Anergique, Célia Flaux.

Anergique est un roman que j’ai repéré à sa sortie, lorsque la maison d’éditions faisait des offres dédicacées. Je suis tombée en pâmoison devant la couverture que je trouve très belle, et le résumé était très tentant, il ne m’en a pas fallu beaucoup plus pour me laisser tenter et découvrir par la même occasion la plume de Célia Flaux.

Dans ce roman, nous suivons Clément et Liliana, tous deux membres des gardes royaux. Après avoir été informés de la présence d’une violeuse qui s’en prend aux plus vulnérables et qui leur vole toute leur énergie par son Amiya, ils partent tous deux pour Surat, en Inde. Là bas, ils découvrent que le pire est possible. Mort, deuil, et bientôt la lutte contre cette criminelle se reporte à Londres et prend une tournure des plus terrible.

Le monde magique tel qu’il nous est proposé est très agréable. Au bout de quelques pages, nous sommes pleinement immergés et nous comprenons la différence entre les lynes et les dénas. Les premiers manipulent la magie mais ne fabriquent pas d’énergie magique, tandis que les seconds en produisent. Un lien étroit s’installe donc entre les lynes et leur compagnon / leur compagne. Si de l’extérieur, le lien semble biaisé et assurer le pouvoir aux lynes, les couples que nous propose l’autrice sont assez équilibrés. Finalement, c’est plus une communion entre deux êtres et un partage qu’un lien de pouvoir et d’ascendant – quoi que, pour certains couples, c’est le cas, mais en général, cela donne lieu à bien des catastrophes par la suite dans le roman!

Le récit s’ancre également dans le XIXe siècle, et force est de constater qu’ici, la séparation entre les classes sociales fait plus que jamais rage. Le père de Liliana Mayfair, un lord particulièrement intransigeant, incarne à la perfection cette rigueur de caste qui érige des murs infranchissables entre les êtres. Les bas fonds londoniens et la misère en province sont parfaitement rendus, juste transformés pour coller à la fantasy : la prostitution devient ici vente d’énergie, les dénas pauvres puisent sans compter dans leurs réserves quitte à s’épuiser et à mourir jeunes pour essayer de survivre. Les magouilles et les mensonges sont aussi légions et nous croisons la route de quelques fripouilles assez peu sympathiques. Il est intéressant également que les agressions soient qualifiées de viol. Si au début il était surprenant de voir ce mot employé pour autre chose que ce que nous appelons, nous, un viol, c’est malgré tout justifié. En effet, dans ce livre, la criminelle aspire l’énergie de ses victimes jusqu’à la dernière goutte-, et le fait bien sûr sans leur consentement- ajoutez à cela la dimension sensuelle du partage d’énergie puisque cela se fait au niveau du cœur, de la gorge, du ventre (de la tête aussi, mais ce n’est pas le choix de la violeuse), et finalement, il s’agit bien d’attouchements non consentis également. L’agressivité et la férocité de la criminelle en font un Jack l’éventreur féminin insaisissable et détestable, une figure de monstre tout à fait réussie en somme.

J’ai beaucoup aimé la structuration en deux temps de ce roman : le voyage et passage à Surat d’abord. Un moment plein d’émotions et de drames. Les retrouvailles de Clément avec son ami sont très émouvantes, et ce d’autant plus que les changements de point de vue dans la narration sont très fréquents. Cela nous permet d’assister aux doutes de chacun puis de rendre palpables leurs émotions. Les drames qui se déroulent à Surat permettent d’humaniser au plus haut point les personnages et de laisser apparaître les failles de chacun : celles de Liliana, celles d’Amiya aussi. La partie à Londres insuffle une autre dynamique. C’est une forme de renaissance, une étape qui amène sur la voie de la guérison, de la reprise de confiance, une manière pour chacun de se réinventer. Mais ce renouveau est teinté d’ombres, de souffrances, d’hésitations et de bégaiements. Il est en effet bien difficile de voir toujours au-delà des apparences, et parfois, on ne veut pas croire ce que l’on a sous le nez. Cela fait aussi la saveur du livre, rien n’est simple, rien n’est linéaire, rien n’est manichéen.

Le personnage de Liliana est intéressant. Son anergie la rend à la fois forte et fragile, elle est un peu le vilain petit canard de sa famille, et, en même temps, elle est un personnage authentique que l’on prend plaisir à suivre. Nous pouvons faire le lien entre anergie et anorexie, et je pense que c’est similaire. Cette faille, chez elle trouve en écho chez Amiya qui, lui, répugne à donner son énergie suite à son agression.

Enfin, la plume de Célia Flaux est un régal. Le livre fond entre nos doigts et les pages défilent, sans que nous ne puissions arrêter le court de la lecture. C’était exactement ce qu’il me fallait au moment où je l’ai lu.

Ainsi, Anergique de Célia Flaux est une très bonne lecture. Le roman nous captive et nous emporte dans un monde intéressant, aux accents connus, mais à la saveur inédite. Il nous fait partager des aventures intenses et riches en émotions : de quoi nous faire oublier le quotidien durant quelques heures et nous dépayser.

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