Le Désosseur de Liverpool, Luca Veste.

Le Désosseur de Liverpool est une nouveauté de novembre qui me tentait bien : un thriller, un mythe repris par les enfants, une comptine glaçante et des meurtres. Voilà de quoi faire penser à Octobre de Søren Sveistrup que j’avais adoré. Nous ajoutons à cela un auteur inconnu à découvrir et j’étais prête à me lancer dans l’aventure.

Les enfants de Liverpool connaissent tous la comptine du Désosseur, un monstre vivant dans les bois, enlevant et tuant ceux qui s’y aventurent… Louise et son collègue Shipley sont un jour appelé au chevet d’une femme affirmant avoir été blessée par le Désosseur : choc subi et divagations ou vrais éléments? Bientôt des corps sont retrouvés et l’enquête s’avère complexe, suggérant des liens inattendus.

Le roman débute de manière trépidante avec une jeune femme retrouvée désorientée, gravement blessée et au discours incohérent. Le duo d’enquêteurs semble également offrir de belles promesses. Louise, la jeune femme, paraît porter un secret, un traumatisme qui la hante et la déstabilise par moments. Il y a donc de quoi être ferré. Ajoutons à cela la comptine du Désosseur, les cadavres retrouvés, l’enquête qui piétine tant le criminel semble insaisissable et tant la rationalité de Shipley refuse d’envisager la piste de la légende du Désosseur et nous avons un cocktail parfait pour un récit sombre, inquiétant et prenant à souhait. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteur travaille la question des bois, lieux de tous les dangers, de l’obscurité, de la créature diabolique aux yeux sans âme et sans fond, la question de l’odeur de mort qui rôde dans le sillage de son apparition aussi. Cela ajoute une dimension fantasmagorique qui parle à notre imaginaire et à l’enfant en nous qui a encore peur des monstres tapis dans le noir. J’ai beaucoup aimé également la figure de la survivante, Caroline, qui se mure dans le silence, qui, sous couvert de son traumatisme, omet des choses, voile certaines réalités. Nous mettons du temps à comprendre exactement quel est l’intérêt de ces petits détails omis, mais lorsque nous le saisissons pleinement, cela éclaire l’histoire sous un jour nouveau.

L’intrigue connaît donc plusieurs virages : une simple agression, un tueur en série, une faribole racontée par une femme choquée et incohérente, un monstre qui se cache derrière une légende, un copycat… ou encore bien pire? Les révélations de la fin du roman sont particulièrement originales et fournissent des explications explosives non seulement sur les meurtres, mais aussi sur le passé de certains personnages. Il y a une vraie originalité dans cette chute, qui d’ailleurs laisse suffisamment de choses en suspens pour nous glacer jusqu’à l’os, tout en en résolvant assez pour que nous ne sous sentions pas réellement frustrés. C’est un étrange mélange et une sensation très étonnante.

Pour autant, malgré ces vraies belles qualités, je ne suis pas pleinement convaincue par le roman. La narration est certes prometteuse autour des secrets gardés enfouis par les personnages clefs. Louise, Caroline et d’autres m’ont intriguée, poussée en avant, jusqu’au moment où la confusion des personnages a aussi jeté une trop grande confusion dans l’esprit de la lectrice que je suis. Je me suis trouvée fatiguée à un moment donné par les atermoiements des unes et des autres, qui refusaient de lâcher le moindre indice, même pour le lecteur seul, qui entretenaient le trouble sur leur passé, sur leur identité, sur leurs motivations. Je reconnais pleinement aussi avoir été fatiguée des aller-retour « hier »/ « aujourd’hui’, des chapitres parlant de criminels et dont je n’arrivais pas à percevoir la cohérence avec le tout. Pourtant, j’adore d’habitude l’alternance passé / présent, et je suis captivée à l’idée de découvrir à quel personnage du présent correspond celui mentionné dans le passé. Là, pourtant, à mi parcours, je suis passée à côté. Peut-être y avait-il trop de fils qui s’autonomisaient, peut être tout simplement n’était-ce pas le bon moment pour moi pour rencontrer ce livre. Je crois que nous ne le saurons jamais vraiment. Mais, le bilan, c’est qu’à mi parcours, la lecture est devenue plus pénible et plus laborieuse que ce que j’attendais. Je voulais connaître le fin mot, bien entendu, et j’ai été surprise par la chute, mais le temps et le chemin pris pour y parvenir m’a semblé un peu trop caillouteux pour pleinement me satisfaire.

Ainsi, Le Désosseur de Liverpool est un roman qui offre de belles promesses : des crimes incompréhensibles, des pistes en apparence impossibles à concilier, des mystères anciens et récents à résoudre et des enquêteurs qui s’échinent à trouver du sens dans cette inextricable pelote de nœuds. Pour autant, je reste sur ma faim, trop de complications, trop de non-dits qui délayent les choses et des révélations qui, si elles sont saisissantes, sont parfois arrivées trop tard pour moi, endormant ma soif de comprendre. Mais encore une fois, n’hésitez pas à vous forger votre propre avis, peut-être n’était- ce juste pas le bon moment pour moi pour découvrir ce livre.

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