L’Archipel des lärmes, Camilla Grebe.

L’Archipel des lärmes m’a été offert par ma sœur à Noël, et pour une fois, je n’ai pas tardé à le sortir de ma bibliothèque. J’ai lu il y a peu L’Ombre de la baleine qui m’avait vraiment plu. Il ne me restait que ce petit dernier à lire.

Dans ce roman, plusieurs meurtres sont commis. Le premier, en 1944 : une femme est tuée chez elle, clouée au sol. Trente ans plus tard, des femmes subissent le même sort, et le meurtrier récidive dans les années 1980. Des indices ne ressurgissent que maintenant, entrainant des enquêtes multiples entre cold case et actualité brûlante. Au cœur de chaque affaire, des femmes flic qui se démènent pour mettre à jour la vérité.

La construction de ce roman est tout à fait singulière. Nous commençons en 1944 aux côtés d’Elsie et de ses collègues. Nous devinons les contours de l’existence que mène chacun en cette période difficile, et c’est particulièrement touchant. Le crime atroce nous ferre instantanément et lorsque nous sommes déjà bien mordus, ce volet se referme avant que ne s’ouvre l’enquête trente ans plus tard. Nous voyons alors se dessiner l’ombre des protagonistes précédents, puis leur présence fantomatique s’amenuise à mesure que l’affaire se mue en cold case. C’est alors que s’ouvre l’enquête des années 1980 et que nous retrouvons avec bonheur les personnages des romans précédents, plus jeunes. Et peu à peu, les questionnements de la nouvelle enquête jettent un jour nouveau sur les éléments anciens, entre refus de voir, déni et découvertes. Ce sont des enquêtes qui semblent avancer autant qu’elles piétinent : un pas en avant, trois pas en arrière. Puis l’époque moderne s’ouvre avec Manfred et Malin. Les errances passées dévoilées, les secrets enfouis, les drames du quotidien, les conséquences terribles de ces cold cases imbriquées comme des poupées gigognes. Cette structure en plusieurs volets, reliés les uns aux autres par un fil directeur pourrait nous perdre car notre appétit de lecteur passe d’un mets à l’autre, sans transition, brutalement. Pourtant, ce n’est pas le cas. Au contraire, cela pimente notre lecture d’une épice nouvelle et réhausse le goût de l’ensemble de la délicate saveur de l’originalité et de la surprise.

J’ai particulièrement aimé le dénouement que je n’ai pas vu venir. J’ai été vraiment surprise par la résolution de l’enquête et par la tendresse qui émane de personnages pourtant en apparence durs. Je n’ai jamais suspecté le véritable coupable, même si en vérité, il ne m’était pas sympathique. Il faut d’ailleurs dire que de nombreux personnages sont antipathiques dans ce roman, ça n’aide pas!

Un des éléments que j’ai vraiment savouré ici, c’est la grande part laissée aux personnages féminins. Nous avons un polar qui, à pas feutré, se fait féministe et pointe du doigt les difficultés des femmes à intégrer certains métiers, à se faire accepter dans des univers masculins. La manière dont les femmes buttent sur les préjugés, sur le carcan archaïque de la société aussi est mis en exergue : la difficile conciliation entre vie de famille et vie professionnelle, l’injonction quasi permanente à choisir et à renoncer à l’une de ces possibilités, les regard des autres, celui des hommes en premier lieu, celui des femmes aussi, de celles qui ont renoncé à quelque chose et qui en gardent un souvenir aigri. J’ai aimé que cette vérité ne soit pas masquée. Si nous ne sommes plus dans les années 1940 et que le travail des femmes est courant désormais, les injonctions sont encore très présentes : injonctions à la maternité, ambition féminine mal perçue et surtout encore aujourd’hui les préjugés sur les métiers plutôt féminins ou plutôt masculins ont la vie dure.

Je terminerai sur la rythmique du récit qui est donc très agréable. Bien entendu, ce roman est une traduction, mais la lecture est fluide et intéressante, le récit coule entre nos doigts. L’enchâssement des affaires permet de faire des flash back sur le passé des personnages que nous connaissons bien, et j’ai adoré voir Hanne jeune, avant la maladie, la découvrir aux côtés de son mari, encore un peu naïve mais terriblement investie dans son travail. Il faut dire que quelques unes des mésaventures qui lui tombent dessus sont très attendues par le lecteur, mais nous, nous ne sommes pas investis émotionnellement, et il est toujours plus facile de voir venir les choses lorsqu’on a du recul. La part laissée à Manfred est assez mince comparée au tome précédent de l’autrice et c’est assez bien car cela permet à Malin d’être un peu plus présente et de dérouler à son tour ses petits ennuis et les tracasseries qui l’humanisent.

Ainsi, je suis enchantée de ma lecture, je l’ai adorée. Les cold cases me subjuguent décidément toujours autant, et la construction savoureuse m’a emportée dans une ronde glaçante et captivante. Je recommande.

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