Le Cercle de pierres, M.W. Craven.

J’ai l’impression que cela fait une éternité que je n’ai pas lu de polar dense, dur, de celui qui remue les tripes et interpelle… ce n »est sans doute pas vrai, mais en ouvrant Le Cercle de pierres de M.W. Craven, j’ai poussé un soupir intérieur et j’ai furtivement pensé, « ah, enfin, voilà un roman comme je les aime ». Dès les premières pages, ce type de pensées peut amener à une désillusion : eh bien, il n’en est rien!

Le récit se déroule dans la région du Lake District, au centre des cercles de pierres, un tueur brûle ses victimes encore vive, aucun lien apparent entre ces septuagénaires, jusqu’au jour où on retrouve le nom de Washington Poe gravé sur le torse d’une des victimes. Poe est donc contraint de reprendre du service, sous les ordres de Stéphanie Flynn et il fait équipe avec une étonnante jeune femme, Tilly Bradshaw ainsi qu’avec son ami d’enfance, Kylian Reid. Reste à savoir qui tire vraiment les ficelles, et comment rendre justice.

Le roman commence au cœur de l’action : nous assistons à un meurtre, nous découvrons Tilly et son caractère hors normes, et très vite, nous arrivons au nœud : la nécessaire réintégration de Washington Poe, l’enquête qui prend un tour inattendu. Il y a donc une véritable urgence dans le début de ce roman. Nous sommes emportés dans le tourbillon des événements, pour notre plus grand bonheur. Comme les enquêteurs, nous ne voyons aucun lien entre les victimes, et même en nous accrochant, nous le ne pourrions pas puisque nous assistons surtout à leur mise à mort pour certains, et sinon, nous n’assistons qu’aux efforts (un peu vains) des équipes de police. Très vite, il apparaît que tout est plus complexe que prévu : certes, il y a les meurtres actuels, mais un drame vieux de vingt-six ans semble sous-tendre l’ensemble, et celui là est particulièrement difficile à mettre au jour. J’ai adoré la façon dont les choses progressent, lentement mais sûrement, avec des erreurs, des interprétations qui envoient sur des fausses pistes, des avancées brutales, des indices sinistres, des découvertes atroces. La construction du roman est particulièrement savoureuse car il n’y a véritablement aucun temps mort alors même que certaines avancées prennent du temps à mettre au jour. L’auteur parvient à maintenir notre attention, à nous faire retenir notre souffle même lorsque les enquêteurs piétinent. Arrivé à un certain stade, j’ai compris où voulait en venir l’auteur, mais sincèrement, je crois qu’à ce moment-là, c’est délibéré de sa part.

La chute du roman est parfaite : le rideau levé sur l’Immolateur, la révélation du drame passé, les choix difficiles de Poe et de l’équipe entière de police, tout fonctionne parfaitement. J’ai adoré que le meurtrier ne soit pas une figure manichéenne, bien au contraire, il est cruellement humain. A la lumière des révélations, nous comprenons le drame qui a noué les fils du destin et scellé le sort des victimes. Les victimes elles-mêmes ne sont pas auréolées d’innocence parfaite. Il y a des nuances, des subtilités qui rendent l’ensemble complexe et intéressant. Cela a le goût des contradictions humaines, l’odeur de souffre des turpitudes et l’ensemble fait souffler un vent de scandale qui risque de se transformer en une tempête dévastatrice sous les yeux de nos enquêteurs.

La galerie de personnages est parfaite à mon sens : Poe est la figure d’enquêteur borderline dont on se délecte. Le lecteur aime le voir vitupérer contre le système, ruer dans les brancards, et n’en faire qu’à sa tête. Il contrevient volontiers aux règles si c’est nécessaire, il n’hésite pas à court-circuiter deux ou trois personnes pour suivre son instinct et pour rien au monde il ne laisserait un criminel s’en sortir, quel qu’il soit. C’est aussi un homme en rupture avec les conventions, qui aspire à se retrancher du monde au milieu de la nature sauvage de la Cumbria. Tilly Bradshaw est mon coup de cœur ici. Elle est gauche mais brillante, impertinente sans le savoir, sans filtre mais terriblement attachante. J’aime son ton décalé, j’aime sa sensibilité, j’aime ce qu’elle accomplit. Alors, je vois déjà le bémol que certains pourraient placer : l’analyste brillante mais en dehors du monde est une figure que l’on ne découvre pas… oui, mais ici, cette figure est mise en scène avec talent et efficacité, sans caricature ni excès. Tilly évolue, apprend et surprend par une audace qui ne lui ressemble pas toujours. Les autres figures de policier sont efficaces : le meilleur ami qui aide, fournit des informations, la cheffe qui est à la fois exaspérée par son subordonnée mais heureuse des avancées qu’il permet d’apporter, le chef de police plus intéressé par sa carrière – et par le fait de ménager les susceptibilités – que par une enquête franche en toutes circonstances.

Enfin, la plume de l’auteur est fluide. Certes, le roman est traduit et ne l’ayant pas lu dans la langue originale mon commentaire est légèrement biaisé, mais malgré tout, il faut dire que rien n’entrave la lecture. Il n’y a pas d’effet de redite, de piétinement ou de tic d’écriture déplaisant, à mon sens.

Ainsi, Le Cercle de pierres a été une lecture parfaite pour moi : une enquête aux ramifications puissantes, dans un passé enfoui, que personne (ou presque) ne veut voir déterré ; des crimes terribles, une figure d’assassin aux multiples facettes ; des enquêteurs têtus et irrévérencieux quand il le faut ; des rebondissements et une fin saisissante. J’adore.

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