Le Conte d’Arkania, Exil. T2, E.R. Link.

Cet été, je me suis plongée dans Les Enfants d’Hyriah, qui est le tome 1 des aventures d’Arkania (avis ici). J’avais adoré ma lecture. Je n’ai donc pas tardé à enchaîner sur le tome 2. Si je n’ai pas eu le temps de le dévorer durant le Pumpkin Autumn Challenge, il a fait partie de mes premières lectures de 2022, d’autant qu’avec mon petit garçon constamment dans les bras, il m’est pour le moment plus facile de lire sur liseuse.

Il est difficile de faire un résumé sans spoiler les futurs lecteurs… Si vous n’avez pas encore lu le tome 1, je vous invite à ne pas lire plus de cette chronique, sinon, le plaisir sera bien moindre. Nous retrouvons Arkania là où nous l’avons laissée : elle a été enlevée, elle quitte les siens de force, trahie, et se trouve propulsée dans un monde terrestre violent, qui la prend pour une bête de foire. Elle est auscultée, analysée, son corps est disséqué – au sens propre comme au figuré- par des scientifiques qui, s’ils sont humains, n’ont pas une once d’humanité !

E.R. Link n’épargne rien à notre pauvre Arkania : plus d’une fois, j’ai tremblé pour elle, plus d’une fois, je me suis dit que notre autrice préférée exagérait ! Et j’ai été incapable d’arrêter ma lecture. Arkania est comme le roseau. Face à l’adversité, face à la barbarie et aux monstres, elle ploie, elle rentre en elle-même, elle fait sienne la douleur, la colère, et puise dans ce réservoir la détermination de se révéler, de renverser les rôles, de se redresser face aux vents, d’avancer pas à pas et de vaincre. Notre héroïne est d’une résilience rare : elle endure, elle fait sienne les expériences que la vie met sur son chemin, elle apprend et grandit. Elle déconstruit de jour en jour son éducation, son passé pour se réinventer, pour pouvoir continuer à vivre, pour réassembler sa vie – alors même qu’elle semble être devenue un champ de ruines. Du haut de son courage, dans sa lutte désespérée et folle, notre héroïne reste d’une humanité sans borne : elle se leurre, elle connaît le déni, son cœur est balayé par l’espoir, elle éprouve des émotions contradictoires et troublantes, refuse de voir la vérité en face. C’est aussi une femme qui a gardé la capacité à s’émerveiller. Les épreuves l’ont façonnée, elle a survécu au pire, mais jamais sa capacité à voir le Beau ne s’est flétrie. Elle sait aimer là où beaucoup d’humains ont désappris, elle sait rire là où la vie lui a tissé une cascade de larmes, elle sait rêver là où le rêve n’est plus, elle regarde au-delà des apparences, et finalement, elle sait voir avec le cœur avant de voir avec les yeux. Arkania, c’est un peu le renard de notre Petit Prince : elle est celle qui peut réapprendre l’humanité aux hommes, elle est celle qui peut réapprendre le bonheur à ceux qui ont oublié ce que c’est, elle est celle qui peut relier le passé des planètes et leur tisser un avenir. Elle est la passerelle entre les mondes.

Le récit est particulièrement entrainant. Cette dystopie nous plonge dans un monde terrifiant et glaçant. Les puissants vivent à l’abri, le petit peuple est assemblé en matriclans : devant la raréfaction des naissances de garçons, les femmes organisent la vie des groupes, les hommes sont nomades, le concept de famille a volé en éclats. L’humanité paye le prix de ses excès. Le roman allie ici la science-fiction à la dystopie avec un zeste de fresque écologique : la terre est dévastée par une exploitation abusive, l’espèce humaine a dévasté son habitat, la technologie s’est effondrée, les gadgets qui amusaient tant ne sont qu’un lointain souvenir – sauf pour ceux qui se leurrent encore la face-, la société est devenue brutale, la situation générale exacerbant les tensions, l’intolérance bat de nouveau son plein, et des pratiques de justice moyenâgeuses réapparaissent, le pal et le pilori notamment. La société toute entière est donc devenue violente et constitue une jungle qu’Arkania doit apprivoiser.

Une fois de plus, nous avons une œuvre hors normes, aux croisées des chemins. Dystopie et science fiction avons-nous dit, mais ici, cela se mâtine aussi de romance. Une romance douce et équilibrée, passionnée et passionnante, bien loin des clichés du genre. Une romance qui n’est d’ailleurs pas forcément faite pour bien se finir, car souvenez-vous que l’autrice réserve de sacrées épreuves à ses héros!

Dans sa quête initiatique, Arkania rencontre des personnages extraordinaires : Sébastien, Tintin, Christian, Valexine et tous ceux que je ne cite pas. Elle se constitue un foyer, une famille de cœur. J’ai adoré le lien qui les unit tous, qui se construit au fil des pages, qui s’étoffe et se nourrit au fil de leurs aventures. J’ai aimé leur amour, j’ai aimé leur humour, j’ai aimé les détours qu’ils prennent pour se le dire et se le montrer. Cette petite brochette brille d’humanité, de discernement, de sens du sacrifice et de sens de l’honneur. Ils savent ce qu’ils doivent faire et pourquoi, et ils nous emportent dans leurs aventures…. et ils s’ancrent dans notre cœur de lecteur un peu plus à chaque page.

Comme toujours chez E.R. Link, vous trouverez un animal insolite. Nous découvrons ici Calamity. Et que dire d’elle ? Calamity, c’est tout un poème ! C’est l’animal aux réactions plus humaines que celles de l’humain, c’est le personnage drôle et attach(i)ant. C’est la source de beaucoup de problèmes et l’origine de beaucoup de solutions, pour paraphraser un des personnages. Ce sont deux yeux noirs et une truffe remplis d’amour et de loyauté. Calamity, c’est aussi une verve et une voix qui font rire. Si elle ne prononce – au sens propre aucun mot-, nous entendons ses pensées grâce à l’autrice : et quel délice ! Notre charmante bête est désarmante d’impétuosité, d’ingénuité et d’humour. Sa pugnacité, son acharnement n’ont d’égal que sa tendresse pour ses humains. Calamity, c’est une fois de plus mon coup de cœur indescriptible pour ce mélange d’humour, de dérision et de beauté des sentiments.

Enfin, et je me répète de chronique en chronique sur les romans d’E.R. Link, j’ai adoré la plume. Le style est efficace, vif et enlevé dans les aventures et les combats ; mais il est aussi beau, doux et poétique lorsqu’il le faut. Avec une précision parfaite, avec la recherche du mot juste, de celui qui éclatera en bouche et apportera sa saveur au texte, l’autrice cisèle les phrases pour créer des mondes physiques et des mondes humains, pour créer des bulles de douceur au milieu de l’horreur absolue et pour faire fleurir la poésie et l’espoir sur les décombres d’un monde à feu et à sang. Une plume qui m’emporte et me transporte à chaque fois, un petit bonheur livresque que je ne boude pas.

Si vous êtes arrivés jusque là, vous aurez compris que j’ai adoré ma lecture. Tout est parfait : l’héroïne, les épreuves, l’univers, les révélations, les personnages et leurs liens, la touche d’originalité, le zeste de connu qui nous fait nous sentir comme à la maison entre ces pages, et la beauté de la langue. La chute de ce deuxième tome laisse entrevoir un tome 3 que j’attends déjà avec une impatience non feinte.

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