Esprits et Créatures du Japon, Lafcadio Hearn et Benjamin Lacombe.

L’année dernière, pour le Pumkin Autumn Challenge, je m’étais fait plaisir en lisant Les Histoires de fantômes du Japon de Lafcadio Hearn illustrées par Benjamin Lacombe, cette année, j’ai succombé à l’autre tome de cette série Esprits et Créatures du Japon. Je pense que personne ne me contredira si je dis que cette édition est absolument sublime et que l’objet livre en lui-même devient un petit bijou. Ce livre s’insère dans la catégorie « Les Ruines de l’Atlantide », du menu Automne des Mystères, que je valide donc avec quatre lectures, soit une pour chaque sous-catégorie.

Dans cet ouvrage, le Japon est encore une fois mis à l’honneur : ses histoires, les créatures qui peuplent les légendes et les croyances, que ce soient des animaux terrestres ou marins, réels ou mythiques. De récit en récit, nous découvrons de nouvelles facettes d’une culture riche où la faune et la flore nous réservent bien des surprises.

Les récits sont une fois de plus variés dans cet ouvrage. On y trouve des textes courts, d’autres plus longs, certains ressemblent à un conte, d’autres sont plus une étude sur un élément culturel dans les croyances et l’art japonais, et une fois de plus, à la fin du livre, nous trouvons des jeux de Yokaï. Comme toujours, dans ce genre d’ouvrages, je n’ai pas aimé à égale hauteur tous les récits, mais j’ai passé quoi qu’il arrive un très doux moment de lecture.

J’ai adoré « La reconnaissance de l’homme requin », « Le Faisan et le parricide », « L’Histoire de ‘Saule-vert’ « , « Le Rêve du Papillon et de la fourmi »: ces textes ont en commun une très grande poésie, une leçon implicite sur l’humanité, sur les qualités des hommes et sur leurs défauts, sur l’humilité et le respect. Chacun nous parle à sa façon tout en usant du détour des créatures. « L’homme-requin » m’a beaucoup plu, ce qu’il est, ce dont il a besoin, son humanité au-delà de son statut de créature mythique, son empathie et sa douceur. J’ai aimé la symbolique dans l’Histoire de Saule-vert et l’amour qui innerve ces pages. L’onirisme du « Rêve du papillon et de la fourmi » est délicieusement déroutant lorsque nous arrivons au terme du texte.

Lorsque nous avons lu le premier volet de la collaboration Lafcadio Hearn / Benjamin Lacombe, l’écho est très net entre certains textes, il n’y a pas d’effet de redite, mais nous sentons qu’une même magie irrigue les textes et nous nous en délectons. « Le Faisan et le parricide » est étonnant. J’ai trouvé que ce texte détonait par rapport aux autres parce qu’il ne m’aurait pas choqué dans un recueil de contes et de fabliaux européens. Dans ce récit, nous sentons moins l’univers japonais, mais nous sentons des éléments clefs dans cette culture : le respect des anciens, la piété, l’humanité et la récompense à bien faire. Je l’ai également beaucoup aimé.

« Le Ceriser du seizième jour », « La Mort du canard sauvage » et « Kappa » m’ont également plu, peut être un peu moins, mais je les ai trouvés très beaux. L’un évoque un amour et un attachement vibrant pour une nature qui devient le symbole d’une famille entière, l’autre montre que la nature est vivante, ressent des émotions et ne peut pas être traitée comme un simple objet, le manque de discernement de l’homme est donc puni d’une certaine façon pour lui enseigner le respect de la faune et la flore. Quant au dernier, il évoque l’homme face à des créatures surnaturelles, la ruse pour se concilier des esprits parfois peu gentils mais que l’on peut s’attacher en se montrant malin et conciliant. Finalement, dans chacun de ces textes, c’est un hymne vibrant à la nature et à ses créatures, au nécessaire équilibre entre l’homme et ce monde invisible qui le dépasse et au respect mutuel qui est primordial. Sous le filtre de ces contes, quelque chose d’essentiel nous est dit sur notre monde : la nature, sa beauté, sa fragilité, le besoin (et la nécessité!) de vivre en bonne intelligence avec le reste du vivant, avec les créatures.

Deux textes m’ont laissée sur ma faim : « Kitsune », que je suis désolée de ne pas avoir apprécié et « Celui qui voulait voir l’éléphant blanc à six défenses ». Je suis très friande des légendes et des mythes autour de la figure du renard dans la culture japonaise, aussi j’attendais beaucoup de « Kitsune », et je m’attendais à un conte ou à un récit, j’ai plutôt trouvé une étude sur les différents types de renards adorés ou redoutés, sur leurs méfaits et leurs bienfaits. Plus qu’une histoire, j’ai eu la sensation de lire un mini essai, alors, honnêtement, c’était très intéressant, mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Ajoutons à cela que c’est un pan culturel dense et plein de détails complexes et je m’y suis parfois un peu perdue. Il faudrait sans doute que je le relise, libérée de mon horizon d’attente, et à tête bien reposée. Enfin, « Celui qui voulait voir l’éléphant blanc à six défenses » m’a laissée sceptique : l’histoire est intéressante en soi, mais elle ne m’a pas réellement parlé.

Je conclurai cette chronique avec les graphismes : sans surprise, ils sont superbes et subliment à la perfection les récits. Tout est beau, aucune illustration ne m’a déplu, elles enchantent toutes la lecture et contribuent à créer un deuxième cheminement de lecture de l’œuvre, nous invitant à une pause délicate au sein de notre lecture pour laisser résonner en nous l’art des mots et l’art du coup de crayon. Avec ma passion pour les renards, j’ai bien entendu eu un coup de cœur pour les illustrations de « Kitsune », d’autant qu’il y a une magnifique double page consacrée à une fresque revisitant le topos des quatre saisons, comme nous pouvons la trouver chez l’artiste tchèque Mucha. Les dessins permettent donc de prolonger le plaisir des mots, de nourrir le cœur et l’esprit du lecteur, tout en nous invitant à la rêverie.

Ainsi, je suis absolument séduite par ce deuxième volume. Il reste dans la même veine que les Histoires de fantômes du Japon, tout en étant pleinement singulier. Il parle à notre imaginaire, à notre cœur et à notre sensibilité artistique, mais aussi et surtout il nous parle du monde humain. Ce livre remplit donc pleinement sa fonction : il dépayse et par le truchement de l’objet livre, il nous ramène au monde pour mieux le comprendre et l’appréhender. Les Esprits et créatures du Japon est donc un superbe recueil et une magnifique balade dans l’univers japonais.

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