Peau d’homme, Hubert et Zanzim.

Peau d’homme est une BD qui est beaucoup passée sur les réseaux sociaux, et comme d’habitude, je me méfiais un peu de l’engouement qu’elle suscitait. Et puis, finalement, je me suis laissée tenter! Je ne regrette absolument pas et je dois reconnaître que le succès est amplement mérité. Je l’intègre au Pumpkin Autumn Challenge pour la catégorie Les Rêves d’Aurore, militantisme, LGBTQI dans le menu Automne des Enchanteresses.

Cela se déroule en Italie, à la Renaissance. Bianca est une jeune femme de bonne famille promise à Giovanni, un jeune homme qu’elle ne connaît pas et ne découvrira qu’à son mariage. Mais dans sa famille, les femmes se transmettent une peau d’homme qui leur permet de vivre incognito auprès de la gent masculine et de découvrir leur monde, loin des obligations imposées aux femmes.

Comme toujours avec les BD, je commencerai par évoquer les graphismes. Je les ai trouvés très agréables. Ils sont à la fois vifs et rafraîchissants, ils brossent avec finesse une époque sans donner un air empesé. Les dessins sont moins léchés que dans d’autres œuvres, mais cela permet aussi de déployer tout l’humour contenu entre ces pages. Les artistes croquent ainsi une époque, une société et un fonctionnement, en naviguant en funambules entre le récit historique et la caricature. Cela donne un ton juste et drôle qui est des plus agréables.

Cette BD est très étonnante. Elle allie liberté de ton et profondeur, humour franc, âpre peinture de la société et fantaisie. Ce mélange est particulièrement savoureux car sous la fable se dessine une vraie réflexion sur la femme, ses droits, son statut dans la société, mais aussi sur les relations entre hommes et femmes. La fantaisie apparaît bien entendu avec cette peau d’homme qui permet aux femmes d’une famille d’expérimenter la vie de l’autre sexe mais aussi et surtout de se livrer à quelques frasques inédites. Bianca n’est pas en reste à ce propos et se montre aussi audacieuse en Lorenzo qu’elle est douce en tant que femme. La profondeur et la réflexion sont constantes puisque cette promenade dans la peau d’un homme est le moyen de réfléchir à la condition de chaque sexe. Les hommes sont bien entendu plus libres – même d’expérimenter les amours homosexuelles s’ils restent discrets – libres de se déplacer, de sortir, de parler alors que les femmes se doivent à une réserve pudique, à une discrétion de bon ton. Comme de bien entendu, les hommes peuvent tromper leur épouse tandis que l’inverse est un scandale sans nom. Bianca découvre tout ceci et s’en insurge – tout comme ses lectrices! – En tant que Lorenzo, elle s’échine à faire changer les choses et à rendre ce monde meilleur et plus juste, plus juste pour les hommes mais aussi et surtout pour les femmes.

Bianca est une figure féminine que nous adorons suivre. De la jeune femme timorée et ignorante de tout, naît une femme forte et sûre d’elle. Son passage dans la peau de Lorenzo a bien entendu changé beaucoup de choses. Elle a appris à accepter son corps, a connu la passion, a ressenti au plus profond d’elle-même l’injustice. Elle s’est insurgée de l’orgueil masculin, des petites lâchetés ordinaires – chez les hommes et chez les femmes. Elle a découvert l’envers du décor et s’est indigné des attitudes des bigots condamnant les femmes au nom d’une morale totalement discriminatoire. Plus elle prend conscience de ce qui déraille, et plus elle ose. C’est donc une héroïne jubilatoire pour le lecteur : elle fait ce que nous voudrions faire, donne un coup de pied dans la fourmilière et elle se montre aussi juste avec autrui qu’elle veut qu’on le soit avec elle. Plus d’une fois, j’ai ri à ses cotés, plus d’une fois je me suis agacée des attitudes des autres. Et quel bonheur de voir la femme qu’elle devient à la fin, une femme résolument moderne et dynamique !

Peau d’homme évoque de nombreux sujets modernes, sans rien masquer : la sexualité, la sexualité homosexuelle et sa perception dans la société, le rejet de la féminité, l’intransigeance de certains religieux, la féminité, le regard porté sur les femmes, l’injustice. En filigrane, la question du genre est aussi posée : qu’est-ce qui définit la masculinité?, qu’est-ce qui définit la féminité?, les prérogatives de chacune et in fine, la liberté auquel chacun a droit.

Cette BD est donc jubilatoire et brillante. Sous ses airs de conte, elle pose des questions brûlantes et son héroïne pétillante sert à merveille le propos en nous faisant rire, grincer des dents et réfléchir selon les situations. Le dessin nous emporte et les pages fondent comme neige au soleil pour notre plus grand bonheur. J’ai eu un coup de foudre.

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