Contes d’Arkania, Les Enfants d’Hyriah. T1.

J’ai une tendresse toute particulière pour les romans d’E.R Link pour plusieurs raisons : la première, c’est que les deux ouvrages d’elle que j’ai lus m’ont séduite, chacun par leurs caractéristiques propres, la seconde, c’est que c’est une autrice gentille et adorable que j’ai eu la chance de rencontrer. Cet été, j’ai un peu plus de difficultés à lire que d’habitude, fatigue oblige, j’ai donc profité d’une semaine de vacances hors de chez moi pour entamer son nouveau roman, Les Enfants d’Hyriah qui m’attendait sagement depuis une petite année dans ma liseuse.

La quatrième de couverture est énigmatique, mais je vous avouerai qu’avec cette autrice, je plonge les yeux fermés, sans même avoir besoin d’un synopsis… Voici ce que nous découvrons : « Deux possibilités existent : soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes. » Arthur C. Clarke.

Ce roman donne le ton dès les premières pages. Nous comprenons très vite que nous sommes dans un futur qui est au croisement du récit d’aventures et de la science fiction. Les personnages principaux ont des prénoms bien surprenants : Arkania, Jaïanne, Mizakiel qui nous dépaysent déjà. L’environnement entier nous plonge dans un autre univers : nous comprenons que nous sommes sur une autre planète, la société est régie différemment, les conditions de vie sont toutes autres. Pour autant, il reste des points d’ancrage très forts qui nous permettent, à nous lecteurs, de nous identifier vite aux personnages. Les protagonistes sont des étudiants, qui attendent leurs résultats, ils réagissent comme vous et moi, et nous retrouvons tout ce qu’on peut attendre d’un campus : le tombeur, le bel étudiant brillant, la bavarde invétérée, la pin up superficielle, le rebelle énigmatique. Formulé ainsi, je vois déjà poindre la crainte de certains de se trouver face à un roman frivole et sans profondeur… eh bien, soyez rassurés, il n’en est rien. L’autrice, E.R. Link, se sert de cette apparente légèreté pour mieux nous induire en erreur. Certaines attitudes chez Jaïanne ou chez Eryn correspondent pleinement à l’adolescence ingrate, mais elles gagnent en profondeur touche par touche et à la fin, les carapaces se fissurent pour mieux révéler le vrai visage de chacune. Cela vaut pour tous les personnages. Aucun n’est pleinement ce qu’il semble être au premier abord : la bimbo est peut être plus profonde qu’il n’y paraît, la meilleure amie si aimante et si douce n’est peut être pas toujours tendre, le cancre paresseux a peut être du génie, notre timide Arkania a sans doute plus de ressources qu’il n’y paraît. L’adversité, les découvertes et les aventures sont non seulement le moyen d’approfondir l’univers mais aussi de faire des personnages des êtres complexes, avec leurs failles et leurs fêlures, avec leurs forces insoupçonnées, leurs petites lâchetés aussi. Le roman nous réserve donc bien des surprises, non seulement en terme de rebondissements et de coups de théâtre, mais aussi, de façon intrinsèque aux êtres.

Ce roman, bien que faisant large part à la science fiction, travaille donc aussi et surtout sur un matériau très humain, et vous verrez à la lecture tout l’aspect paradoxal que cette assertion peut revêtir. Vous n’êtes pas au bout de vos découvertes ! Nous trouvons les relations parents – enfants, la question du deuil au sein d’une famille, l’aspect sclérosant d’un deuil sur lequel on se replie, les maladresses des parents – qui nous incitent à sourire tant les moments créés sont gênants, la curiosité des jeunes et la soif d’apprendre. En filigrane, apparaît aussi une réflexion autour de notre société : les réseaux sociaux et la place qu’ils prennent, démesurée et envahissante parfois, salvatrice si on s’en sert bien ; les trafics divers, les mesquineries et les turpitudes des êtres entre incompréhension et jalousies ; les complexes irraisonnés et sans fondements mais dévorants malgré tout. Avec tout cela, l’opposition classique entre l’être et le paraître est revivifiée au sein d’un roman de science fiction et nourrit encore une fois le texte et le cœur du lecteur, en donnant de la matière et de la densité au monde créé.

Ce monde est d’ailleurs une magnifique fantasmagorie : tout est nouveau pour notre œil, tout nous intrigue et nous captive. Les objets, les moyens de locomotion, la faune et la flore. Il y a entre ces pages un monde entier à explorer par la pensée et par l’imagination, un monde à rêver et dans lequel se plonger. J’ai adoré, littéralement, d’autant que cette plongée se fait avec une telle douceur que nous oublions complètement au bout d’une dizaine de pages que nous naviguons en terres inconnues. C’est bien là que l’apparente légèreté de départ joue son rôle en plein : elle nous entoure d’une douceur si moelleuse que tous les aspects techniques et précis des lieux sont adoucis. L’ensemble de l’œuvre présente donc un très bel équilibre entre ancrage dans le réel, réflexion et univers nouveau.

Ceux qui me suivent depuis un moment savent que j’ai une affection toute particulière pour la plume d’E.R. Link. Elle a encore visé en plein dans mon cœur de lectrice ; la lecture est douce et fluide, émaillée de beaux mots qui brillent au milieu de l’encre des pages et qui donnent un charme supplémentaire au livre. J’aime la magie des bons mots, les mots précis, élégants et aux sonorités chantantes. E.R. Link sait faire chanter la langue dans ses œuvres, mais elle le fait avec une retenue et une élégance qui lui évite l’écueil de l’affectation. La mesure et l’équilibre sont une fois de plus au centre du roman, et, naviguant sur le fil au-dessus de l’abîme, jamais l’autrice ne chute et ne nous agace par excès de savoir. A cela s’ajoute une construction très efficace : le tempo assez lent et doux du début devient trépidant pour mieux nous accrocher et nous laisser, dans les dernières pages, suspendus aux mots, et hors d’haleine, impatients de lire la suite et désolés de ne pas en avoir plus encore sous les yeux.

Les Enfants d’Hyriah sont, vous le devinez sans peine, un vrai bonheur livresque, une petite pépite de science fiction à savourer sans modération. J’ai adoré ma lecture et j’ai d’ores et déjà le tome 2 en attente dans ma liseuse.

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