La Belle-mère, Sally Hepworth.

La Belle mère       La Belle-mère est le premier roman de Sally Hepworth que je lis, j’étais assez curieuse de voir ce que ça allait donner. Nous avons tous entendu les plaisanteries autour des relations avec notre belle-mère, donc baser un récit à suspense sur cette figure si controversée avait de quoi attiser ma curiosité : alors, cette belle-mère, un cadeau ou un poison?

       La Belle-mère nous présente une famille très aisée : Les Goodwin. Diana en est un pilier central, femme de cœur, elle se bat avec son association pour améliorer le sort des réfugiés, mais son attitude vis à vis des siens n’est pas toujours chaleureuse. Lucy, sa belle-fille en fait les frais, et voit ses rêves de grande famille harmonieuse refroidis… Le décès de Diana chamboule tout le monde : un suicide, une maladie grave dont on ne trouve trace, un testament modifié. Voilà de quoi susciter questions et soupçons.

      Le premier très bon point reste l’écriture. Ce roman est très fluide et le lecteur entre dans l’histoire avec facilité. Le chapitre inaugural laisse planer un doute et sait nous cueillir et nous donner envie de poursuivre : la police, un mort, mais qui, comment, pourquoi ? Il nous faut un peu de temps pour saisir et comprendre toutes les implications, surtout si, comme moi, vous ne relisez pas la quatrième de couverture avant d’attaquer le roman. La structure narrative permet ensuite de ménager le suspense et de déconstruire le récit pour mieux fragmenter les informations et entretenir la confusion. Nous avons donc là un choix très efficace puisque très longtemps nous sommes incapables de deviner qui aurait pu faire du mal à Diana. L’autrice a d’ailleurs choisi de présenter les retours dans le passé selon le point de vue d’un personnage différent à chaque fois, et cela contribue au brouillage des pistes grâce au filtre de la subjectivité. Le versant de ce choix d’écriture reste la place très limitée de l’enquête de police. Finalement, les enquêteurs ne sont qu’une ombre dans ce livre : leurs brèves apparitions permettent de donner une impulsion et de déclencher le flot des souvenirs. Leur rôle est décisif bien sûr, mais pas en terme d’enquête classique. Les lecteurs souhaitant voir le travail des policiers seront sans doute déçus, mais je pense que l’originalité et la saveur de La Belle-mère est justement à chercher ailleurs que dans des codes classiques. 

      La progression du récit, morcelée par la subjectivité de chacun, permet de flouter la résolution du mystère et la fin n’en est que plus étonnante. Finalement, nous n’attendions pas cela de Diana : il y a à la fois plus d’humanité, plus d’amour et plus de renoncement que nous n’en attendions. La fin est donc véritablement surprenante et savoureuse. Je ne dirais pas que je n’avais pas soupçonné quelques petites choses parce que, de toute façon, dans ce huis-clos familial, nous finissons par soupçonner tout le monde, à un moment ou à un autre, mais, malgré tout, je ne m’attendais pas à cette fin.

     Ce roman aborde le thème de la famille, au sens large, de ses enjeux et de ses tensions. Diana -la belle-mère- est un personnage capital et très ambivalent. Quand on la voit à travers les yeux de Lucy ou de ses enfants, cette femme est un glacier, elle est dure, monolithique, sans cœur presque. Pourtant, lorsque l’autrice lui donne la parole, nous découvrons une autre femme, une femme qui a souffert, qui aime profondément ses enfants, une femme qui a  un sens des valeurs aigu, peut être trop aigu d’ailleurs, et qui a les défauts de ses qualités. Cette double narration, d’une certaine manière, nous emporte dans un maelström d’émotions : plus d’une fois, nous comprenons son point de vue et, malgré tout, au chapitre suivant, tout est balayé par une attitude, un refus, et nous nous disons qu’elle exagère. Finalement, la situation de ses enfants permet de décupler cette ambivalence du personnage : entre les soucis financiers de l’un, les soucis de fertilité de l’autre, Diana semble a première vue manquer de compassion, et pourtant… les choses ne sont peut-être pas si simples que cela. Sally Hepworth a donc façonné un personnage complexe, au caractère facetté de mille reflets changeants : une femme forte, une femme blessée, une self-made-woman aussi, une femme aimante, une femme en deuil, une femme endurcie par la vie, une femme protectrice… mais nous ne découvrons certains aspects qu’à la lumière de brefs événements.

    La Belle-mère est donc un excellent roman : le suspense est bien là, le montage romanesque est original et savoureux, reflétant la psyché de chacun et floutant les contours d’un fait divers à élucider. L’exploration de la vie de famille est efficace entre drames et bonheurs et permet de façonner un huis-clos familial étonnant et savoureux. 

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