Hôzuki, L’Ombre du chardon -T2-, Aki Shimazaki.

Hôzuki par Shimazaki         J’ai un faible pour la littérature japonaise, même si je n’en lis pas assez à mon goût. Alors, quand je suis allée acheter le roman pour mon bookclub du mois d’août, j’ai fait un petit détour et mes yeux ont craqué sur cette magnifique couverture, tendre et délicate. Pour la forme, j’ai lu le résumé… mais au fond, je savais déjà que j’allais l’acheter.

      Hôzuki met en scène Mitsuko, une mère célibataire qui tient une librairie d’occasion. Elle vit sereinement avec son fils Tarô et sa mère. Chaque vendredi, elle devient entraîneuse dans un bar, ce qui lui permet d’être financièrement indépendante. La rencontre avec une femme distinguée, venue dans sa librairie, bouleverse son monde.

       Première excellente surprise : ce roman peut être lu de façon décrochée, même s’il fait partie d’un cycle… et ça m’a sauvée parce que je n’avais pas remarqué que c’était un tome 2 lors de mon achat. L’ensemble de l’histoire est centrée sur Mitsuko et sur sa famille, les rappels nécessaires sont faits pour que nous ne perdions pas en sens, même sans connaître le tome 1.

      Cette lecture est très agréable. Ce qui frappe lorsqu’on la termine, c’est la douceur et la sérénité qui imprègnent ces pages. Il n’y a là nul drame et nulle effusion de larmes, nous assistons à une tranche de vie, émouvante, vibrante et toute en simplicité. Une rencontre dans une librairie, l’un des deux personnages souhaitant lier amitié – du moins le croit-on au début- l’autre qui accepte un peu malgré lui ; les événements qui en découlent comme une chute de dominos, jusqu’aux révélations.

      Les personnages sont ici troublants. Mitsuko n’est pas particulièrement touchante. C’est une femme dure, sans doute endurcie par la vie en réalité, une femme qui sait ce qu’elle veut et qui refuse le cadre conventionnel (un mari, des enfants),  une femme qui a avorté, puis qui a eu son fils, une femme qui a eu divers amants et qui regarde son passé sans atermoiement ou misérabilisme. Elle pose un simple constat et se satisfait de sa vie, telle qu’elle est, sans vouloir plus. L’amour qu’elle a pour Tarô, par contre, est touchant. La fin du livre constitue le véritable cri du cœur d’une mère. La nouvelle venue dans la librairie, madame Sato, est quant à elle étrange. Elle semble chercher la compagnie de Mitsuko alors qu’elle ne la connaît pas. Ses motivations paraissent obscures… Nous ne comprendrons pleinement qu’à la fin – et elle deviendra éminemment émouvante. Les deux enfants, par contre, Tarô et Hanako sont solaires. J’ai tout bonnement adoré Tarô, qui, du haut de ses sept ans, est d’une maturité terrible. Il séduit par sa candeur et sa soif de comprendre ce qui l’entoure,  la vie et les gens. Son amitié avec Hanako nous atteint en plein cœur car ces deux enfants font fi du handicap, de la différence, et simplement, avec naturel, se découvrent et s’apprivoisent. La spontanéité d’Hanako joue donc un grand rôle et nous arrache plus d’une fois un sourire attendri. J’ai été soufflée qu’en si peu de pages, Aki Shimazaki parvienne à nous en dire autant sur les êtres qui peuplent le livre. Finalement, ce roman est centré sur les émotions de chacun des personnages, et cela fonctionne à la perfection.

      Enfin, dans ce livre, sous la vie des uns et des autres, plusieurs fils s’entrecroisent avec douceur, poésie et sobriété : la société japonaise d’une part, la question de l’écriture, des kanjis, de l’interprétation des signes d’autre part ; mais aussi et surtout le destin de femmes, l’amour, la maternité ou le refus de maternité, la perte d’enfant… Des thèmes à la fois graves et lumineux par la manière dont ils sont traités.

       Ainsi, Hôzuki est merveilleuse lecture, douce, tendre et poétique – d’une poésie sans fioriture. Les pages de ce roman glissent entre nos doigts comme l’eau du ruisseau : doucement, en laissant entre nos doigts l’empreinte fraîche de la vie. Inutile de dire que je compte poursuivre ma découverte de l’oeuvre de cette romancière.

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