Bombes larguées, John Steinbeck.

Résultat de recherche d'images pour "bombes larguées steinbeck"      Lors de la dernière cession de Masse Critique Babelio, je suis tombée sur cet inédit de Steinbeck. Comme c’est un auteur que j’aime beaucoup, j’ai postulé. Ce roman  a été ma Feuille d’automne emportée par le vent, menu Automne Douceur de vivre du PumpkinAutumnChallenge.

      Avec ce roman, il ne faut pas s’attendre à un récit au sens classique du terme. S’il s’agit bien d’un roman, il s’agit aussi d’un livre destiné à populariser l’entraînement des soldats dans l’Air Force et à le magnifier, de façon à donner envie de s’engager, car oui,  ce roman a participé à la propagande des Etats Unis durant la Seconde Guerre Mondiale.

     Dans Bombes larguées, nous sommes immergés dans le monde de l’aviation. L’auteur ne nous épargne pas les termes techniques, mais il les explique, les définit, les vulgarise de manière à les rendre compréhensibles de tous. L’oeuvre est très structurée : de la préface en passant par les missions et les différents postes dans l’avion, les conditions requises et les attributions de chacun, leur entraînement : rien n’est oublié, images à l’appui. D’où l’aspect journalistique de l’oeuvre.

      Ce qui frappe à la lecture, c’est à quel point Steinbeck insiste sur la valeur individuelle de ces hommes, valeur qui ne trouve son plein potentiel qu’articulée avec la valeur des autres : le groupe en tant qu’entité solide se dessine. Un groupe. Un équipage. Une unité. L’auteur parvient également à faire exister le lien entre l’homme et sa machine, l’avion est humanisé, personnifié et l’équipage et la bête ne forment bientôt plus qu’un. Chaque poste est détaillé : ses missions, son importance, l’entraînement requis sur douze à treize semaines. Puis Steinbeck illustre son propos avec l’exemple d’un homme : Al, le mitrailleur, Joe, le pilote, Bill le bombardier, Abner le mécanicien… Autant de destinées et d’origines différentes, réunies sous la bannière de l’engagement dans l’Air Force. Cela permet bien entendu de rendre les choses concrètes et de créer un attachement du lecteur. D’autant que chacun de ces hommes est présenté comme la crème de la crème, la fine fleur de la société américaine, en termes de qualités, de potentiel et non de richesse ou de niveau social. L’auteur en profite pour déconstruire le mythe du pilote héros et pour redorer le blason de tous les autres postes dans un bombardier. Il n’a de cesse de vanter les mérites de chacun et de montrer que seule l’articulation des savoirs de chacun permet d’avancer. Nul doute que dans un contexte de guerre, de discours patriotique et de propagande, de tels écrits aient pu avoir une influence.

     De plus, Steinbeck insiste beaucoup sur la sélection rigoureuse de l’Air Force et sur l’honneur que c’est d’en faire partie avec des propos, qui, parfois heurtent notre sensibilité moderne : « pour une mère, le fait que son fils porte l’insigne de l’Air Force vient lui apporter la preuve indubitable qu’elle a engendré un enfant dont l’intelligence et le physique dépasse de loin la moyenne« . S’il insiste grandement sur la sélection et l’articulation du sport et des exercices plus intellectuels, il répète aussi à de nombreuses reprises que les études ne sont pas un facteur clef, montrant que l’on peut être brillant sans être allé à l’université. Bien entendu, on ne peut qu’acquiescer, mais cela résonne aussi dans nos têtes comme une manière de pousser plus de monde à postuler.

     Certains propos font un peu grincer des dents. C’est une oeuvre de commande, une oeuvre destinée à magnifier l’Air Force, l’armée et la puissance américaine… et ça se sent, même si le discours reste, le plus souvent, assez subtil. C’est une petite phrase par ci- par là, une anecdote… Ainsi à écouter Steinbeck, les Américains sont les plus disposés à faire de bons bombardiers car les aptitudes de leurs fils les y prédisposent, leur habitude d’avoir des armes et d’apprendre à tirer jeunes, les rend plus capables d’user des mitrailleuses et, adultes, les jeunes hommes savent déjà -sans en avoir conscience- étudier les trajectoires, la visée et autres choses techniques – car elles leur sont devenues instinctives. S’il évoque les pertes humaines et matérielles, ce n’est qu’en passant. Il le dit : c’est un risque, mais le brio américain est celui qui permettra de défaire les ennemis… L’accent est réellement mis sur le patriotisme, sur l’envie d’en découdre, sur des rêves d’après-guerre aussi, sur la fierté d’appartenir à l’Air Force qui devient une forme d’accomplissement personnel. Cela reste difficile à entendre, quand, a posteriori, nous connaissons les pertes essuyées dans ce secteur de l’armée.

     Soyons honnête, ce roman n’est pas un coup de cœur et ne peut pas l’être. Je ne connais rien à l’aviation et un certains nombre de passages ont été lents et laborieux pour moi, de ce fait. Mais je pense qu’il faut lire ce livre comme une page d’Histoire. Il donne à entendre les convictions d’un auteur à un moment donné de sa vie. A ce propos, l’introduction de James H. Meredith est éclairante, notamment la comparaison entre Hemingway et Steinbeck. Bombes larguées donne aussi de nombreuses indications sur l’époque : l’entraînement (douze semaines, cela me semblait fort court pour apprendre à piloter!), les doutes de certains avec le retrait de l’obligation d’études universitaires pour postuler (doutes que Steinbeck balaie du revers de la main en un paragraphe bien ficelé). Enfin, les nombreuses photographies sont aussi un élément très intéressant historiquement parlant.

      Je suis donc contente d’avoir découvert Bombes larguées. Cela a été une lecture intéressante, instructive bien que parfois difficile,  et, sous l’oeuvre, j’ai découvert un peu plus Steinbeck et l’époque. Je connaissais peu la société américaine face à la Seconde Guerre Mondiale, cette lacune tend à se résorber. 

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