L’Art du meurtre, Chrystel Duchamp.

L'art du meurtre par Duchamp    L’Art du meurtre de Chrystel Duchamp est sorti il y a quelques semaines, et il me faisait de l’œil. J’ai lu de bonnes critiques, notamment celle d’Annalire, le résumé est appétissant : il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de découvrir cette autrice et son premier roman suspense. J’ai d’ailleurs eu la chance de le recevoir, dédicacé, ce qui m’a fait très plaisir!

      Ce roman met en scène un crime effroyable. En pleine canicule, le corps d’un avocat à la retraite, Tardy, est retrouvé dans une mise en scène aussi macabre qu’artistique. Les enquêteurs dépêchés sur place fouillent son passé tumultueux, mais sont vite pris de court par d’autres meurtres. L’enquêtrice Audrey Durand renouera grâce à cette affaire avec son amour pour l’Art, mais elle pourrait aussi perdre la tête face aux événements…

     Tout d’abord, je dois dire que ce roman se dévore. La lecture est très fluide, les chapitres courts n’entravent pas le fil du récit, et l’action nous emporte en avant. Je n’ai pas trouvé de temps mort ou de passages ennuyeux. Je me suis laissée bercer et emporter par la dynamique à l’oeuvre qui fonctionne très bien.

       J’ai beaucoup aimé le jeu sur le titre « L’Art du meurtre », ici, c’est à la fois l’Art de tuer, mais aussi l’Art de transformer la mort en une oeuvre d’art, aussi étrange que cela puisse paraître. La manière de faire du tueur est donc très dérangeante en plus d’être étrange, son « oeuvre » est complexe, minutieusement planifiée, et à première vue obscure. Nous ne voyons pas ce qui le motive…

       J’ai adoré les liens faits avec le monde de l’Art : les vanités, le cubisme, les artistes contemporains qui mettent en scène des performances aussi déroutantes que dérangeantes, Jackson Pollock,  Picasso… Ce sont autant de petits détails qui innervent ce roman et lui offrent un petit je-ne-sais-quoi de différent et d’appréciable. Cela m’a fait penser à un roman que j’ai lu durant mes études : L’Origine du monde de Retzvani, un roman difficile, qui tient aussi du débat sur les musées et leurs procédés, mais un roman qui se centre aussi sur l’Art. Pour autant, j’ai largement préféré le roman de Chrystel Duchamp. Je n’avais pas du tout aimé celui de Retzvani, et, plus de dix ans après ma lecture, j’en garde un assez mauvais souvenir. Ici, dans ce roman, le lecteur n’assiste pas à une grande leçon d’histoire de l’art, quelques éléments sont donnés, assez pour éclairer ce dont on parle, mais pas assez pour ennuyer. J’ai apprécié cet équilibre. A mon goût, il y aurait même pu avoir un peu plus sur l’Art car je me suis retrouvée à faire des recherches sur certains artistes contemporains que je ne connaissais pas! C’est notamment le cas d’Orlan, artiste connue pour ses installations parfois choquantes.

        L’Art du meurtre met en scène des personnages à fleur de peau : Audrey, tout d’abord est une enquêtrice des plus borderline. Sa vie est un vaste champ de ruines et elle semble entretenir ce chaos qui lui permet juste de surnager. Sa cheffe, Patricia, tient plus de la mère de substitution que du supérieur hiérarchique. Elle lui pardonne (presque) tout, et elles sont plus amies que collègues. Je dois reconnaître que ce duo d’enquêtrices est attachant plus que réaliste. La cheffe n’amène aucune vraie avancée significative, elle semble davantage être une mère blessée et inquiète qu’une enquêtrice géniale. Audrey quant à elle a de réelles intuitions, mais ses démons floutent un peu ses qualités professionnelles, rendant mince la frontière entre intuition fabuleuse et entêtement. Pour autant, cela ne m’a pas détourné de ma lecture. J’ai trouvé les personnages humains et touchants : le lecteur se prend d’amitié pour ces femmes cabossées par la vie. Je pense sincèrement que ces deux femmes donnent aussi sa coloration et sa saveur à ce livre. Elles forment un binôme hors norme, ce qui permet aussi de se démarquer d’autres polars.  Malgré tout, je regrette un peu de ne pas en savoir plus sur certains personnages secondaires. Un rôle un peu plus intense dans l’enquête ne m’aurait pas déplu pour Alain ou Mehdi, mais cela reste une peccadille!

     Les victimes ici sont vraiment travaillées et deviennent désagréables, hormis les deux dernières qui semblent plus victimes de la société (en plus d’être celles du meurtrier!). Les deux premiers morts ne suscitent que très peu de pitié chez le lecteur. Leurs activités et leurs passe-temps nous laissent un goût amer et ce qu’on apprend d’eux les rend assez antipathiques. Pour élucider les crimes, les enquêteurs explorent les milieux de la prostitution, de divers trafics, mais pour autant, je n’ai pas le sentiment en fermant le livre qu’il y avait là une violence débridée. Certains éléments relatés sont (très) violents – notamment autour de Tardy- et questionnent la morale, bien sûr, mais je n’ai pas eu la sensation d’une surenchère et d’une escalade dans la violence, ce qui confère une forme de douceur au polar.

      J’ai beaucoup aimé les rebondissements autour de l’enquête, et la fin. Le meurtrier reste un être évanescent ici et la frustration première liée à la clôture de l’enquête a cédé la place à l’étonnement du dernier chapitre… étonnement et stupéfaction parce qu’on ne sait pas comment les protagonistes vont réagir et que cela crée un bouleversement total.

        Ainsi, pour moi, L’Art du meurtre est un roman efficace : l’enquête nous emporte, les pages filent et défilent, les références à l’Art pimentent le tout et le rendent original. Malgré tout, cela reste un polar assez doux. (Oui, cela semble paradoxal au vu de certains thèmes qu’il aborde…) Ce roman a donc de jolies qualités et j’ai vraiment beaucoup aimé le découvrir. 

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