Le Peuple des Rennes, Robin Hobb. L’intégrale.

Le Peuple des rennes dormait dans ma bibliothèque depuis au moins quatre ans, peut-être un peu plus. Je l’avais pris, reposé, repris des dizaines de fois, sans jamais le commencer. Je ne saurais dire pourquoi. Et puis, je l’ai offert à ma meilleure amie, qui l’a adoré. Alors, lorsque j’ai eu un petit moment, cet été, je l’ai commencé. Autant avouer que cette lecture s’est étalée sur plusieurs mois, mais cela ne m’a pas dérangée : à chaque fois que je le rouvrais, je revenais en terrain connu, les êtres qui peuplent ces pages me revenaient tous en tête, sans peine. C’est déjà bon signe pour une lecture.

Le Peuple des rennes se déroule dans le silence feutré des étendues neigeuses. Une mère et son fils. Seuls. Ils luttent pour survivre. Tillu sait que Kerleu est différent, elle fait de son mieux. Mais une partie de chasse ne se déroule pas comme prévu, un homme de la tribu des rennes est blessé, Tillu doit faire quelque chose, elle est guérisseuse, elle le soigne et bientôt, le peuple des rennes va engager commerce avec elle, les liens vont se tisser.

Ce roman est d’une richesse incroyable. Robin Hobb fait exister un monde entier, elle met en mots des peuples et leurs traditions, leurs coutumes, leurs croyances, une religion. Je suis fascinée par le monde qu’elle a su recréer. Le peuple des rennes est très intriguant. Au milieu de la rudesse des éléments, j’ai aimé la liberté dont jouissent les femmes : elles peuvent choisir leur compagnon, choisir de ne pas se marier, elles travaillent et commercent, elles peuvent mettre leur compagnon à la porte sans que la communauté ne dise rien. Pour autant, ce monde n’est pas parfait car les turpitudes humaines frappent ici comme ailleurs : certains hommes ne tolèrent pas d’être repoussés et veulent obtenir de force ce qui devrait être octroyé de bon gré, certains ont soif de pouvoir et œuvrent en sous marin pour l’obtenir.

Au milieu de tout cela, des personnages se détachent : Tillu, bien évidemment. La guérisseuse, la femme libre, qui détient le savoir et devient le pendant féminin (et positif de Carp, le chaman). J’ai admiré sa force de caractère, sa détermination, sa capacité à protéger son fils, en mère-louve. Ekram m’a beaucoup touché aussi. Ce jeune homme est bien trop souvent frappé par le destin et pourtant, il rester fier, ferme, gentil et déterminé à faire le bien. Il aimerait bien aussi de temps en temps se battre, ne mentons pas, mais ce n’est pas un personnage belliqueux. J’ai trouvé cette figure masculine touchante pour son sentiment d’étrangeté, sa capacité à rallier les gens bons et à voir le bien avant de penser au mal. Kerleu m’a bien souvent mise mal à l’aise. Adolescent dégingandé, étrange, il veut être nadj – chaman donc, et ses délires chamaniques sont parfois malaisants, même si je comprends la métaphore du loup développée.

Je ne peux pas en dire trop pour ne pas gâcher la découverte, mais en somme, je dirais que nous avons là une extraordinaire aventure par delà les terres enneigées, un imbroglio de sentiments amoureux assumés, étouffés, réprimés, rejetés qui créent des remous à différents moments, nous avons une quête de soi aussi : Tillu apprend page après page à voir son fils grandir et se débrouiller, elle apprend aussi sur elle-même en accompagnant le peuple des rennes. Ekram apprend également sur lui-même. Nous avons également un monde fait de chausses trappes, de petits mensonges, de vérités cachées ou avouées à demi-mots, ce qui crée une forme de suspense.

Ainsi, j’ai adoré Le Peuple des rennes. J’ai passé un excellent moment de lecture aux côtés des personnages et je me suis régalée de leurs aventures, j’ai aimé frémir avec eux, espérer comme eux que le fourbe serait puni et que l’innocent recouvrerait toute sa place. Je recommande ce livre, sans hésiter.

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