La Rivière des disparues, Liz Moore.

La Rivière des disparues est un roman qui m’a intriguée tout de suite. Je trouvais la quatrième de couverture surprenante et engageante, du coup, je me suis laissée tenter.

L’histoire se déroule à Kensington, Philadelphie. Deux sœurs se croisent et se recroisent dans ce quartier gangréné par la drogue. L’une, Mickey, est devenue policière ; la seconde, Kacey a sombré dans la drogue et la prostitution. Un quotidien difficile des deux côtés et une inquiétude constante pour Mickey, particulièrement lorsque sa sœur disparaît alors que des meurtres de jeunes femmes surgissent dans le quartier. Une seule question lui trotte dans la tête jour après jour : « Et si la prochaine victime était Kacey? ». Mickey cherche donc à retrouver sa sœur par tous les moyens.

La structure du récit alterne entre moment présent et passé. Cette construction permet de nous donner à entendre l’enfance qu’ont menée Kacey et Mickey. Une enfance qui a lourdement impacté leur avenir. Déjà petites, elles ont souffert et ont vécu des drames, mais chacune des deux sœurs a assimilé différemment les choses, a été heurtée à sa manière, et chacun des coups du destin a eu une résonnance différente en elles. Mickey, l’aînée, a été celle qui veut protéger, celle qui s’inquiète, celle qui veut bien faire. Elle est celle qui s’est trouvée un mentor, une figure d’autorité qui l’a aidée et qui a sérieusement influencé ses choix. Kacey, elle, est une figure tissée de contradictions. Dans l’enfance, elle cristallise comme une demoiselle forte, pétillante et haute en couleurs, que rien n’arrête, pourtant, sa descente aux Enfers ne tarde pas à arriver. Au milieu de tous ses travers, de ses failles, elle reste d’une lucidité déconcertante. Autant au début, nous n’arrivons pas à nous dire qu’elle pressent quelque chose d’important, autant au fil des indices bien placés, elle gagne en profondeur et son personnage s’éclaire d’un éclat nouveau. Finalement, aucune des deux sœurs n’est parfaite. Chacune a sa manière est manipulée, dépend de quelque chose ou de quelqu’un, parfois même à son insu.

J’ai particulièrement aimé que cette structure ménage des révélations concernant des personnages qui nous semblaient au dessus de tout soupçons. Une fois la deuxième moitié du livre entamée, nous nous rendons compte qu’il n’y a pas d’exemplarité et que finalement, nos certitudes sur les personnages sont faites pour chanceler : Mickey et son fils, les amis de Mickey, Simon, Truman, tous ont un secret à cacher, une secret louable, ou un secret honteux, seules les pages de ce récit vous le diront.

Ce roman reste malgré tout assez déroutant. En effet, je m’attendais à une véritable enquête policière, avec des recherches d’indices, des suspects interrogés, or, ici, l’enquête passe au second plan durant un très long laps de temps. Au lieu de cela, nous plongeons dans le passé des personnages, nous découvrons ce qui les a conduits là. C’est un peu frustrant, et en même temps, cela permet de créer des rebondissements intéressants. Ici, Mickey est en réalité très peu compétente pour chercher sa sœur et résoudre l’affaire. Cela n’entre pas dans ses attributions puisqu’elle n’est pas enquêtrice. Tout ce qu’elle fera, elle le fera en parallèle, à la marge de la loi, pour le meilleur mais aussi et surtout pour le pire.

Un des thèmes essentiels de ce roman est finalement l’addiction et la descente aux Enfers des consommateurs de drogue : des débuts qui peuvent apparaître festifs pour celui qui consomme, à la déchéance, au manque, à la quête effrénée de la dose, dose que l’on finit par payer avec les moyens du bord, en vendant son corps, les overdoses, les souffrances associées, la difficulté à décrocher même lorsqu’on a de bonnes raisons de le faire et qu’on le veut profondément. L’autre thème qui parcourt le roman, c’est le lien sororal : amour, envie, conflits larvés, petites rancunes, incompréhensions, tout ce qui fait le lit d’une relation inapaisée, mais qui n’exclut pas l’affection profonde. Nous avons ici deux sœurs qui s’aiment mais qui ne savent plus communiquer et se le dire, deux sœurs qui veulent prendre soin l’une de l’autre mais qui n’arrivent plus à se le montrer.

Si vous cherchez un roman policier classique avec une enquête détaillée, passez votre chemin, car vous serez déçus ; mais si vous êtes prêts à autre chose, à un récit un peu différent, n’hésitez pas. La Rivière des disparues est un bon roman qui se lit vraiment bien. Je suis pour ma part contente de ma lecture. J’ai pu découvrir quelque chose de différent, qui sortait un peu des sentiers battus.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s