L’Assassin entre en scène, Ngaio Marsh.

Ce roman est le deuxième volet des enquêtes de Roderick Alleyn, un policier créé par Nagio Marsh. Autant être honnête : je ne connaissais pas du tout cette autrice qui est pourtant connue, et vantée comme la concurrente – pour ainsi dire- d’Agatha Christie. Les éditions l’Archipel rééditent ses œuvres en version poche, cela m’a permis de découvrir quelque chose et de remplacer mes polars et thrillers angoissants par un roman qui s’apparente un peu plus au cosy mystery. Comme ma pile à lire pour le Pumpkin Autumn Challenge ne cesse de changer, je l’ai intégré dedans : il est parfait dans le menu Automne frissonnant, catégorie « Double, double, toil and trouble » parce que l’action se déroule dans un théâtre et qu’une tragédie a lieu.

Lors d’une représentation, Arthur Surbonadier s’écroule sur la scène du théâtre. Tout le monde salue son talent, mais en réalité, cette fois-ci les balles n’étaient pas chargées à blanc. Difficile de trouver le mobile du crime tant Arthur était détesté de tous au sein de la troupe. C’est l’inspecteur Rodrick Alleyn, épaulé par le journaliste Nigel Bathgate, qui va enquêter.

Le roman se caractérise par un tempo très lent. Ngaio Marsh prend le temps de faire exister les êtres de son roman avant de nous plonger dans le coeur de l’action. Ainsi, elle nous présente Jacob Saint, Arthur Surbonadier, Nigel Bathgate, Félix Gardener et tous les personnages importants. C’est d’ailleurs un peu difficile de s’y retrouver au début, mais finalement, les choses se mettent vite en place dans notre esprit. Cette première prise de contact avec les personnages ne les met pas tous en valeur, surtout pas la future victime ! Arthur Surbonadier apparaît comme quelqu’un d’égocentrique, de vindicatif, particulièrement intolérant et possessif. Vraiment, il ne force ni notre admiration, ni notre compassion. La présentation de l’inspecteur Roderick Alleyn est plus subtile, sans aucun doute parce que c’est une figure récurrente dans l’œuvre de Ngaio Marsh, mais cela n’entrave pas du tout la lecture.

Ce roman policier est particulièrement doux également : par le truchement de la mort sur scène, qui semble n’être qu’une excellente prestation d’acteur, pour s’avérer finalement être une mort véritable ; par la pudeur avec laquelle cette mort est évoquée – ainsi que les suivantes – et par l’absence de crescendo dans l’horreur, l’autrice crée une atmosphère feutrée. Ce roman ne nous fait pas frémir ou trembler, jamais nous ne sommes horrifiés ou glacés à telle ou telle évocation. Il peut donc convenir à tous types de lecteurs – sauf peut être les amateurs de polars qui déménagent, dérangent et nous glacent le sang. Etrangement, à la lecture de L’Assassin entre en scène, nous aurions presque envie de parler d’un huis clos, alors que ce n’en est pas un, du moins, pas sur la durée. Ce roman a la saveur d’un Cluedo ou d’une murder party. L’assassin était sur place, il n’a pas pu sortir, nous savons qu’il fait partie de la galerie des personnages que nous connaissons, que nous avons vu déambuler… la seule question est : lequel a profité d’un moment à l’abri des regards pour accomplir sa sinistre besogne. D’interrogatoires, en entrevues jusqu’à une reconstitution, les pièces du puzzle ne semblent pas s’emboîter. Ou, pour être exact, beaucoup de pièces pourraient devenir la pièce maîtresse, mais il y a toujours un petit quelque chose qui coince aux entournures. Ajoutons à cela que les suspects sont tous des acteurs professionnels – qui travestissent donc à la perfection leurs émotions -, qu’ils ont presque tous de petits secrets inavouables, propres à leur attirer des ennuis et qu’ils ont presque tous un motif d’en vouloir à Arthur, et cela crée un joli sac de nœuds.

Cependant, malgré toutes ses qualités, ce tempo lent et doux a justement été un peu trop doux pour moi. Il m’a manqué un peu de tension, de rebondissements plus trépidants, de crimes un peu plus saisissants. J’ai apprécié la lecture qui est fort plaisante, mais elle m’a un peu laissée sur ma faim.

L’enquêteur Roderick Alleyn est une figure singulière, et en même temps, pas si étonnante que cela. Il tient du Maigret et du Hercule Poirot. Il observe, il est perspicace, et agit toujours sans se précipiter, avec un flegme anglais très marqué et une distinction certaine. Vous ne trouverez aucune déduction hâtive chez lui, des intuitions, oui, des temps d’attente aussi, et une manière de différer les révélations qui permettent de maintenir le suspense. En effet, plus d’une fois, L’inspecteur pressent quelque chose de capital, met le doigt sur l’élément clef et agit en conséquence, mais sans que le lecteur ne comprennent ce qui sous-tend sa démarche. Ainsi, lorsque la vérité éclate, nous sommes réellement surpris.

Le duo Roderick Alleyn et Nigel Bathgate fonctionne très bien. J’aime beaucoup les enquêtes alliant un enquêteur professionnel et un amateur, cela leur donne une saveur singulière. Comme Nigel connaissait l’un des acteurs, cela ajoute une strate de sens : non seulement, il peut recueillir des informations importantes, mais il a aussi un point de vue biaisé, ce qui peut être source de nombreux rebondissements.

Ce roman est donc une très agréable lecture, fluide et divertissante. L’enquête est très bien ficelée, les révélations sont surprenantes, nous sommes plus d’une fois entraînés sur des fausses pistes par des secrets dévoilés, mais il m’a manqué un petit je ne sais quoi plus dynamique pour être pleinement emballée. Adeptes des romans d’Agatha Christie ou des cosy mystery, je suis convaincue que vous allez vous régaler ; si vous avez un penchant pour les polars un petit peu plus trépidants, vous risquez comme moi de passer un bon moment mais d’avoir en bouche un petit goût de trop peu. A vous de vous forger votre propre opinion !

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