Sous protection, Viveca Sten.

Le nouveau roman de Viveca Sten est sorti en mai, et comme à notre habitude, ma mère et moi avons décidé de le lire l’une après l’autre puis de débriefer. C’est une saga que nous aimons beaucoup, c’est un polar doux qui nous permet d’alterner avec des lectures un peu plus rudes et sombres. Ce serait presque un polar-doudou, aussi étrange que puisse paraître la formule.

Ce tome met en scène Andreis Kovac, arrivé enfant en Suède, réfugié de la guerre de Bosnie. C’est un homme puissant mais aux affaires peu honnêtes que la police cherche à mettre hors d’état de nuire; Nora Linde est la procureure chargée de l’affaire et elle entend bien faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire triompher la justice, y compris s’appuyer sur l’épouse battue de cet homme. Mina devient donc un véritable enjeu pour les deux parties et sa protection est une question cruciale pour Nora. Les autorités sauront- elles la protéger ainsi que tous ceux qui se dressent sur le chemin d’Andréis?

C’est tout d’abord un réel plaisir de retrouver Nora, Jonas, Thomas et tous les autres. Ce sont des personnages auxquels je me suis attachée de tome en tome et je suis toujours contente de retrouver le fil de leur histoire personnelle à côté de l’enquête conventionnelle. Ici, Nora se porte bien, ses garçons ont grandi, la vie est différente, son travail l’accapare pas mal et nous en venons à trouver parfois qu’elle en fait trop. Thomas quant à lui est aux prises avec des difficultés personnelles qui rejaillissent sur son humeur et il paraît plus terne que dans d’autres volumes. Nora occupe davantage le devant de la scène. En soi, ce n’est pas mal, cela permet de donner du relief aux êtres, et en réalité, il nous arrive à tous de nous mettre en retrait.

Le récit est assez lent en soi, une fois de plus, je ne trouve pas cela dérangeant puisqu’en entament un roman de l’autrice, je m’attends à un polar doux, un peu lent, sans actions trépidantes et sans multiples rebondissements. Ne m’attendant pas à un polar mené tambour battant, j’ai trouvé entre ces pages ce que j’attendais en termes de dynamique de récit et de plume de l’autrice. Si vous aimez les autres volumes de Viveca Sten, il n’y a pas de mauvaise surprise de ce côté là.

Malheureusement, il y a un hic malgré tout. Il faut bien le dire, je suis véritablement déçue par ce roman. Je trouve l’histoire en elle-même assez peu originale, et somme toute assez convenue. Une femme battue qui hésite à témoigner contre son mari, un baron de la drogue violent, au passé traumatisant, rien de bien neuf là-dedans. Tout le récit tourne autour de Mina, du choix qu’elle a à faire, de sa terreur et de ses illusions aussi face à ce mari qu’elle ne reconnaît plus. L’enchaînement d’actions le plus trépidant reste les mesures de protection prises pour elle, et l’escalade de violence du mari ne supportant pas que sa femme lui échappe. Là encore, pour la lectrice que je suis, c’est du déjà vu. Je n’ai pas trouvé dans ce tome un suspense qui m’a donné très envie de poursuivre. Bien entendu, j’avais envie de savoir ce que Mina choisirait, de savoir si Andreis allait commettre l’irréparable ou s’il allait faire un faux pas, mais je n’ai pas vraiment ressenti de tension dramatique me poussant en avant. La lecture a été agréable et globalement fluide, mais sans passion et sans grand entrain. La part d’enquête en elle-même est également un peu trop maigre pour étancher ma soif de polar. Ma chronique sera donc brève car nous touchons là à une interprétation très personnelle de ma part. D’autres lecteurs seront sans doute emballés par ce roman et y trouveront tout ce qu’il y cherchent. Je le leur souhaite réellement d’ailleurs.

Finalement, ce qui m’a le plus intéressée, ce sont les éclairages apportés au compte goutte sur le passé d’Andreis. Son enfance, la guerre qui éclate, la peur de ses parents, l’espoir, la fuite. Ces passages sont pleinement dramatiques et glacent le lecteur tant la violence y est brute. Nul doute que cela change les êtres pour le meilleur ou, dans le cas de ce personnage, pour le pire. Ces passages aussi prenants et terribles soient-ils ne parviennent pas à changer l’impression générale laissée par le récit. Mon avis reste donc très mitigé même s’il y a de jolies choses dans ce roman.

Ainsi, Sous protection est un roman qui me laisse mi-figue mi-raisin : j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Viveca Sten mais je n’ai pas trouvé la saveur attendue à ces pages et j’en ressors déçue. Les choix en terme de ressorts dramatiques ne m’ont pas pleinement convaincue même si, en toute objectivité, ils sont pertinents et que la structure d’ensemble fonctionne très bien. Qui sait, peut être aimerez-vous plus que moi ce tome.

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