La Fille du Serial Killer, Alice Hunter

Il y a un an, je chroniquais La Femme du Serial Killer. J’avais passé un très bon moment de lecture, sans être totalement bluffée. J’attendais La Fille du Serial killer avec impatience, car, de mémoire, je n’avais jamais lu de roman explorant cette thématique, cette relation, et j’avais hâte de savoir comment cela pourrait être mis en œuvre. L’objet livre en lui-même m’a fait plaisir car je trouve une belle unité graphique : tranche jaune vif, une photo en contre-plongée d’un personnage féminin, même type de vêtement. Dès le début, un horizon d’attente se crée : la jupe jaune, qui rappelle le jaspage, le titre à moitié en jaune… et la question, celle qui prend le lecteur à parti et l’invite à entrer dans la ronde.

Dans La Fille du Serial killer, nous découvrons Jane. Pour échapper à son passé et à son serial killer de père, elle a changé d’identité et se fait appeler Jennifer. Elle s’est établie en tant que vétérinaire dans un petit village paisible et vit avec son mari Mark et leurs deux enfants. En apparence, sa vie est belle. Mais un jour, elle se réveille allongée sur le sol de sa cuisine, les ongles pleins de terre, son pyjama taché de boue ; elle ignore tout de ce qu’elle a fait. Bientôt, on annonce la disparition d’une jeune femme… Se pourrait-il alors que l’hérédité et les gênes de son père soient à l’œuvre?

Tout d’abord, la construction du récit est efficace : les points de vue sont alternés, nous livrant tantôt la vérité d’un personnage, tantôt celle d’un autre. Cela permet de ménager le suspense et d’offrir au lecteur une vision parcellaire des choses, nimbée de la subjectivité de chacun, rendant l’ensemble très humain.

Jenny est un personnage attachant. Elle est celle qui se débat avec un passé trop lourd, un passé qu’elle veut cacher pour se préserver et pour préserver les sien. Cependant, comme tous les secrets, plus elle essaie de le tenir sous cloche, loin des oreilles de chacun, et plus la digue érigée se craquelle : des indices, des détails, des souvenirs embarrassants, des lettres, divers éléments la trahissent un peu plus à chaque fois, jusqu’à l’acmé. Ce contrôle désespéré qu’elle tente de garder se retourne contre elle : ses black-out, d’une part, et la méfiance que cela génère chez ses proches d’autres part seront les artisans de sa chute. Au milieu de tous ces récifs, nous avons une femme qui doute, qui craint, qui se bat pour sa réputation et pour ses enfants. En cela, je la trouve touchante et très humaine. Jenny est loin d’être parfaite et ses atermoiements lui valent bien des regrets par la suite, mais elle essaie et lutte de toutes ses forces lorsqu’elle est aux prises avec des événements qui la dépassent. Dans les heures les plus sombres, elle a la lucidité de faire appel à de bonnes personnes pour l’aider.

La galerie de personnages qui gravite autour de Jenny est bien entendu capitale : les mères et leurs potins sont des sources d’angoisse et de commérages sans fin, dressant mille et un obstacles alors qu’on aimerait y puiser réconfort ; Mark, l’époux, n’est pas exempt de tout reproche. Il hésite, doute, s’interroge mais commet aussi des erreurs. Les collègues de Jenny sont parfois insondables avant de se révéler. Ainsi, tout un malström de faux-semblant et de chausse-trapes entourent notre héroïne et lui complique les choses. Ses inquiétudes et sa peur face à ce qu’elle aurait pu faire s’en trouvent décuplées et sont saisissantes pour nous, lecteurs.

La rythmique du récit est efficace : il n’y a pas de temps mort et en même temps, pas de précipitation. Le piège se referme doucement, les indices s’accumulent lentement, l’angoisse monte degré par degré pour Jenny. Nous assistons à un jeu d’échecs savamment orchestré où chaque déplacement de pion vient s’imbriquer au sein d’un plan plus vaste. Reste à trouver le fil pour démêler la pelote et remonter à la tête pensante.

A un moment du récit, le lecteur a bien quelques suspects qui se dessinent, il élabore des théories et je suis assez contente de moi car je n’étais pas bien loin de la vérité, en revanche, j’ai malgré tout été surprise par la mise en place des révélations. L’écriture dans la fin du récit est très cinématographique, l’autrice sait suggérer le drame avant d’expliquer, et alors, l’imagination du lecteur se met en branle et rend la chute saisissante et savoureuse.

Ainsi, j’ai adoré La Fille du Serial killer, je l’ai préféré au premier volume. Je l’ai trouvé plus original, plus saisissant, moins statique dans l’écriture. Les mots m’ont donné à voir les scènes et ont su créer en moi une véritable envie de savoir. C’est donc une lecture que je recommande et je ne bouderai pas mon plaisir à déguster un troisième volet !

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