
Je suis partie en vacances, dans ma famille, sans emporter de livre. Chez moi, chacun a une pile à lire qui déborde et il est d’usage que nous piochions dans les piles des uns et des autres. Trahison fait partie de la pile à lire de ma mère, j’avais envie d’un roman policier : il n’en fallait pas plus pour me décider.
Dans ce roman, nous découvrons une femme Ursula, appelée pour remplacer un ministre. Elle revient de missions humanitaires au cours desquelles elle a oeuvré au sein de camp de réfugiés pour venir en aide aux victimes. Sa mission ministérielle lui semblait de prime abord plus reposante, mais in fine, c’est un vrai panier de crabes qui s’offre à elle. Articles la mettant à mal, attaques d’un SDF, manigances diverses et cyber- harcèlement, rien ne sera simple et les dossiers auxquels elle s’attaque ne facilite pas sa prise de fonction.
Ce roman, je l’ai lu rapidement. Le récit est prenant, les événements s’enchaînent, il n’y a pas de digression. Tout nourrit d’une façon ou d’une autre l’intrigue principale. En cela, le montage romanesque est très efficace. Chacun des fils a son importance et ne se révèle pleinement qu’au moment opportun. Même les choses qui semblent anecdotiques, et de l’ordre de la vie privée finissent pas avoir un rôle décisif à un moment ou à un autre.
Ursula est un personnage qui m’a plu. Nous avons une femme au milieu d’hommes peu enclins à céder de leur pouvoir. Les petites bassesses de ces messieurs sont bien rendues, leurs petits calculs aussi pour ne pas se charger du sale travail et ne pas entacher leur popularité. Ici, l’autrice suggère et montre les turpitudes du monde politique, les alliances faussement sincères, la complaisance, les mesquineries. Au milieu de tous ces écueils, Ursula reste entière et défend ses convictions. Elle entend bien faire avancer une histoire de plainte pour viol qui a piétiné, elle s’est engagée auprès de la mère de la victime, elle entend s’attaquer aussi à des dossiers consistants. Finalement, ses choix de dossiers, sa détermination à mener les choses à bien est aussi ce qui la met en difficulté. Elle ne sait pas courber l’échine et flatter par intérêt.
Les personnages à côté d’elle sont un peu pâlot. C’est d’ailleurs ce qui permet de maintenir autant de suspense. Nous ne savons pas de quel côté vient le danger, pendant un très long moment. Je dirais que ces messieurs ne sont pas du tout à leur avantage dans ce livre. Le chauffeur Gunnar est un peu caricatural : accro au sport, à la musculation, dévoué à son travail à en devenir maladroit, il ne m’a pas convaincue. Le mari, Nonni, est lui aussi un peu fade. J’ose penser que cela permet aussi de mettre Ursula en valeur.
Le personnage intrigant reste Petur, le SDF. Il garde de multiples secrets, en dévoile une partie de façon si sibylline qu’il en menaçant et inquiétant. Il est dans le roman un élément clef, autant porteur de tension que de suspense, il joue un grand rôle dans l’inextricable pelote tout en portant des éléments décisifs pour démêler le tout. J’ai vraiment apprécié les révélations distillées le concernant.
La chute du roman est savoureuse et efficace. Les choix opérés par Ursula sont convaincants et contribuent à rendre le roman intéressant. Finalement, ce roman tourne autour des mille et une trahisons endurées par la jeune femme et la façon dont elle s’en relève : des trahisons anciennes, des nouvelles, des trahisons d’ordre politiques, d’autres plus personnelles.
Ainsi, j’ai apprécié ma lecture. Je ne peux pas dire que c’est un coup de coeur, mais j’ai passé un très agréable moment. Nous avons un polar au suspense bien ficelé, sans violence débridée.