L’île aux mille sources, Sarah Lark.

Résultat de recherche d'images pour "l'île aux mille sources"     En ces temps de fortes chaleurs, mon œil a été attiré par la douce couverture de ce roman. Je trouve les tons chauds et le jeu d’ombre chinoise particulièrement délicats : ma curiosité a été piquée instantanément.

      L’île aux mille sources retrace l’histoire de Nora, une jeune femme riche qui défie la société de son temps par ses choix amoureux et par ses rêves d’Ailleurs. Alors que la vie l’a déjà éprouvée, elle accepte un mariage et part vers une plantation en Jamaïque. Loin de l’idyllique carte postale, elle découvrira la réalité dans toute son horreur, et forte de ses convictions, entreprendra de faire changer les choses, non sans s’attirer des ennuis…

    J’ai beaucoup aimé la plume de l’autrice. Dès les premières pages, j’ai été frappée par la fluidité avec laquelle le roman se lisait. Les pages glissaient entre mes mains et l’histoire se déroulait sans accroc. La langue est belle et simple : pas de fioritures, pas d’excès ni de formules ampoulées, et je dois dire que cela m’a fait plaisir car L’île aux mille sources est une romance et, grâce à cette sobriété de la langue, il parvient à éviter certains écueils du genre, qui me rebutent.

      Nora est un personnage passionnant et sympathique. Sa candeur initiale se mue en détermination face aux revers du destin. Autant elle a des allures d’enfant gâtée au début, autant elle force le respect dans la suite de l’oeuvre. C’est une femme de cœur : l’injustice la fait bondir. Sa profonde humanité fait rayonner le livre et lui confère plus de profondeur. Respect, fraternité, égalité sont autant de valeurs qui irriguent les pages et qui animent  notre héroïne. Ainsi, nous nous mettons vite au diapason avec elle et nous vibrons au rythme de ses aventures. Nous nous félicitons de sa sagacité et de sa façon d’amener son mari à se ranger à son avis, nous jubilons à chacune de ses victoires… Et, par voie de conséquence, nous frémissons et tremblons à chaque coup du destin. En effet, l’autrice n’épargne guère son héroïne, qui a droit à toutes les injures. Rien n’est oublié : elle souffre plus souvent qu’à son tour! Face à tout cela, son caractère s’affermit bien sûr, et son courage grandit, toujours davantage, faisant d’elle une figure digne et pugnace. Nous avons donc là une belle héroïne.

       Les personnages masculins m’ont peut être moins plu car je les trouve un peu plus stéréotypés, que ce soit le mari, Elias, homme en apparence civil mais qui cache de lourds secrets ou Douglas, son fils, qui semble l’archétype du bel homme, dans la force de l’âge. Par contre, la galerie de personnages secondaires (esclaves comme exploitants de plantation) est particulièrement savoureuse. Nous retrouvons tout, le riche homme raciste, imbu de lui-même, la dame de la haute société plus préoccupée  par les rubans et les chiffons que par des valeurs profondes, les esclaves malmenés, brisés ou au contraire révoltés, les libres-penseurs grâce à qui les choses pourront changer… Cela permet de retranscrire une époque et de donner à entendre la pluralité. L’ensemble contribue donc grandement au plaisir de lire car le roman s’étoffe d’un volet historique particulièrement prégnant et efficace. Entre autres, j’ai aimé la figure de Mama Adwe, cette bonne généreuse et attentionnée, à l’humanité débordante, mais tragiquement soumise à ses maîtres par la peur. J’ai aimé le courage de Maanu et sa détermination, autant que j’ai détesté sa soif de revanche disproportionnée. L’autrice a particulièrement développé sa psyche et a su la rendre humaine et attachante par delà ses défauts, si bien que nous suivons tout autant Nora et ses aventures que Maanu et les siennes, les deux fils s’entrecroisant sans cesse. J’ai été déconcertée par Akwasi que j’ai d’ailleurs finalement détesté et plaint… Vous l’aurez compris, une des forces de ce livre est d’avoir des personnages denses et complexes, qui évoluent sans cesse au fil des pages et qui nous surprennent toujours davantage.

      Alors, bien entendu, L’île aux mille sources est une romance. Vous n’échapperez pas à certaines scènes classiques : l’attirance pour l’homme interdit, la découverte de la vraie nature de son mari, les secrets, la séparation, les retrouvailles, la déception amoureuse, le conflit avec la famille au nom de l’amour… Vous retrouverez tout cela, mais sans outrance ni caricature. Le roman est particulièrement équilibré ce qui le rend très agréable à lire. Jamais je n’ai levé les yeux au ciel, au contraire, j’ai été emportée dans le tourbillon des aventures de Nora, au rythme des coups bas et des trahisons, entre amours et déchirements, et, sans cesse, me suis demandé comment elle allait surmonter toutes ces épreuves.

       Ainsi, L’île aux mille sources est une lecture très savoureuse : amour, haine, trahison, renversements de situation… nous assistons à un véritable ballet, et nous voyons évoluer des personnages finement travaillés. Un cocktail efficace dont je redemande : c’est la lecture parfaite pour voyager, dans l’espace et le temps, blotti au creux des pages, et se sentir dépaysé tout en restant à l’ombre, une citronnade à la main. 

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