Le Hibou, Samuel Bjørk.

Le hibou par Bjork      Il y a un an, j’ai offert ce roman à une collègue à l’occasion des cadeaux de Noël du collège. La couverture m’avait séduite. Je lui trouve une dimension menaçante et en même temps elle dégage une poétique assez fascinante. Cette silhouette de hibou a quelque chose de glaçant et de captivant. Alors, quand j’ai cherché un livre pour partir à Oléron et que je suis tombée dessus par hasard, je ne me suis pas fait prier!

      En bref : un corps de femme est retrouvé, entouré de plumes de hibou, un lys dans la bouche. Cette mise en scène en fait frémir plus d’un, et ce d’autant plus qu’une vidéo montrera bientôt le calvaire enduré par la victime. Holger Munch réunit son équipe et tente de démêler les fils de cette inextricable pelote.

      J’ai tout d’abord savouré la complexité de ce roman. Plusieurs fils narratifs se développent sous nos yeux sans que nous ne puissions les relier au début : un couple qui veut se marier en dépit de l’avis du patriarche, des enfants malmenés dans une secte, un meurtre abominable aux accents occultes, le tout épicé par les déboires d’une équipe d’enquêteurs détonante. Holger Munch, divorcé depuis des années en pince encore pour son ex-femme, Mia Krüger, génie du profilage, est torturée par un passé et par des deuils impossibles à digérer, Curry et ses démons sombrent peu à peu, Gabriel, jeune hacker au service de la police craint de ne pas être à la hauteur… Le lecteur ne s’ennuie pas! Les chapitres défilent sous nos doigts, passant d’une histoire à l’autre et piquent notre curiosité. Dès les dix premières pages, je savais que j’allais aimer ce livre. L’atmosphère qu’il dégage, les personnages torturés, le meurtre aux motivations obscures et à l’atrocité sans nom. Le mélange idéal pour une lecture addictive. 

      La rythmique de ce récit est tout bonnement parfaite. Ce que nous prenons au début pour des temps morts concernant Holger, sa famille ou la vie privée de ses enquêteurs prend sens peu à peu au fil des pages. En effet, les fils narratifs vont s’emmêler, s’enchevêtrer jusqu’à former un nœud opaque, si consistant que les policiers auront du mal à dénouer sans casse. C’est aussi une force de ce thriller : personne n’est épargné. L’enquête est longue, pénible et entame les nerfs des plus solides, les autres personnages ont aussi leur lot de malheurs et de peurs. Il n’y a ici aucun bon sentiment qui dégouline et nous avons une lecture vraiment sombre, oppressante, glaçante. J’ai apprécié la consistance du mystère, car presque jusqu’au bout, j’ai peiné à trouver l’assassin et je ne l’ai démasqué que lorsque l’auteur a bien voulu que son public comprenne. Le maillage narratif est donc particulièrement travaillé pour entretenir cette complexité sans perdre le lecteur et pour donner une explication qui soit crédible et compréhensible. Il y a là un très beau travail de construction romanesque.

      Autre point des plus savoureux : j’ai découvert en cours de route que Le Hibou était le deuxième volet des enquêtes d’Holger Munch et, à aucun moment, cela n’a entravé ma lecture! Je ne me suis sentie ni ralentie, ni perdue dans les relations entre les personnages. Les rappels des éléments importants sont plutôt subtils et placés de manière stratégique. Je suis enchantée!

      Si vous commencez à me connaître, vous vous doutez que j’ai beaucoup aimé les personnages. Mia est une jeune femme qui marche au bord de l’abîme, elle est touchante par sa souffrance, déconcertante par son génie et par son obstination à se fermer aux autres. J’ai hâte d’en savoir plus sur elle. J’ai adoré Gabriel, le jeune hacker, un peu perdu, pétri de bonnes intentions, qui veut à tout prix aider, même si ses frêles épaules peinent à endurer les vicissitudes de l’enquête. Enfin, mention spéciale à Holger Munch: c’est un enquêteur comme je les aime. Il est humain sans être faible, perspicace sans être arrogant, il sait s’appuyer sur son équipe… et il est tout aussi cabossé par la vie que les autres. Voilà des personnages qui respirent la vie avec tout ce qu’elle comporte de joies, de douleurs, de peines et de souffrances. Cela permet de rendre l’histoire crédible et de donner matière à se projeter, à entrer dans le livre.

      Enfin, la chute du roman est précise et efficace. Elle est très émouvante et ne laissera personne indifférent. J’ai trouvé savoureux que ce ne soit pas un happy end. Oui, le meurtrier est arrêté, nous comprenons l’étendue de sa folie et cela nous rappelle la terrible banalité du mal, car finalement, le monstre n’est pas toujours celui que nous croyons. Mais, en même temps, cette résolution d’enquête se fait dans la douleur et la tragédie affleure encore, empêchant les enquêteurs et le lecteur de se réjouir complètement. Du reste, nous laissons les personnages dans une telle posture que nous n’avons qu’une hâte : les retrouver pour savoir comment cela évoluera! Vous comprenez donc que je vais guetter la prochaine sortie de Samuel Bjørk. En un tome, il a su conquérir mon petit cœur de lectrice et m’attacher de manière durable à ses personnages. En attendant la suite, je me jetterai sur le premier volet Je voyage seule.

       Le Hibou est donc une lecture parfaite en tous points : équilibrée, dense et intense. Elle met en scène un meurtrier retors et diablement intelligent. Nous sommes tenus en haleine tout du long. J’ai adoré. 

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