L’Aurore de la perce-neige, Alexis Breton.

L’Aurore de la perce neige m’a intriguée parce que je ne connaissais pas l’auteur, mais pas seulement : un monde inconnu, des promesses de secrets enfouis et révélés, un destin bouleversé… autant de mots clefs qui ont attisé ma curiosité et ma soif de découvrir.

Le résumé est donc attrayant : une jeune femme, Almyra Keroënne, libraire auprès de sa tante, voit son destin bouleversé par l’arrivée d’un homme étrange dans leur boutique, un homme qui remue le passé, ébranle le présent et modifie l’avenir d’Almyra sans qu’elle ne s’en aperçoive. La vie de la jeune femme n’était qu’un leurre : les vrais défis débutent dès lors.

Ce roman est intéressant pour l’univers qu’il déploie. Les terres sur lesquelles vit Vertyline et Almyra sont assez fascinantes. Je me suis imaginé une île aux falaises escarpées, battues par les vents, des terres rudes et isolées bien que les deux femmes vivent dans une petite ville. Cela ajoute un vrai charme en conférant un air de lande irlandaise. Ce n’est sans doute que mon ressenti, mais je me suis sentie dépaysée pour mon plus grand bonheur. Lorsque les révélations éclatent, cet univers s’approfondit de plusieurs strates, ce qui enrichit encore le récit. Nous découvrons des créatures effrayantes ou surprenantes. Les Dweules sont repoussantes et brutales et constituent à elles seules des ennemies de choix que nous adorons détester. Les Selvydes intriguent et fascinent par leur différence et par leur douceur, par l’harmonie qu’ils semblent dégager même si certains représentants ne brillent pas par leur gentillesse, enfin, j’ai trouvé les Khthöns truculents : leur rire est communicatif, leur loyauté force le respect. Cela permet de créer au fur à mesure des alliés et des ennemis qui permettent de dynamiser le récit et de ménager des rebondissements savoureux. A cela s’ajoute une mythologie que l’auteur dévoile peu à peu au lecteur : des dieux oubliés, encore adorés parfois, ou simplement reniés ; des divinités qui s’incarnent parmi les hommes, des démons ; et la légende de l’Yggdrasil qui transparaît en filigrane, modifiée, transformée pour en faire autre chose. En effet, la question de l’Arbre – Monde est évoquée, son importance pour le monde, mais c’est exploité d’une manière que je n’avais pas encore rencontrée et cela m’a beaucoup plu. Le pendant de ces éléments est évident : certains passages sont un peu descriptifs, voire théoriques concernant cet Arbre. Ce sont des passages qui ont un peu freiné ma lecture pour une très bonne raison : il y a tout un passage métaphysique autour des divinités, de leurs liens sous les faux-semblants, de la création du Cycle existant… bref, toute une métaphysique du monde dans lequel vit Almyra qui est dure à comprendre. Par contre, la complexité de ces passages apporte une révélation à la fin à la fois stupéfiante et déroutante. Ce n’est donc pas une complexité absconde, mais une complexité porteuse de sens.

Almyra est un personnage que nous avons plaisir à suivre. Elle évolue énormément au fil des pages et il est savoureux d’y assister. Elle est délicieusement naïve au début et désemparée face au danger. Sa tante offre alors un contre-point intéressant, divulguant les éléments clefs au compte-goutte, et guidant la jeune femme dans sa découverte de la vérité. Néanmoins, Almyra apprend vite et devient rapidement une jeune femme à la valeur certaine et à la détermination sans borne. Elle devient une combattante émérite qui devra plus d’une fois faire montre de ses talents. La seule chose qui m’a chiffonnée, c’est son immaturité affective. Elle est parfois pénible dans ses atermoiements sentimentaux et je me serais bien passée de quelques scènes entre elle et son amoureux, mais il n’y a là que le commentaire de l’allergique aux romances que je suis. Je ne trouve pas spécialement que la romance soit trop envahissante sur le fil général du récit. Du reste, j’ai particulièrement aimé les révélations la concernant à la fin du roman puisque, de fait, le lecteur attend les dernières pages pour savoir exactement qui elle est, les autres personnages semblant tous l’ignorer aussi, ou presque. Inutile de dire qu’un tel montage romanesque entretient le suspense.

La figure du méchant est savamment construite ici. Merill de Malaquin est déroutant. Son charme ténébreux induit en erreur, sa malignité et sa sournoiserie n’ont d’égal que son absence de scrupule. Cela en fait un être cynique, prêt à tout. Il manœuvre très bien, forme des alliances déroutantes et brille par son absence de compassion. Il est donc un adversaire de taille qui ne ménage rien ni personne et surtout pas une jeune fille qui se dresse sur son chemin. J’ai beaucoup aimé la manière dont il est introduit, les ruses qu’il emploie, son omniprésence malgré son absence, comme une épée de Damoclès au dessus de la tête d’Almyra et des siens. Les tantes d’Almyra sont aussi des figures intéressantes, même si elles passent au second plan sur une large moitié du livre.

Ainsi, L’Aurore de la perce-neige est une lecture originale et intéressante pour le monde qu’elle déploie sous nos yeux et pour la construction en poupée gigogne, nous réservant de chapitre en chapitre une nouvelle révélation qui nous emporte toujours plus avant dans un univers complexe et travaillé. Une belle découverte pleine d’originalité et de rebondissements malgré quelques passages ardus à mon sens.

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