L’Accompagnateur, Fitzek.

J’aime beaucoup les romans de Stefan Fitzek parce que ce sont des thrillers efficaces et qu’ils ont une chute inattendue. Lorsque j’ai vu que L’Accompagnateur sortait, j’ai eu très envie de le découvrir. Si mon rythme de lecture est bien plus lent que d’ordinaire, mon fils me demandant beaucoup d’attentions – et c’est normal!-, je me suis malgré tout empressée de lire ce roman une fois de plus.

Le récit met en scène Jules, qui aide un de ses amis, et assure un service d’accompagnement téléphonique dédié aux femmes qui se sentent en danger. Son premier appel est celui de Klara, une femme convaincue d’être poursuivie par un psychopathe, un homme qui lui a prédit sa mort pour le lendemain, au lever du soleil…

L’Accompagnateur est un roman très original sur un fond classique, aussi paradoxal cela puisse-t-il sembler. Classique parce que le thème d’accroche se joue autour des violences faites aux femmes, de l’insécurité qui nous entoure dans la société : rentrer seule chez nous le soir, monter dans la voiture de quelqu’un, les violences sexuelles, l’emprise d’un compagnon, le harcèlement moral et la maltraitance. Ce sont des thèmes qui apparaissent tous dans le livre à un moment donné, et qui apparaissent dans nombre de romans. Mais sous cet aspect classique, quelque chose d’intéressant se joue. Ce thriller appuie sur nos peurs, exacerbe des tensions qui n’existent déjà que trop dans la société. Cela offre un ancrage fort qui parle à notre cœur et qui laisse notre imagination s’emballer. Premier point positif pour le roman: il devient vite addictif en jouant sur nos propres peurs. Pour autant, nous sortons du schéma éculé femme battue / chevalier servant là juste au bon moment pour la tirer in extremis des griffes de son bourreau. Il y a quelque chose de plus fin, de plus original qui parcourt ces pages. De ligne en ligne, de chapitre en chapitre, nous nous interrogeons sur l’issue du livre : jusqu’où ira Klara? Que découvrira Jules? mais aussi et surtout : qui ment et qui dit vrai? qui est le mystérieux psychopathe?

Ce roman contient aussi tout ce qu’il faut pour nous surprendre. Comme souvent à mon sens dans les romans de Fitzek, le lecteur est étourdi par le rythme du récit. Les informations s’enchaînent, partielles, subjectives et nous emportent tout en nous induisant en erreur. Nous suivons les événements à travers de prisme de Klara, puis à travers le prisme de Jules, nous ne savons que ce que ces deux-là veulent bien nous dire, veulent bien reconnaître ou avouer. De ce fait, nous ne savons pas tout, nous croyons savoir, nous croyons en la bonne foi de chacun, l’urgence nous presse, nous pousse en avant, notre cœur et notre curiosité nous hurlent d’avancer pour comprendre, pour savoir, pour découvrir le fin mot de tout ceci. Et, en même temps, notre raison s’alarme, des détails, insignifiants en apparence, nous titillent, nous laissent penser que les choses ne sont pas aussi simples, qu’il y a anguille sous roche, qu’on ne nous dit pas tout. Et effectivement, l’auteur est loin de tout nous dire ! Quel renversement de situation quand nous avons enfin les clefs. Etonnamment, même si certains passages nous semblaient outrés, et nous laissaient penser que l’un des personnages était fou ou paranoïaque, l’auteur arrive à nous porter l’estocade sans avoir recours à cet artifice- là. La surprise vient d’ailleurs encore.

Les personnages de ce roman sont déroutants. Klara au début est touchante par sa peur et son désespoir. Très vite, elle devient exaspérante. Le lecteur a envie de la secouer et surtout, finit par penser qu’elle affabule – au moins sur une partie de son histoire. Jules quant à lui s’humanise lentement, l’histoire de sa vie nous donne des frissons, nous remue jusqu’aux tréfonds de notre être, et sa relation avec son père nous intrigue. Le mari de Klara est détestable en tous points et tout le temps, comme ça, c’est dit. Il paraît caricatural tant il est dans l’excès et c’est aussi ce qui fait naître les doutes du lecteur, sans que rien ne les confirme.

Enfin, je terminerai cette chronique en évoquant brièvement le tempo enlevé du livre. L’action se déroule sur quelques heures à peine, une nuit, un petit matin. Cela donne une rythmique macabre puisque nous nous dirigeons vers une ou plusieurs morts, la menace sourde est d’autant plus insidieuse et pesante que cela se déroule la nuit, que la mécanique en route semble être incontrôlable et qu’aucune prise ne semble exister pour ne serait-ce que ralentir le cours des événements. Le montage romanesque associé à cette temporalité est diablement efficace.

Ainsi, une fois de plus, ce roman de Fitzek est une réussite. Il nous emporte dès les premières pages et nous laisse arriver au terme du livre, haletants, étourdis par cette ronde folle et sinistre, sonnés par les horreurs découvertes et par le renversement de situation à la fin. Nous ne nous attendons pas à ce que nous découvrons : voilà une fois de plus une chute savoureuse qui fait bien vite oublier les passages qui semblaient moins convaincants ou quelque peu tortueux. Assurément, je lirai son prochain roman.

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