Le Sang du Mississipi, Greg Iles.

Le Sang du Mississipi m’attendait depuis juillet dernier dans ma PAL, cadeau de ma sœur qui savait que j’avais entamé cette trilogie. Je ne l’avais pas  encore lu pour deux raisons essentielles : l’une, vu la densité du roman, je savais qu’il me faudrait du temps devant moi et de la disponibilité d’esprit pour pouvoir me consacrer à cette lecture, la deuxième est moins réjouissante : le tome 2 m’avait quelque peu déçue car il était très axé autour de la politique et des années autour l’assassinat de Kennedy et je ne suis malheureusement pas assez au point sur cette période pour lire ceci avec fluidité. J’ai finalement profité de vacances et de l’impossibilité de sortir pour me lancer !

Attention : si vous n’avez lu ni le T1 ni le T2, cette chronique risque de vous spoiler. La vie de Penn Cage est un vaste champ de ruines. La femme qu’il aime est morte, son père est poursuivi en justice pour le meurtre de Viola Turner, son ancienne infirmière. Snake Knox, membre des Aigles Bicéphales, tente de l’intimider et menace sa vie et celle des siens.

Tout d’abord, j’ai été très agréablement surprise par la facilité avec laquelle je me suis replongée dans cet univers. Il m’a été réellement aisé de retrouver les personnages et leurs liens. Il faut aussi dire que depuis le tome 1, beaucoup ont perdu la vie, ce qui a sérieusement écumé les noms récurrents, même si des références sont faites aux disparus de tous bords.

Le maire Penn Cage est ici en train de se débattre avec le procès de son père, tiraillé entre son propre deuil, sa souffrance, la rancœur qu’il nourrit vis à vis de son père justement et son envie de le sortir de cette mauvaise passe, son envie de comprendre. Il est donc en plein dilemme… et cela parcourt l’ensemble de l’œuvre.  Il enrage de voir son père se fermer et rester énigmatique, il prend le vieil ami de la famille – et avocat de Tom – Quentin Avery- pour un vieux fou, qui ne connaît plus rien aux procès et à leur réalité. Témoin du procès, impuissant, il souhaite mille fois intervenir, cherche des témoins, veut dénoncer un procès biaisé et se heurte irrémédiablement  à un mur inflexible. Cela dramatise bien évidemment le récit et lui ajoute du piquant en insufflant un sentiment d’urgence. C’est aussi une course contre la montre pour sauver un vieil homme de lui même et de ses détracteurs. Ce roman montre aussi un lien père-fils durablement transformé, entamé par les épreuves et les révélations. De minute en minute dans ce procès, c’est un père qui tombe de son pied d’étal, un père qui devient éminemment humain.

Dans ce tome, Tom Cage est un roc inflexible, désespérant à n’en point douter, mais qui force aussi le respect car il laisse toutes ses bassesses être dévoilées au grand jour, la moindre erreur commise dans sa vie, le moindre choix discutable est ici mis en évidence, observé à la loupe. Loin de chercher à se défausser, il accepte, accueille les reproches d’autrui et encaisse avec un courage fou l’innommable. Peggy, son épouse, semble être d’une force rare également. D’ailleurs, l’auteur nous a ménagé encore quelques rebondissements concernant ces deux là, et inutile de vous dire que non seulement c’est crédible mais que cela donne une vibration encore plus humaine au livre.

Le Sang du Mississipi pourrait être très statique puisque tout tourne autour du procès exclusivement or ce n’est pas du tout le cas. Il y a une quantité de rebondissements impressionnante tout au long du livre, soit avec les révélations faites par les témoins, soit avec l’attitude des personnes présentes, soit avec les efforts de Penn pour sauver son père.  Dans un effort moribond, les derniers Aigles Bicéphales cherchent des alliés pour réduire au silence les malheureux bavards, ils intimident, attaquent, blessent et tuent encore à tour de bras, ce qui ajoute bien entendu une strate d’horreur. Des témoins de leurs exactions passées réapparaissent et parlent, des bourreaux sont en quête de rédemption, et des criminels commettent des erreurs. Le montage romanesque permet de créer une dynamique entraînante : nous sommes emportés dans l’histoire et nous ne pouvons plus freiner la folle équipée. Comme un attelage fou, rien ni personne ne peut endiguer le flot de révélations. Et personne ou presque ne sera épargné dans ce procès : fourbes et menteurs seront démasqués au même titre que les fantômes du passé seront ressuscités.

Le tragique est encore une fois bien présent, comme dans le tome 1. Nous retrouvons Viola – via des enregistrements, nous retrouvons Walt Garrity prêt à tout pour aider son ami, même au péril de sa vie. Caitlin qui a perdu la vie à la fin du tome 2 trouve ici deux personnages miroir : deux femmes fortes et décidées à faire la lumière sur la mort de Viola et sur les meurtres du temps de la lutte pour les droits civiques. Finalement, ce n’est plus la croisade d’un homme pour sauver son père, c’est la lutte d’une ville pour mettre à jour – et expier – son passé violent et fratricide.

Enfin, Lincoln Turner, le demi frère de Penn est très ambivalent ici. Il est détestable dans les trois quart du roman, un peu comme dans le tome 2, arrogant, fier, menteur et manipulateur. Il s’humanise pourtant – sans pour autant devenir radicalement différent. C’est un cheminement intéressant et dramatiquement éclairant.

Arrivée au terme de cette lecture, je dirai que ce tome clôture avec brio la trilogie. Nous avons un roman dense et intense, qui fourmille de rebondissements, de révélations, qui nous tient en haleine et nous laisse abasourdis mais repus, satisfaits d’être arrivés au bout du voyage et d’avoir des réponses.

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