Morte la bête, Lotte et Søren Hammer.

Morte la Bête est un roman qui attendait dans ma bibliothèque depuis un moment… et là, c’était le moment, il était le seul dans ma montagne à lire à me faire envie. J’ai donc découvert la plume de Lotte et Søren Hammer par la même occasion.

Morte la bête présente une sinistre découverte, un jour de rentrée. Deux enfants voient cinq hommes mutilés et pendus dans le gymnase de l’école. L’inspecteur Konrad Simonsen prend la tête de l’enquête et les écueils sont nombreux: identification des corps délicate, des interrogatoires qui désarçonnent et les médias qui s’en mêlent. Meurtre, campagne contre les abus sexuels : le débat s’empare de l’opinion et complique les choses.

Morte la bête est un roman particulièrement dense. Il est même difficile d’en parler sans gâcher le plaisir de la découverte. L’intrigue ne se dévoile que pas à pas, et l’identité des assassins n’est révélée que dans les dernières pages, ou, pour être plus exacte, le tableau n’est parachevé que dans les dernières pages. Ce qui est déroutant, c’est que nous connaissons assez vite l’un des meurtriers. Finalement, il ne se cache pas, il joue avec la police et se moque d’elle, usant de toutes sortes de stratagèmes. Ses motivations profondes sont dévoilées pas à pas, au fil de l’enquête, et nous comprenons qu’il s’agissait aussi d’un homme brisé. L’intérêt de déployer le récit sur une telle longueur, c’est que le travail d’enquête ne paraît pas bâclé et cela permet de fournir une vraie densité à l’histoire en étoffant les raisons de l’implication de chacun. Cela dresse également un portrait de société horrible où des criminels échappent à la Justice pour être rattrapés et dénoncés par des justiciers auto-proclamés. Or, des règlements de compte, il y en a et des bourreaux qui échappent aux conséquences de leurs actes, il y en a aussi.

Je ne peux qu’admirer l’art avec lequel les auteurs relient les meurtres entre eux, la manière dont les assassins entrent en contact, la façon de faire apparaître leurs motivations et leurs personnalités – toutes différentes- mais borderline, chacune à sa façon. Les personnes qui les aident – peu importe le moment où leur intervention arrive – sont aussi mentionnées avec une précision chirurgicale. Finalement, beaucoup ignoraient ce qui se tramait en sous-marin, et nul doute qu’un ou deux aurait tenté d’arrêter la machine si cela avait été possible. Or, la tête pensante dans ce roman est à la fois géniale et détestable, mauvaise et d’une intelligence hors normes. C’est ce personnage qui fomente tout, qui règle les moindres détails et qui parvient à déstabiliser jusqu’aux enquêteurs qui se mettent en travers de sa route. Les figures de criminels sont donc saisissantes et intéressantes. Elles sont finement travaillées pour en faire des êtres complexes tissés de contradictions, d’espoirs et de zones d’ombres terrifiantes lorsqu’ils laissent libre court à leur rage.

Pour autant, cette densité est parfois pénible : je me suis un peu perdue dans les personnages secondaires qui font masse pour dénoncer les abus sexuels, parfois je n’arrivais plus à me souvenir s’ils étaient associés aux criminels et ce qu’ils en retiraient. Il y a donc des passages du roman qui m’ont semblé longs, même si je comprends leur présence dans l’œuvre. Au contraire, d’autres passages m’ont agacée : Konrad Simonsen et son équipe décident d’enfreindre les règles de main de maître, et j’avoue que dans les dernières pages, l’image du flic justicier en roue libre m’a un peu déplu. Cela ne dure pas, et nous ne basculons pas dans un excès véritable, c’est peut être juste ce qui fait de ce roman un polar romancé, mais ce passage m’a titillée.

Le duo explosif presse / police est savoureux également. Il est fait de petites mesquineries, de coups bas, de manipulation et de trahison. Là encore, certains éléments concernant cette partie du roman ne sont pas crédibles, mais cela apporte encore du corps au livre et lui confère une certaine originalité. Finalement, ce n’est pas dérangeant : et la principale journaliste est suffisamment détestable pour que nous savourions pleinement les trahisons dont elle est victime.

Pour une fois, je ne me prononcerai pas sur les figures d’enquêteurs : ni la Comtesse, ni Simonsen ne m’ont paru spécialement sympathiques ou m’ont émue. Simonsen est glissant comme une anguille, s’il est manifestement un excellent policier à en croire le livre, il a quelque chose d’éthéré (oui, d’accord si vous lisez sa description, ce n’est pas l’adjectif qui colle au physique du personnage…) qui fait que je ne me suis pas accrochée à lui.

Ainsi, j’ai passé un bon moment de lecture avec Morte la bête de Lotte et Søren Hammer : l’enquête est dense, pleine de ramifications complexes et parfois inattendues, les meurtriers sont des figures travaillées avec soin pour leur donner un éclat inquiétant. Mais le roman a aussi le défaut de ses qualités et la rythmique est lente, faite d’atermoiements, d’hésitations et de tâtonnements. Si vous voulez un polar hyper énergique, passez votre tour, si vous désirer une lecture résistante, lancez vous!

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