L’Arbre aux morts, Greg Iles.

L'arbre aux morts par Iles       A sa sortie, en 2018, j’avais lu Brasier noir, de Greg Iles (lien vers la chronique ici) et j’avais été bluffée par ce roman. Rien dans ses mille et quelques pages n’était en trop. Autant dire que le tome 2 L’ Arbre aux Morts n’a pas mis longtemps à atterrir dans ma bibliothèque, mais les imprévus de la vie ont fait que je n’ai pas pu le lire avant… maintenant!

     Dans ce tome 2, Penn Cage – le maire de Natchez- et sa fiancée Caitlin Masters poursuivent leur quête de vérité au sujet de la mort de Viola Turner mais aussi au sujet des meurtres de l’époque des droits civiques. Ils essayent par là même de sauver le docteur Cage, toujours en fuite, tout en tentant de mettre à bas les Aigles bicéphales et leurs soutiens, si hauts placés soient-ils.

        J’avais très peur en entamant ce roman, un an et demi après la lecture du tome 1. Je m’attendais à être perdue dans la galerie de personnages impressionnante, perdue dans les détails à la fois infimes et terriblement signifiants que distillait le premier volet. Greg Iles réussit ici un véritable tour de force : à aucun moment je n’ai été en difficulté. Les cinquante premières pages permettent de rappeler subtilement tous les éléments clefs, sans que le lecteur n’ait l’impression d’être pris pour un idiot sans mémoire. Je me suis donc très vite retrouvée de nouveau transportée en Amérique.

       Ce deuxième volet n’a pas la même teinte que le premier et il s’avère un peu désarçonnant. Ici, vous trouverez davantage une chasse à l’homme. Le docteur  Tom Cage, aidé de son ami Walt Garrity, sont poursuivis de tous : Penn et Caitlin qui veulent les sauver, le FBI dont Kaiser qui rêvent de l’interroger, Forrest Knox et les anciens Aigles Bicéphales qui ont une envie folle de le tuer. De fusillades en embuscades, de blessures en fuite en avant, nous suivons un homme âgé qui nous désespère autant qu’il nous fascine par sa détermination et sa loyauté. Nous ne comprenons pas pourquoi il ne s’explique pas, pourquoi il ne se rend pas, et souvent, nous avons l’impression d’assister aux divagations d’un vieil homme entêté. Pourtant, tout a une logique. De même, Caitlin est à la fois désespérante et impressionnante de courage et de bravoure. Cette femme est extraordinaire, mais sa dévotion à son métier de journaliste fait grincer des dents.

      Finalement, j’ai retrouvé avec plaisir la plupart des personnages de ce roman, mais – car il y a un mais- leur absence de communication, leur désir – chacun – de résoudre les choses à leur manière, les mènent à leur perte. Et, de fait, ce deuxième tome est riche en souffrances. Nous en apprenons plus encore sur les crimes de l’époque des droits civiques, mais la majeure partie des drames appartiennent ici au présent et arrachent un morceau du cœur du lecteur à chaque tournant de l’histoire. J’ai espéré voir certains s’en sortir, j’ai croisé les doigts jusqu’au bout et mon cœur s’est serré lorsque j’ai vu mes espoirs déçus.

      L’Arbre aux morts – lieu de bien des crimes, tombeau de bien des malheureux – aura hanté l’imaginaire collectif – réjouissant les monstres assoiffés de sang et de cruauté, terrorisant les descendants de victimes, comme un spectre dans la nuit, glaçant le sang des enfants, et allumant le feu de la terreur dans les yeux des Anciens. Le combat de toute une vie pour Henry Sexton trouve en partie son aboutissement entre ces pages. Si ce lieu est bel et bien découvert, l’Arbre sinistrement légendaire aura aussi coûté la vie de bien des Justes. Un succès qui a un goût amer, celui de la victoire, mâtinée de la perte et du deuil. C’est une lecture qui a été douloureuse et je reconnais avoir été parfois submergée par l’émotion, parce qu’en presque deux mille pages, je me suis vraiment attachée à certains personnages. Il y a des pertes en littérature que l’on ressent comme des coups de poignards. C’est le cas ici. Je ne vous dirai pas qui nous perdons, qui l’emporte, qui est irrémédiablement blessé, mais, en entamant cette lecture, il faut vous attendre à être ébranlés.

       Attention néanmoins, il ne faut pas se leurrer, L’ Arbre aux Morts est une lecture ardue. Je l’ai trouvée plus difficile que celle du premier volet. Il y a beaucoup de ramifications supplémentaires qui s’ajoutent, une part grandissante autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Cela a été pour moi un vrai écueil parce que je connais mal l’histoire des Etats Unis et que je maîtrise peu les rebondissements et les théories associées. Ma lecture a donc été freinée. J’ai d’ailleurs été parfois obligée de poser le livre parce que c’était vraiment ardu et que l’histoire stagnait. En revanche, l’accélération dans le dernier tiers est indéniable : à partir d’un moment, je n’ai littéralement plus pu poser mon livre.

      Cette lecture n’est donc pas tout à fait pareille à Brasier noir, mais pas tout à fait différente non plus, nous varions de quelques degrés, et, si L’Arbre aux Morts est une découverte plus lente, je ne vois pas comment l’auteur aurait pu faire autrement.

       L’ Arbre aux Morts remplit donc ses promesses : il nous emporte encore un peu plus loin aux confins de la folie des hommes, nous fait descendre avec des êtres abjects dans des marais de cruauté et nous fournit quelques lucioles de Justice pour éclairer notre route. Une lecture dense, pesante, mais in fine vraiment intéressante. Au terme de ce joli pavé, je sais déjà que ne ne pourrai pas me passer du dernier tome de cette trilogie. 

 

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