La Mort est parfois préférable, Sacha Erbel.

La Mort est parfois préférable est un petit nouveau des éditions Taurnada, le résumé était alléchant, je ne connaissais pas encore l’autrice… l’ensemble formait une raison suffisante de plonger dans cette lecture. C’est d’ailleurs une fois de plus, une lecture partagée avec Clémence du blog YouCanRead, son avis est ici.

Dans ce roman, nous suivons Yan, une femme, flic dans la police de Lille. Une femme déterminée qui fait tout pour élucider une histoire de meurtre, tandis que ses collègues sont confrontés à des suicides pour le moins déroutants. Seulement, un grain de sable vient gripper la machine. Yan doit composer avec une invitée non désirée, une Araignée qui déploie sa toile, qui s’insinue partout et mord quand on s’y attend le moins.

Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé la plume de l’auteur. Une vraie chaleur humaine se dégage du texte, nous nous sentons vite au sein d’une grande famille en suivant nos enquêteurs. Tout comme dans une famille, il y a des taquineries, des chamailleries, des disputes, des mouvements d’humeur, des petites rivalités mais aussi et surtout, il y a beaucoup d’amour, de soutien, de bienveillance. Les surnoms dont sont affublés presque chacun des enquêteurs est une de ces marques d’affection, et fait sourire le lecteur. J’ai beaucoup aimé le lien entre Yan et Brath : il y a quelque chose de doux entre ces deux là, une tendresse amicale qui réchauffe le cœur.

Les deux enquêtes sont intéressantes et originales. Force est de constater que les suicides auxquels sont confrontés nos enquêteurs sont absolument stupéfiants. La façon dont les choses sont mises en place est à la fois glaçante, déroutante et inquiétante. Ces morts laissent résonner la détresse humaine qui peut être un puits sans fond, la solitude, mais pas seulement. Quant au meurtre à résoudre, la brutalité qui le caractérise n’a d’égal que le traumatisme qui a fait du meurtrier ce qu’il est. L’autrice a imaginé des causes terribles. La victime n’a finalement pas vraiment éveillé ma compassion, une fois toutes les pièces du puzzle emboîtées. L’alliance des deux enquêtes donne une saveur particulière au livre, une densité rare : des suicides si étranges qu’ils semblent cacher quelque chose, un meurtre et des attaques ciblées, en soi, cela ne semble pas si rare. Pourtant, c’est dans la richesse du passé imaginé à la base de ces crimes, dans les méthodes mises en place parfois que s’enracine l’originalité. Cela confère au livre quelque chose d’éminemment humain : les petites malhonnêtetés, la soif de gloire, de pouvoir et d’argent, la culpabilité, les traumatismes de l’enfance… tout ce matériau humain sert de terreau à l’intrigue et le fait résonner en nous.

De plus, Yan est elle aussi très humaine et vient nous toucher au cœur. Si elle est une professionnelle accomplie, sûre de ses capacités et de ses compétences, elle est aussi un être souffrant. L’Araignée, comme elle l’appelle, qui n’est autre que l’endométriose, la malmène, la secoue, la conduit jusqu’aux confins du tolérable. Il y a quelque chose de très moderne dans le fait d’inclure cette particularité dans le roman. Cette Araignée n’est pas un détail, elle joue un rôle clef, et ça, c’est savoureux, mais c’est aussi une façon de faire exister une maladie féminine qu’on tait un peu trop, comme un secret honteux, alors que c’est une réalité très douloureuse, handicapante. J’ai aimé cet ancrage dans le réel, et dans un monde où ce n’est pas un gros mot que de dire qu’il est des douleurs féminines que la médecine ne sait pas encore soulager pleinement, et de reconnaître que cela impacte cruellement le quotidien, comme une petite libération de la parole, normalisant de fait d’aborder le thème.

Le tempo du livre est très efficace : des accélérations, des piétinements, des fausses routes, des écueils qui immobilisent nos enquêteurs ; rien ne leur est épargné… les drames non plus du reste. Alors, bien entendu, j’ai assez vite compris de quoi il retournait pour Yan et j’ai également compris assez vite ce qui risquait de lui arriver. Pour autant, j’ai pris plaisir à voir comment Sacha Erbel amenait tout cela, préparait le terrain pour mieux faire éclater les rebondissements.

Ainsi, La Mort est parfois préférable est une bonne lecture. Les enquêtes sont prenantes, surprenantes et construites sur une base très humaine et dense, apte à attiser notre envie de savoir. Les personnages sont touchants par leur humanité, le tout servi par une plume agréable.

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