Vagabond, Franck Bouysse.

Vagabond     J’ai adoré Né d’aucune femme de Franck Bouysse qu’une amie m’a offert à Noël (avis ici) donc je n’ai pas vraiment hésité quand j’ai trouvé Vagabond au détour d’un rayon de ma librairie. C’est un court roman, idéal pour un après-midi détente.

     Vagabond met en scène un homme en souffrance. Le jour, il erre sans but dans les rues, s’arrête pour écrire ; le soir, il joue dans les cafés, perdu dans sa musique, avant de rejoindre un hôtel miteux pour dormir, pour rêver de celle qu’il a perdue. Mais un jour, elle revient en ville. Ce fantôme du passé bouleverse le fragile équilibre de l’homme qui replonge alors dans son passé.

      Ce roman est très étrange. Il a un vrai charme poétique. La langue se fait belle, mélodieuse, ornée de beaux mots et de bons mots, de mots anciens au charme suranné, de mots clinquants et de mots vulgaires qui détonnent au milieu de ce savant assemblage. La plume se fait musique, tantôt âpre et rugueuse, mimant une vie de souffrances, d’errances et de chagrins, tantôt lyrique pour mimer l’envolée vers les rêves, le lâcher-prise espéré mais jamais pleinement réalisé. Les allusions littéraires affleurent, et attendent qu’un lecteur patient et cultivé les mette au jour, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. L’ensemble du livre résonne donc comme un étrange chant : entre la mélopée et le chant d’adieu, un chant plein de blues et de désespoir qui ajoute aux ténèbres de l’existence de notre vagabond.

     A côté de la beauté indéniable de la plume, je dois dire que ce roman est déconcertant. Le héros n’est jamais vraiment nommé, le seul qualificatif qu’il ait est « l’homme ». Cette appellation le déshumanise encore un peu plus, le place en dehors du monde. Il est de passage, ne s’accroche à rien, n’en a plus la force, tant il est brisé. Nous ne savons que peu de choses de son passé. Finalement, l’homme n’est qu’une ombre et seul le fantôme de la femme aimée le touche et le fait encore souffrir.

      L’intrigue de ce récit est en adéquation avec le protagoniste, et c’est sans doute là que le bât a blessé pour moi. L’histoire suit un cheminement flou, se perd dans des méandres, part vers le passé, digresse vers les pensées du personnage, revient au présent. Il ne se passe finalement que peu de choses : des concerts dans des cafés, une affiche vue, une rencontre espérée, fantasmée puis réalisée, décevante et rude. Finalement, l’homme attend, il attend la délivrance de son chagrin, une impossible délivrance et sa vie se perd dans une fuite sans fin et sans espoir. Le roman donne à entendre une vie brisée, une souffrance lancinante, une plaie béante d’où le malheur ne cesse de sourdre. De ce chaos d’une vie naît une narration hors norme. Si j’en vois l’intérêt littéraire, si je perçois le travail patient pour la façonner, elle ne m’a pas emportée pour autant.

       Ainsi, Vagabond est un roman doté d’une réelle charge littéraire et poétique, mais je l’ai trouvé moins touchant que Né d’aucune femme. L’humanité y est à mon sens moins vibrante, mais ce n’est là qu’un avis personnel. 

 

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