis lancée dans la lecture une fois enfin en vacances, l’esprit  frais et dispos pour le savourer.

    Dans L’Ombre de la menace, nous découvrons Gina Royal et ses enfants, une fois que leur vie vole en éclats, une fois que Mel, le mari et père de famille parfait, est mis à nu dans toute sa monstruosité. Sous l’apparence du bon voisin, c’est un tueur en série. Puis l’implacable mécanique se met en place : menaces, harcèlements, fausses identités et une fuite en avant désespérée, désespérante dans laquelle l’être se délite toujours un peu plus.

      J’ai beaucoup aimé ce thriller parce qu’il arrive à nous emporter dans une atmosphère oppressante sans être poisseuse et pesante. Le danger rôde, mais reste diffus, furtif si bien qu’à chaque instant nous pensons avoir rêvé. Nous découvrons avec Gwen (Gina de son vrai prénom) une petite ville bien sous tous aspects, où chacun se connaît, mais où -sans le dire- tout le monde se méfie du nouveau venu et l’épie tout en discrétion derrière un joli rideau en dentelle. Nous la voyons essayer de garder la tête hors de l’eau, sursauter à chaque bruit, avec cette méfiance peureuse des pauvres bêtes traquées… car, traquée, elle l’est assurément : notamment par les détracteurs de son ex-mari qui ne pardonnent pas la candeur dont elle a fait preuve en côtoyant sans le voir un assassin. Mais, malgré toutes ses précautions, elle est loin de se douter de la partie d’échecs qui s’est engagée depuis bien longtemps, à son insu.  Peut-être même que, croyant fuir et assurer sa sécurité, elle s’est précipitée dans la gueule du loup… Les eaux calmes du lac qui bordent sa maison regorgent peut être de plus de requins que l’océan et les apparences restent  trop souvent trompeuses. Dans ce roman, j’ai aimé les renversements de situation. Rien n’est jamais simple et limpide, tout devient oppressant, dérangeant et les choses trappes se multiplient. A chaque nouvelle alerte, nous voyons Gwen se briser un peu plus, s’étioler mais lutter pour ne pas laisser Mel gagner, pour ne pas laisser le Mal l’emporter. C’est un combat à armes inégales et nous ne pouvons qu’admirer cette femme pour sa ténacité.

       Gina ou Gwen, peu importe comment nous la nommons, est la clef de voûte de tout l’édifice. De ses faits et gestes dépend le reste de l’histoire. De ses erreurs, de ses doutes, de ses éclairs de lucidité aussi. C’est une femme aussi forte qu’elle a été brisée. Or, par une ironie terrible, elle n’est jamais aussi attachée à son bourreau que quand elle se croit enfin libre. La prise de conscience pour elle et pour le lecteur n’en est que plus cuisante : elle est la souris manipulée par un chat pervers et violent, qui se délecte du spectacle. Pour autant, malgré l’adversité, elle n’abandonne jamais. Même lorsqu’elle saisit enfin toute l’horreur et toute la cruauté de sa situation, elle se relève, tel un phénix, et se bat. De souris, elle devient louve car elle n’est plus la candide femme au foyer et si le piège a fonctionné, la victime n’est plus la même. Je trouve cette figure féminine émouvante car personne ne peut se vanter de n’avoir jamais été dupé ou trahi par autrui. Ses choix, rationnels ou non, sont façonnés par un passé qu’elle honnit mais qui a fait d’elle ce qu’elle est. En cela, elle est profondément humaine et apporte au roman un ancrage dans le réel permettant à l’autrice de déployer ensuite tout le panel d’un destin hors normes.

    Dans ce livre, il y a assez peu de personnages – j’entends par là ceux qui sont au premier plan. Nous avons donc une réelle économie de moyens pour un effet optimal. En effet, chacun révèle des facettes insoupçonnées et insoupçonnables qui ménagent de réels effets de surprise, sans pour autant tomber dans le pathos ou dans l’excès.

        Enfin, je n’ai rien à redire à la rythmique de ce récit : les chapitres sont conséquents et nous laissent le temps de savourer les événements et le quotidien inhabituel de cette mère de famille détonante. De bout en bout, j’ai été intriguée et portée par une plume légère et sobre. J’ai beaucoup aimé l’accélération des derniers chapitres, mimant l’urgence, la panique, jusqu’à l’acmé que représente la fin et ses révélations. Finalement, si nous pensions ouvrir ce livre sur une femme déjà transformée par le son passé, il n’en est rien. Elle parcourt en l’espace de ces quelques pages un chemin tout aussi important, si ce n’est plus encore.

       Ainsi, j’ai adoré ma lecture. L’Ombre de la menace de Rachel Caine remplit parfaitement les attentes qu’il fait naître : une famille aux abois, une menace sourde dont on ignore l’origine, une course poursuite contre la mort et des faux-semblants renversants. Une lecture parfaite, au coin du feu, bercée par le crépitement des flammes ou par la musique de la pluie sur le toit. Je recommande! 

3 réponses sur « L’Ombre de la menace, Rachel Caine. »

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