La redoutable veuve Mozart, Isabelle Duquesnoy.

La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy       J’ai gagné ce roman à un concours des Editions de La Martinière, j’avais été invitée à participer par une amie et je ne regrette pas d’avoir tenté ma chance. Le titre m’intriguait car il laisse supposer un destin de femme hors normes et pourtant, je n’avais que peu d’informations sur Constanze Mozart, alors même que j’ai visité la Maison Mozart à Vienne il y a quelques années…

     Vu que j’ai du mal à me tenir à ma PAL du Pumpkin Autumn Challenge, je l’intègre dans « Automne enchanteur », « Prenez garde aux souliers pointus », pour le féminisme.

       Dans ce roman, Isabelle Duquesnoy met en scène Constanze Mozart, de la mort de son époux à sa propre mort, quasiment. Elle montre les étapes qui ont jalonné le deuil puis sa vie en général, les embûches, mais aussi la manière dont elle a élevé ses fils, sa manière de les aimer et de leur parler de leur père, cet Absent décédé aux sept ans de l’aîné, tandis que le cadet n’avait que quelques mois.

          Ce qui m’a d’abord frappé dans ce roman, c’est la narration. Je m’attendais à un récit à la troisième personne, mettant en scène Constanze, un peu à la manière d’une biographie. Or, il n’en est rien. Dès le prélude passé, Constanze a la parole, et très vite, nous comprenons qu’elle parle à un de ses fils, alors qu’elle est déjà âgée. Elle revisite ses jeunes années pour lui, lui raconte la défiance de sa belle famille, les excentricités de ce mari tant aimé, ses dernières heures aussi, sa propre lutte de mère pour garder ses fils à ses côtés, sa manière d’entretenir le souvenir de Mozart. Ainsi, dans les trois quart du roman, nous sommes plongés dans ce passé, narré comme si c’était l’instant présent. Les courts retours au moment de l’énonciation permettent de comprendre peu à peu que le récit mime une justification. La mère, désormais bien vieille, répond aux accusations de son fils et lui confie enfin, tout ce qu’elle a fait. Cela apporte un côté touchant au livre tout en entretenant une certaine curiosité, car nous nous demandons vraiment ce que le fils lui reproche…  de fil en aiguille, à mesure que la femme se dévoile, sans complexe, nous comprenons mieux de quoi il peut retourner.

        Le portrait d’une femme hors norme se profile de page en page. Hors norme dans tous les domaines. Constanze Mozart est une femme excessive et a une liberté de parole dans ses confidences assez détonante. Elle a la rancune aussi tenace que son amour pour son défunt mari, et ce n’est pas peu dire! On sent sa jubilation à travers les lignes lorsqu’Isabelle Duquesnoy évoque la dernière revanche prise sur Nannerl, la sœur de Wolfgang, qui sa vie durant a détesté l’épouse du compositeur. Sous les mots, nous sentons l’éclat de rire, l’ultime pied de nez, et bien que moralement, nous ne puissions pas adhérer à sa décision, nous sommes enclins à sourire avec elle tant le personnage de Constanze séduit et agace en même temps. Cette femme fait naître des sentiments ambivalents.

       Son adoration pour Wolfgang tourne à l’obsession. Mais par son acharnement, elle parvient à garder vivace et à défendre un héritage qui se serait sans doute délité sinon. Elle tient aux droits liés aux œuvres de l’artiste disparu, elle tient à ce qu’on joue Mozart, elle veille à ce que son génie soit reconnu, et dans l’ombre, elle travaille à sa gloire : le roman met particulièrement en scène ce combat d’une vie. L’école de musique, les statues, les festivals, les honneurs rendus, les concerts organisés, tout est mentionné à point nommé, expliqué, et cela montre, sous l’acharnement, quelle femme d’affaires était Constanze. Pour une femme qui était présentée comme sotte, et sachant mal gérer un ménage, quelle revanche! Elle a administré cet héritage culturel de main de maître et a transmis à ses fils un véritable patrimoine, à ses fils, certes, mais pas seulement… à nous aussi, car qui sait ce qui aurait traversé les siècles si personne n’avait pris la défense de ce qu’il restait de l’oeuvre de l’artiste ?

      Par contre, cette femme de poigne agace aussi, c’est indéniable : certaines décisions, certaines réflexions, des petits riens qui s’accumulent… Elle est castratrice pour ses fils, c’est certain. Elle décide de leur destin. L’un ne sera pas musicien, elle s’appuie sur le pressentiment de son époux, mais pas seulement.  Les mots de cette mère pour son enfant sont brutaux, et violents. Ils blessent à n’en pas douter. Elle lui explique sans ménagement qu’il n’a pas le talent nécessaire pour se mesurer à son défunt père. Elle encense le cadet, au contraire, censé avoir hérité du génie de son ascendant, mais par la même occasion, elle fait peser un tel poids sur ses épaules, en le rebaptisant « Wolgang Amadeus II » qu’il ne peut ni être lui-même ni se construire autrement que dans l’ombre du défunt, inhibant son propre talent. Ainsi, même si c’est une mère aimante qui a voulu s’établir pour le bien de ses fils et les établir dans le monde, elle les a aussi écrasés. En sauvant son mari pour la postérité, elle a sacrifié ses enfants, d’une certaine manière.

       De plus, certains éléments font mal mais reflètent une époque. Il est vrai que l’on n’élève plus les enfants comme on les élevait à ce moment-là. Certaines remarques m’ont titillée, et sont d’une cruelle véracité historique : notamment celles concernant la mort des enfants et le fait qu’on ne porte pas leur deuil, que la veuve ne puisse pas assister à la cérémonie de son défunt mari, le fait qu’une veuve ne puisse pas élever seule ses fils au-delà de leurs sept ans, sans la caution d’un homme, par crainte qu’elle ne les rende efféminés. Oui, oui, c’est bien de l’homophobie qui apparaît en filigrane et qui était malheureusement très présente à cette époque…. Autant de petits détails vrais, qui donnent à entendre une époque difficile pour les femmes, et pas seulement, en raison de l’intolérance. Ces éléments rehaussent le caractère extraordinaire de cette veuve – redoutable dans tous les sens du terme- car elle a lutté envers et contre tous, et il devait être bien difficile de vivre à ses côtés et dans l’ombre de cet époux mort. Finalement, prise pour une agnelle idiote, Constanze s’est révélée être une louve.

      Ainsi, j’ai apprécié ma lecture. Cela m’a permis de découvrir une figure féminine intéressante, excessive, jalousement amoureuse, mais surtout une femme courageuse, mésestimée en son temps, mais sans qui Mozart et son souvenir ne seraient peut-être que l’ombre de ce qu’ils sont aujourd’hui. Derrière le génie musical se cachait le génie d’une femme, qui, par amour, a su faire fructifier un héritage. C’est donc un beau portrait de femme, romancé sans doute, mais étayé de nombreux éléments historiques.

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