
J’ai déjà lu trois romans de Catherine Cooper que j’avais bien aimés : La Croisière , Le Lagon et le Chalet. Les trois romans fonctionnaient sur le principe du huis clos, efficace, simple. A la longue, cette structure analogue m’avait moins emballée car il n’y avait plus la fraîcheur de la découverte, sans pour autant enlever les qualités du roman policier. J’attendais donc beaucoup du Château et espérais fort ne pas être déçue. Pari relevé!
Dans ce roman, nous suivons Aura et Nick, un couple de trentenaires qui ont quitté Londres, avec leurs deux jeunes enfants, pour s’installer en France. Leur but : rénover un château et ouvrir un Bed and Breakfast. Sur place, ils trouvent des personnes de bonne volonté pour les aider : d’autres expatriés, une jeune femme au pair, et pour essayer de se faire connaître, ils participent à une émission retraçant les étapes du chantier. L’équipe de tournage élit donc domicile chez eux. Mais bientôt, d’étranges phénomènes se passent. Jusqu’à ce qu’un meurtre arrive. Nick et Aura croyaient fuir leur passé, mais il se pourrait bien qu’il n’en soit rien.
Tout d’abord, ce roman réussit la gageure de nous offrir un troisième huis clos sans faire effet de redite par rapport aux livres précédents. Cela tient pour beaucoup du lieu choisi, à l’instar du palais à volonté des tragédies classiques, nous avons ici le château à volonté : la demeure offre suffisamment d’espaces pour faire naviguer les personnages, que ce soit les pièces en chantier, les jardins, les environs, et les domaines des riches voisins qui deviennent eux aussi le théâtre d’événements clefs. Ainsi, j’ai moins senti l’oppression que dans La Croisière, mais cela m’a aussi permis de me concentrer davantage sur l’originalité de ce volume et non sur les similitudes. Je suis donc conquise par le choix du lieu. De plus, ce château en ruines est le décor parfait pour les événements qui s’y déroulent, laissant planer juste ce qu’il faut de doute entre préméditation mauvaise et accident malencontreux.
Le couple Aura et Nick est intéressant. Dès le début, nous sentons des dissensions, une tourmente qui a secoué les fondations de leur histoire, un passé – sulfureux ou honteux – et une fuite. Cela pique la curiosité et donne envie d’aller plus avant. Les chapitres évoquant leur passé, à Londres, distillent ce qu’il faut d’éléments, progressivement. Le lecteur comprend assez vite certains éléments, mais il lui faut arriver à la chute pour saisir la pleine mesure de tous les éléments donnés, car rien n’est laissé au hasard, la plus petite information – qui pourrait sembler banale- peut devenir cinquante pages plus loin, un levier tragique d’une efficacité redoutable. J’ai apprécié ce duo… ou selon les moments, j’ai aimé le détester. Je ne saurais trop dire ce que j’ai le plus éprouvé pour eux. Aura et sa vision de la maternité a parfois hérissé toutes les fibres de mon être, mais Nick, en tant qu’homme, m’a aussi prodigieusement dérangé par certains de ses choix. Autant dire que ces deux-là ne laissent pas indifférents et ne sont pas aussi innocents qu’il n’y paraît.
La galerie de personnages qui gravitent autour d’eux est croquée à la manière d’un dessinateur : parfois grotesques, souvent excessifs, le portrait est fait au vitriol. Les puissants se croient autorisés à afficher leur morgue et à écraser les petits, les plus zélés à aider ne sont pas toujours poussés par d’innocentes motivations. Ce que j’ai vraiment aimé dans ce roman, c’est que personne n’est vraiment ce qu’il semble être, et, tapi au fond de chacun, nous voyons s’agiter petites bassesses, turpitudes et secrets honteux. Cela vient nourrir le suspense et les rebondissements et permet d’offrir aux lecteurs un récit empreint de dynamisme. Dans ce roman, rien n’est précipité, mais tout concourt à enclencher le mécanisme tragique et à nous amener à l’inéluctable catastrophe.
La chute est en ce sens particulièrement savoureuse et bien préparée. Je mentirais si je disais que j’ai été totalement surprise. A force de déductions, j’étais arrivée à une partie de la conclusion, mais je n’avais pas tous les éléments, et une partie des révélations m’a agréablement étonnée.
Ainsi, Le Château est une lecture des plus plaisantes si vous aimez les huis clos, les secrets bien cachés et les sombres vengeances. L’ensemble est dense, trépidant et d’une efficacité redoutable.