Ma très chère grande sœur, Gong Ji-young.

Ma très chère grande soeur par Gong      J’ai craqué sur ce roman à sa sortie. Tout m’a plu : le résumé, la couverture et cette tristesse douce, cette nostalgie qui semblait l’auréoler. Depuis, emportée par le flot de la vie et des lectures, je l’ai laissé sommeiller sur une étagère, attendant son heure : celle du Pumpkin Autumn Challenge et le menu Automne Douceur de vivre. Voici une histoire familiale, une histoire de sœurs, parfaite pour le plat « Pomme au four, thé et bougie ». L’excuse parfaite pour dévorer ce roman qui m’attirait tant : à peine deux jours ont suffi à m’entraîner à Séoul, de quartier pauvre en quartier riche.

     L’autrice partage avec nous ses souvenirs d’enfance. Un coup de fil la ramène loin dans son passé, aux côtés de Bongsun, sa grande sœur, qui ne l’était pas tout à fait. Par touches subtiles, à travers le regard de l’enfant qu’elle était, elle retrace pour nous les courbes d’un destin tragique, un destin brisé, de l’enfance malheureuse aux choix malheureux, portés par un indéfectible optimisme. C’est le récit d’une vie de femme, qui se croise avec d’autres vies de femmes, des petites trahisons, des lâchetés, de l’entraide et en toile de fond, une souffrance.

     Après avoir refermé ce roman, je suis incapable de vous dire si une part de ce récit est romancée et peu importe. L’essentiel n’est pas là. Tout est criant de vérité, émouvant et touchant. Bongsun prend vie sous la plume de l’autrice à la manière d’un feu follet : jeune fille responsable, grande sœur appliquée et travailleuse, jeune femme amoureuse, elle accueille les revers avec son sourire découvrant les gencives, jeune femme quasi solaire, au milieu des ténèbres d’une existence marquée par le sceau de la souffrance, de la déception et des errances amoureuses. Vous l’aurez compris, j’ai été très vite saisie d’une affection toute particulière pour cette jeune fille. L’autrice parvient à rendre la présence de Bongsun palpable et elle tisse patiemment le lien qui l’unit à cette grande sœur : l’amour, le manque lié à son absence, le lien brisé que l’on tente de reconstituer, la culpabilité de la séparation. Autant d’étapes qui structurent l’enfance de la narratrice, une enfant au regard lucide et étonnamment mature, qui parfois néanmoins ne comprend pas toutes les ficelles du monde des grands, ajoutant alors ce zeste de fraîcheur salvateur au milieu de réalités si dures.

      La narration toute particulière permet d’entrecroiser les voix, de donner à entendre la voix de leur mère, une femme complexe tantôt mère de substitution pour Bongsun, tantôt patronne au comportement antithétique, alliant la dureté et l’inflexibilité à la douceur et à la gentillesse, selon les moments ; celle plus rude de la mère d’Eob, celle candide et pourtant aiguisée de la narratrice enfant, articulée avec sa voix d’adulte teintée de regrets… Un récit étonnant par ses inflexions tantôt douces et tantôt cruelles pour les personnages.

      Ce roman est également le récit d’une relation qui s’effrite, d’une famille qui passe de la misère à la richesse, de la peur du regard des autres, de la recherche de l’acceptation par le monde. Un roman sur les mille et uns destins de femmes : l’enfance ravagée ou protégée, la femme mariée, la bonne, la femme brisée par la vie, mais aussi les bonnes impertinentes avec Mija ou désespérées avec Mi-kyeong. La richesse du livre vient bien évidemment de cette pluralité des destins car, finalement, sous le fil conducteur de Bongsun, toutes ces femmes souffrent, à différente échelle, pauvres ou riches, seule la nature de la souffrance change. Aucune n’est pleinement satisfaite et, entre les rêves et les aspirations de chacune apparaissent les premières fêlures, les refus, les petites trahisons mais aussi et encore le soutien, l’entraide et l’amour qui irrigue malgré tout le récit.

      La plume de l’autrice se fait précise,  douce et tendre. Sans fioritures, elle dit simplement les choses : l’amour, le manque, l’incompréhension, l’admiration, la détresse. Elle laisse les émotions être portées par les destins et non par la prouesse technique. Ainsi dépouillée, la langue révèle ses trésors de suggestions, et se fait vibrante l’espace de quelques pages pour mieux nous toucher. La prose est donc particulièrement évocatrice, nimbant l’ensemble du roman d’une nostalgie rêveuse.

      Ainsi, Ma très chère grande sœur est un roman riche en matériau humain. Il a emporté avec ses pages un morceau de mon cœur. Bongsun, son sourire si particulier et sa ténacité resteront gravés dans mon esprit. C’est là un réel tour de force que d’arriver à dire la détresse, la souffrance, les malheurs, la pauvreté sans tomber dans le pathos et le larmoyant : pari gagné. J’y gagne un coup de cœur. 

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