Absolution, Yrsa SigurĐardóttir

absolution   J’ai découvert Yrsa Sigurdardóttir un peu par hasard, il y deux ans, avec son roman ADN que j’avais beaucoup aimé (avis ici) . En flânant dans la librairie, je suis tombée sur Absolution qui est le tome 3 des enquêtes de Huldar et de Freyja et il m’a fait de l’œil, alors je me suis laissée tenter.

       Une adolescente est battue à mort dans le cinéma où elle travaille, des vidéos sont envoyées à ses contacts, lorsque son corps est retrouvé, on comprend qu’elle ne sera pas la seule victime. Une course contre la montre s’engage pour trouver le tueur, pour découvrir ses motivations et pour tenter de sauver les autres. Cette enquête replonge Freyja dans les tourments de sa propre adolescence et ravive de vieilles plaies.

    Je plaide coupable, je n’ai pas lu le tome 2, Succion, et j’ai sans doute manqué quelques éléments de la vie personnelle des personnages, mais honnêtement, Absolution peut tout à fait être lu de manière décrochée. Bien que deux années aient séparé mes lectures, je n’ai senti aucune gêne, je me suis très facilement replacée dans le contexte et cela a contribué au plaisir de lire. J’ai retrouvé un Huldar toujours aussi gauche et maladroit dans sa relation aux femmes, il enchaîne les bourdes et n’imagine jamais ce qu’il renvoie réellement quand il est face à Freyja, à côté de ça, sa relation avec sa cheffe, Erla, est on ne peut plus conflictuelle (et j’ai bien envie de lire Succion juste pour avoir le fin mot de leur embrouille!). Du point de vue professionnel, il est toujours aussi tenace, et perspicace (mais pas devin non plus). Il se trouve d’ailleurs bien embêté car Erla lui met des bâtons dans les roues – et freine elle-même son enquête – avec ses petits règlements de compte mesquins. Si l’atmosphère délétère qui règne au sein du commissariat n’est pas forcément crédible dans les moindres détails, elle apporte du sel au récit et cela n’entrave pas la lecture.  J’ai également beaucoup aimé la relation de Huldar avec son équipier Gudlaufur. Si ce-dernier reste discret et en retrait, nul doute qu’il pourrait prendre son envol dans les tomes prochains. Bref, nous avons ici un fort ancrage dans le réel : des personnages crédibles, entre inimitiés, guéguerres ouvertes et petites rivalités du quotidien, une investigation source de tensions et des schéma d’entraide entre collègues.

       L’enquête en elle-même est vraiment bien ficelée : des adolescents enlevés, qui demandent pardon, sans que l’on sache pourquoi, des photos et des vidéos qui deviennent virales sur snapchat et qui compliquent la tâche aux policiers, des victimes qui ne se connaissaient pas, qui ne se ressemblent pas… à moins qu’il ne faille gratter sous le vernis et exhumer leurs petits secrets inavouables. Voilà de quoi intriguer et nous donner envie d’en savoir plus. Nous savons que les adolescents sont terribles entre eux, et finalement, la victime n’est peut-être pas un petit agneau tout doux, et a pu aussi s’avérer être un loup cruel. Maintenant il reste à déterminer qui a décidé de partir en chasse… et c’est ô combien difficile. Chaque piste échoue dans un cul de sac, chaque indice jette un peu plus le doute, et les équipes tournent en rond et enragent, rongées par un sentiment d’impuissance dévorant. Cela les pousse à quelques libertés avec la procédure, pour le meilleur et pour le pire. Nous sommes donc ballottés de droite et de gauche, sans pouvoir faire de pronostics, nous nous agaçons de l’acharnement des policiers sur certains suspects mais nous sommes finalement aussi démunis qu’eux. La fin est donc particulièrement savoureuse : nous avons la pleine et entière explication des choses et elle n’en est que plus percutante et efficace. Le meurtrier a su concocter un plan d’un machiavélisme terrible, cela fait froid dans le dos.

        Une fois de plus, j’ai beaucoup aimé retrouver la plume d’Yrsa Sigurdardóttir : le récit est rythmé sans précipitation, les moments plus lents se relient malgré tout au fil principal et permettent de faire cristalliser l’humanité des personnages, le thème du harcèlement est bien exploité et confère une atmosphère poisseuse particulièrement efficace dans un polar. Le tout est rondement mené et aiguise sans cesse notre curiosité : pour moi, cela a été une combinaison parfaite.

      Ainsi, j’ai beaucoup aimé ma lecture. Je vais continuer à suivre cette autrice, sans le moindre doute car j’aime l’univers qu’elle crée et les enquêtes qu’elle nous livre, soignées, denses et intéressantes. Absolution est un excellent polar : il remplit absolument nos attentes. 

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