Pinocchio, Joël Pommerat.

Dans ma bibliothèque destinée aux élèves, j’avais cet exemplaire des aventures de Pinocchio rédigées par Joël Pommerat. Comme je cherchais un passage à mettre en scène avec l’atelier théâtre, je me suis dit que c’était l’occasion de le lire et de voir un peu si nous pouvions en faire quelque chose. J’en profite pour le glisser dans mon Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne frissonnant, catégorie « Double double toil and trouble ». Je valide donc l’ensemble du menu Automne frissonnant, mais je pense le compléter avec une autre lecture puisque cette version de Pinocchio sous forme théâtrale était très brève.

Dans cette adaptation théâtrale, le petit pantin à peine sculpté prend vie et tyrannise son père. Il choisit d’assouvir ses désirs et quitte son père sans grands remords. D’aventures en mésaventures, il se transforme… mais grandira -t-il vraiment ? apprendra-t-il ? et surtout deviendra-t-il un véritable petit garçon?

Le personnage de Pinocchio est absolument détestable dans cette version… du moins, dans les trois premiers quart de la pièce : égocentrique, bête, tyrannique, à la limite de la méchanceté et du mépris de l’Autre, il est absolument odieux avec son père. Il n’a aucune empathie et n’a aucune capacité à prendre en compte les émotions des autres ou à embrasser la situation des autres en général. Cela peut sembler normal, c’est un pantin en bois, donc nous ne pouvons pas forcément lui demander d’avoir un cœur tendre. Certes. Pour autant, Pinocchio a hérissé chaque parcelle de mon être dès qu’il a ouvert la bouche. Sa suffisance et son absence de réflexion l’amènent à subir bien des déboires avec les voleurs d’abord puis avec les meurtriers.

L’apprentissage de Pinocchio est lent, très lent, trop lent à mon goût ! S’il subit des revers, il a aussi de vrais coups de chance, qu’il ne sait pas savourer et qu’il gaspille en faisant preuve d’une bêtise sans fond, ce qui l’entraîne vers des catastrophes plus grandes encore. J’ai été absolument atterrée de le voir agir et réagir ainsi, il allie bêtise et mensonge en un maillage serré qui ne lui laisse que peu de chance, et d’ailleurs, il est si obtus qu’il peine à entendre les conseils des autres.

Cette pièce reprend des éléments classiques : Pinocchio avalé par une baleine -notons par ailleurs que c’est chez Walt Disney que Monstro, la baleine, l’avale alors que chez Collodi, c’est un requin ; le parallèle avec Jonas avalé par la baleine est bien évidemment présent aussi. L’histoire de Pinocchio en général est respectée et ancre cette réécriture dans une tradition littéraire. Le choix d’un présentateur, qui commente le récit, l’introduit et le clôture participe aussi de la littérarité de la pièce en se faisant l’écho du Chœur antique, un peu comme lorsque Jean Anouilh revisite cette tradition (dans Antigone ) avec le personnage nommé le Prologue. Le travail littéraire pour revivifier le texte et en faire une réécriture porteuse de sens est donc bien là. De plus, cette pièce de théâtre est hors norme puisqu’elle reprend les éléments magiques du récit d’origine que nous connaissons : transformation en âne, présence de monstre marin, autant de choses difficilement représentables sur scène. Elle est donc autant destinée à être lue qu’à être jouée.

Enfin, je sais bien que cette pièce de théâtre est en réalité porteuse d’un enseignement sur l’évolution de chacun, sur l’apprentissage, sur l’ignorance qui fait de nous le jouet des autres, sur la nécessité d’apprendre et d’écouter pour réfléchir ensuite. Oui, cette pièce de théâtre contient en filigrane toute une réflexion sur l’humanité, sur le devenir autre, mais ça coince pour moi malgré tout. Je pense que le personnage de Pinocchio en lui-même me pose souci et crée un rejet suffisamment fort pour que je ne puisse pas réellement savourer les autres qualités de la pièce. Cela n’engage que moi, bien entendu et ne préjuge en rien de la qualité littéraire de l’œuvre.

Ainsi, cette chronique sera brève car il ne sert à rien d’enfoncer une œuvre qui a seulement le défaut de ne pas me convenir. Pinocchio n’est pas pour moi. Malgré des qualités certaines, des allusions littéraires et un travail certain sur la théâtralité, je n’ai pas du tout accroché et risque d’oublier bien vite ce rendez-vous manqué.

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