L’Equarrisseur, Nadine Matheson.

Ce roman est une lecture imprévue de novembre : cela ne faisait pas partie de ma pile pour le Pumpkin Autumn Challenge et je ne connaissais pas l’autrice. Autant dire que c’est un heureux hasard que cette petite nouveauté d’octobre et moi ayons fait connaissance. Très clairement, il ne rentre dans aucune case restante pour le Pumpkin Autumn Challenge, donc je ne l’y ferai pas entrer de force, cela restera un à côté sympa pour moi qui déteste les piles à lire mensuelle préétablies. Il était même couru que je fasse des infidélités à cette fameuse pile à lire!

Le récit se déroule à Londres. Sur les bords de la Tamise, des corps démembrés sont découverts. L’inspectrice Anjelica Henley est chargée de l’enquête, pour sa reprise sur le terrain, cette enquête résistante lui rappelle douloureusement Peter Olivier, un tueur en série surnommé L’Equarrisseur, dont le procès a secoué tout Londres. Elle-même porte encore les stigmates de cette enquête. C’est avec son jeune collègue Salim Ramounter et son équipe qu’elle va tenter de comprendre ce qui s’abat sur la ville: un imitateur? qui poursuit quel but? qui est visé? pourquoi? et quel rôle joue-t-elle dans les scénarii de ce tueur? D’ailleurs, le véritable Equarrisseur appréciera- t-il tant que cela les événements?

Ce roman a le bon goût de nous faire débuter au cœur du récit. Nous sommes tout de suite pris dans l’intrigue et nous comprenons bien que cette enquête sera laborieuse et délicate tant par les faits qui se dévoilent à nous que par l’impact psychologique qu’elle revêt pour l’inspectrice Henley. Nous la sentons fragilisée et nous comprenons qu’elle revient après un traumatisme et une mise au placard temporaire. Ce qui est déroutant, c’est que les mentions à l’Equarrisseur sont fréquentes, alors même que le procès est censé être clos et que l’assassin est en prison. Cela permet de faire sentir la tension qui saisit les équipes, comme un méchant flash back, et cela plonge le lecteur dans l’expectative. Entre soupçon de copycat, hasard malencontreux et crimes orchestrés par un criminel depuis sa prison sécurisé, les topos du roman policier nous offrent plein de pistes intéressantes que nous explorons avec les enquêteurs. La réalité s’avère finalement complexe et plus savoureuse que nos attentes : un autre meurtrier, un lien certain avec l’Equarrisseur que je tairai pour ne pas vous gâcher la découverte, des projets macabres, des concours d’égo tous plus malsains les uns que les autres, des pervers narcissiques manipulateurs, des faux-semblants glaçants, voilà un maelström absolument glaçant et efficace. Comme les enquêteurs, nous pataugeons allègrement dans cette affaire, et les petits détails qui nous titillent ne prennent leur sens plein que lorsque les révélations deviennent évidentes. Il y a donc un vrai travail subtil dans le montage romanesque… et j’ai adoré.

Les crimes commis sont légion ici. Les victimes s’accumulent dès le début, défrayant la chronique, faisant souffler le vent du la panique en ville, un vent bien entendu attisé par les rebondissements imaginés par l’autrice. La couverture parle d’elle-même : attendez-vous à de la violence et à des meurtres violents, pour autant, il n’y a pas de description détaillée ou de scènes écrites de manière à nous soulever l’estomac. Les figures de criminels sont intéressantes dans ce livre parce qu’elles sont protéiformes. Nous avons bien sûr l’Equarrisseur, à la fois fier de son œuvre, manipulateur, doucereux mais mû par une énergie qui dégage quelque chose de malsain ; il y a le copycat, pâlot par certains aspects, machiavélique et sadique, se délectant de la souffrance de l’autre et d’une violence rare ; et puis nous avons les petits criminels du quotidien, ceux qui, manipulés par un autre, ou tout simplement par naïveté, font des choses qui dépassent l’entendement en pensant sérieusement bien agir et ne prendre aucun risque. Cette multitude permet de façonner une enquête aux multiples ramifications, une enquête dense et captivante où enquêteurs et lecteurs se perdent, enragent, naviguent à vue, supputent, se trompent et recommencent. Cela offre aussi une certaine cohérence puisque finalement dans la vie réelle, nous retrouvons ces profils de personnes aussi.

Les enquêteurs sont eux aussi ciselés de façon à donner de la profondeur au récit. L’inspectrice Henley apparaît avec ses forces et ses faiblesses, ses contradictions l’humanisent. Salim Ramounter déploie ses ailes tout au long du récit et, de stagiaire, il devient un maillon important dans la résolution de l’enquête. L’autrice exploite également les relations entre les enquêteurs et leur vie personnelle pour redynamiser le récit et pour donner des impulsions qui modifient le cours des choses.

Ainsi, nous trouvons ici un savoureux jeu du chat et de la souris, une enquête qui se démultiplie, et, avec la figure de Peter Olivier nous avons également une mise en abîme de l’enquête policière, puisqu’il devient alors comme le versant machiavélique des enquêteurs. Si certains éléments du récit restent classiques, il y a assez d’éléments originaux pour nous emporter toujours plus avant dans une sordide histoire et pour nous surprendre. Un roman policier qui tient ses promesses et qui offre un bon moment de lecture. Je recommande.

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