Gasps saison 2, Maïlis.

Il y a un an, je découvrais le personnage et l’univers créés par Maïlis en ouvrant Gasps saison 1 : un monde post-apocalyptique, une catastrophe qui avait séparé les êtres en deux catégories, d’une part les humains survivant tant bien que mal en colonies dans les décombres, d’autre part les Eveillés, plus ou moins cruels, dotés de plus ou moins de pouvoirs. Et, au milieu de tout cela, nous trouvions notre héroïne, une éveillée aux pouvoirs conséquents, taciturne, un brin misanthrope, mais pas pour autant sauvage et assoiffée de sang. Maïlis et l’Alsacienne indépendante ont sorti cette année le deuxième volet de son histoire. Je l’ai donc intégré à mon Pumpkin Autumn Challenge, dans la catégorie « Nom d’une dune », du menu Automne enchanteur. Le roman remplit les attentes : anticipation, SF et post-apocalyptique, nous sommes dans les clous!

Attention, si vous n’avez pas lu la première saison, cette chronique risque de vous spoiler… N’hésitez pas à jeter un coup d’œil à mon avis sur le tome 1 à la place.

Dans cette seconde saison, l’héroïne est dans un entre deux monde. Ni tout à fait vivante et en possession de ses moyens, ni morte. Elle erre, sans grande force de décision, épaulée par certains, pourchassée par d’autres, tiraillée entre un passé et un présent qui s’entrechoquent, partagée entre deux univers qui lui reviennent en mémoire, deux mondes qu’elle a lentement apprivoisés et qui lui ont imposé un choix. Deux mondes qui se rappellent à son bon souvenir, deux mondes qui réveillent des vieilles plaies aussi.

Autant être franche : ce volet est déroutant dès les premières pages. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture avant de me plonger dans le roman, et je me suis sérieusement demandée si je ne m’étais pas trompée de volume et si je ne lisais pas un préquel. Cela m’a chatouillé le cerveau pendant un bon moment avant que je ne comprenne pleinement et que je savoure la spécificité de ce montage romanesque. En fait, cette deuxième saison débute exactement à la fin de la première… encore faut-il se rappeler que l’héroïne est blessée! Le deuxième tome s’ouvre donc sur son temps de convalescence, une convalescence difficile, qui plonge la jeune femme dans les limbes et nous laisse – comme elle- assez ignorants des faits qui l’entourent dans le vrai monde. La seule chose qui est certaine, c’est que les incidents se multiplient; la situation de la fin du tome n’est pas pleinement apaisée et il y a urgence. Urgence pour l’héroïne à se remettre et urgence pour ses soutiens à l’aider.

Les événements dans le monde présent s’effacent dans ce volet, et le temps que passe Agathe dans les limbes nous permet d’effectuer une plongée dans son passé, de reconstruire ce qui l’a façonnée et qui a fait d’elle la jeune femme que nous découvrons dans la première saison. En fait, ce tome 2 est pensé tout en subtilité, il nous offre les avantages d’un préquel, tout en faisant habilement avancer le récit pour ouvrir sur un inévitable troisième volet. Il a le bon goût d’éviter ainsi des effets de redite par rapport au premier volume, ce qui lui crée une identité propre et singulière, à même de séduire (ou de dérouter, il faut le reconnaître!) le lectorat. Dans mon cas, dès que j’ai compris de quoi il retournait, j’ai été conquise. En effet, cette structure a permis de combler un petit quelque chose qui m’avait freinée dans la saison 1. Pour mémoire, dans Gasps saison 1, l’héroïne est tout à fait conscience de ses pouvoirs, de sa force, elle est sûre d’elle… un peu trop à mon goût ! Les héroïnes sans faille, imperturbables ont tendance à m’agacer. Or, dans la saison 2, nous visitons les lambeaux de sa mémoire, nous explorons son passé tel qu’elle l’a vécu et ressenti, et nous découvrons son cheminement. Exit la femme forte et solitaire, bienvenue à la jeune femme perdue, dans un univers qu’elle ne comprend pas, dans un monde sauvage où elle apprend à lutter et à survivre, tiraillée entre ses peurs, ses émotions, ses espoirs, son abattement.

Vous l’aurez compris, ce deuxième volet donne à entendre, de façon singulière, la construction identitaire de notre Grande éveillée. J’ai adoré suivre son parcours, et voir la frêle jeune femme prendre son envol, prendre conscience de ses pouvoirs, en avoir peur, se sentir submergée, au bord du précipice, prête à vaciller, puis se ressaisir et lutter, lutter encore pour avancer, pour ne pas sombrer, pour garder une part d’humanité. J’ai aimé voir les rencontres qu’elle faisait : les unes lui enseignant à la dure les règles de ce nouveau monde, les autres affutant son intuition, certaines devenant fondatrice pour son évolution. Parmi ces rencontres, quelques unes m’ont touchée au plus haut point, comme Mulder… j’ai d’ailleurs à ce sujet une petite dent contre le choix de Maïlis concernant ce qui arrive à Mulder dans le roman. Elle m’a littéralement brisé le cœur… et pour en avoir discuté avec d’autres lectrices, je crois savoir que je ne suis pas la seule !

L’intérêt de ce roman réside donc dans l’introspection qu’il nous offre, il nous livre les clefs d’un monde que nous avons découvert, il dévoile les plaies au cœur et au corps de notre héroïne, il la fait apparaître devant nous dans toute sa fragilité et toute sa complexité. Voilà ce qui m’a séduite. Agathe s’humanise pleinement ici. Elle nous touche, nous émeut, fait vibrer notre humanité au diapason de ses souffrances intimes, et par les épreuves qu’elle endure, elle force notre respect. Cela nous permet également de mieux comprendre son attitude dans le premier volet, son détachement, son cynisme, la carapace qu’elle s’est construite pour se protéger.

En revisitant les couloirs de sa mémoire, Agathe nous offre, malgré le côté statique de la situation réelle, un récit plein de rebondissements. Nous revivons à ses côtés le road trip qui l’a obligée à faire le deuil de son ancienne vie, nous suivons ses combats, nous luttons avec elle et ses alliés face aux mauvaises rencontres, nous assistons à des combats oppressants, variés où la violence est capable d’enserrer le cœur avec brutalité ou au contraire avec une sournoiserie si pernicieuse qu’elle en est bien plus terrifiante, à l’image du collectionneur que nous découvrons pleinement ici.

Ainsi, cette deuxième saison lève le voile sur le passé de la Grande Eveillée, le cœur se met au diapason du corps supplicié et révèle toutes ses blessures, pour mieux nous couper le souffle et pour nous montrer l’humanité d’un personnage que le destin a traité avec une inhumanité crasse. Les rebondissements sont légions tant dans les limbes du passé que dans le présent qui apparaît en filigrane. Ce volume tranche avec le précédent, et ouvre magnifiquement sur une suite qui s’annonce palpitante. Pour être pleinement sincère, j’ai préféré ce deuxième volume au premier : nous avons des rebondissements, des affrontements, une héroïne en construction qui nous touche, il y a une émotion juste, qui résonne et parcourt le livre.

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