Porcelâme, Célia Flaux.

Cette lecture n’était pas prévue, initialement, mais je me réjouis de l’avoir entamée. Je l’intègre à mon Pumpkin Autumn Challenge, et le glisse dans le menu Automne frissonnant, dans la catégorie « le folklore de Chipenden », pour la fantasy qui imprègne ces pages. Si j’ai le temps, je lirai également le roman d’Estelle Faye que j’avais initialement prévu, mais plus le temps avance, plus je sens que cette année je ne lirai pas tous les livres que j’avais envisagés. Tant pis, la vie réelle reprend aussi ses droits, parfois!

Cinq clans apparaissent dans ce roman : le Dragon, le Kirin, le Tigre, la Tortue et le Phénix. Cinq clans formant un empire, unis par un traité, partageant la magie de la porcelâme – cette matière magique exprimant l’état des âmes et l’état des clans. Comme souvent dans un empire, certains sont dévorés d’ambition et rêvent de se soulever contre l’Empereur.

Ce roman nous immerge dans un univers très agréable où la magie affleure sans pour autant déborder sur l’humain. La porcelâme est une matière étonnante, qui accompagne chaque humain de sa naissance jusqu’au delà de sa mort. C’est un beau jeu de mot entre la porcelaine – puisque cette matière est aussi fragile qu’elle- et l’âme puisqu’elle en est l’incarnation matérielle. La porcelâme fait la jonction entre le matériel et l’immatériel, le palpable et l’évanescent et cela permet de donner un corps nouveau aux cultes familiaux, à l’entretien de la mémoire des Anciens d’une famille. J’ai adoré ce volet du roman, ces statuettes qui évoluent en fonction de l’évolution de leur incarnation humaine, qui évoluent pour montrer l’inquiétude des esprits pour leurs proches encore en vie. J’y vois une très belle métaphore sur l’être, sur son devenir et sur les liens familiaux. Les cinq clans et les animaux fabuleux qui les représentent contribuent à cet univers magique. Chacun a ses caractéristiques propres, chacun a des qualités et des défauts mais tous ensemble, ils permettent d’accéder à un équilibre. Les cinq territoires se complètent donc, la vision de la vie de chaque peuple étant une facette d’un grand tout. Ces éléments réunis permettent de faire cristalliser un monde attachant, parfois violent et cruel, parfois doux et poétique, en adéquation finalement avec le monde réel, les turpitudes des hommes et leur grandeur aussi.

Cet univers est parcouru par des personnages très intéressants : le rônin Kiyoshi est une de mes figures favorites. Il est tissé de contradictions : doux et puissant, fort et flexible, intransigeant avec lui-même mais prompt à excuser autrui, d’un grand sens moral mais capable de revenir sur sa parole s’il pense qu’une mission plus grande s’impose à lui. Il est l’un des personnages qui évoluent le plus, et j’ai adoré découvrir les fêlures qui l’ont construit, les abîmes de culpabilité qui le rongent, j’ai aimé voir ses prises de conscience, et j’ai été très heureuse de voir sa renaissance. Tomoe suit un chemin analogue. Elle brisera le carcan qui l’enferme pour éclore pleinement, pour développer son plein potentiel et découvrir qui elle est vraiment. Quant à Gintaro, il suit son propre apprentissage ici. Il fait le deuil de la figure paternelle rêvée pour arriver à une image plus juste, il grandit et devient un personnage doté d’une belle sagesse et d’un recul peu commun sur les choses. Je suis vraiment très heureuse de ce qu’il est devenu à la fin du roman : sa sagacité, sa lucidité et la finesse de ses analyses lui font honneur tout comme son sens du devoir.

Ainsi, sur nos trois héros, nous suivons trois quêtes initiatiques, qui s’entrecroisent avec le fil rouge du roman. Au fil des aventures communes, chacun devient réellement lui-même et apprend à devenir l’adulte qu’il devait être, balayant le passé, acceptant ce qui a concouru au présent, embrassant un avenir incertain encore mais, souhaitons-le, le plus riant possible.

Le tempo de Porcelâme est un régal : si les choses se mettent en place doucement au début, très vite, les choses s’accélèrent : des morts surviennent, une mystérieuse criminelle sévit, un mystère entourant une porcelâme impériale doit être percé pour maintenir la paix, des complots et des luttes intestines déroulent leurs dangereux tentacules dans l’ombre pour abattre l’empire. Ce sont autant d’éléments qui permettent de dramatiser le récit, de lui donner l’impulsion – à chaque fois que c’est nécessaire- de faire avancer les choses et d’emporter le lecteur dans son sillage. A cela s’ajoute une plume douce et entraînante, des personnages hauts en couleur qui nous amusent, nous agacent, nous intriguent selon les situations. La partition est savamment orchestrée pour nous offrir une symphonie de rebondissements et d’émotions, sans sacrifier l’humanité des êtres et la cohérence des personnages. Surprises et coups de théâtre nous enchantent.

Je ne dirais pas que je n’ai vu venir aucune des révélations, ce serait mentir ; mais à aucun moment je n’ai eu l’impression d’avoir affaire à une histoire cousue de fil blanc. L’ensemble se révèle donc efficace et savoureux.

Ainsi, j’ai adoré ma lecture. Porcelâme est un excellent roman de fantasy mêlant Japon médiéval, féodalité, modernité des personnages, émancipation féminine, quête initiatique et aventures multiples. Nul doute que le lecteur trouvera entre ces pages l’évasion et l’humanité qu’il recherche pour passer un délicieux moment suspendu hors du temps, perdu dans une montagne sacrée aussi belle que dangereuse aux côtés de héros attachants. Un régal.

2 réponses sur « Porcelâme, Célia Flaux. »

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