Matière noire, Ivan Zinberg.

Cela faisait un moment déjà que j’avais envie de découvrir Matière noire d’Ivan Zinberg. On l’a beaucoup vu sur Bookstagram et je me suis décidée à sauter le pas lors du deuxième confinement… enfin, disons que je me suis fait un cadeau de non-confinement puisque je fais partie de ceux qui ne télétravaillent pas.

Matière noire relate deux disparitions. En 2017: Ines Ouari, une jeune fille de 18 ans, ne donne plus de signe de vie après être sortie de boîte de nuit. Marion Testud, elle, n’est pas rentrée de son jogging matinal. Deux enquêteurs se lancent sur les traces de ces femmes : Karim Bekkouche, chef de la BAC, et Jacques Canovas, un ex-flic reconverti dans le journalisme. Les pistes se croisent, font remonter de vieilles affaires faisant craindre le pire.

Je ne vais pas mentir, il m’a été difficile de rentrer dans l’histoire, et ça a été d’autant plus frustrant que Matière noire me faisait très envie. Ici, ce qui m’a titillée est lié à un choix d’écriture. Ce roman est vanté comme ancré dans la modernité avec des références précises au monde actuel… et justement, ça ne m’a pas plu. Pour moi, et cela ne reste que mon avis personnel, il y a trop de mentions liées à l’actualité, mais une actualité finalement presque anecdotique: un présentateur télé, des grandes enseignes, des marques de vêtements citées dans un certain nombre de descriptions. En soi, ce n’est pas un souci, mais c’est récurrent, et pour autant, je n’y ai pas vu d’intérêt littéraire car ce n’est pas pour souligner la soif d’accumulation d’un personnage par exemple. A contrario, je suis convaincue que l’auteur a fait pas mal de recherches pour évoquer des affaires criminelles assez récentes, ayant défrayé la chronique, et ces rappels-là à notre modernité sont très signifiants dans le roman. Ainsi, ce qui est un atout pour beaucoup de lecteurs, l’hypermodernité du cadre, m’a moi fait lever les yeux au ciel plus souvent qu’à mon tour. Ce n’est pas grave en soi, ce n’est que mon ressenti.

Une fois cette crispation dépassée, l’enquête tient toutes ses promesses. Le premier chapitre est saisissant et met le lecteur en appétit. L’auteur nous offre ce qu’on attend d’un polar : un crime, un coupable énigmatique et brutal. C’est donc une entrée en matière tonitruante et très efficace. Puis, la tension redescend d’un cran bien qu’il y ait d’autres disparitions et d’autres meurtres. Les autres chapitres mettent en place les figures d’enquêteurs : Jacques Canovas et Karim Bekhouche dans leur quotidien. Enquêtes auprès de la BAC, arrestations, adrénaline pour Karim ; voyages sur les traces de tueurs, récupérations d’indices et d’éléments auprès d’informateurs pour le journaliste Jacques. Nous suivons leur travail en parallèle, et bien entendu, leurs routes se croiseront. Le duo ainsi formé est particulièrement savoureux et intéressant. C’est un duo improbable, honni par la hiérarchie de Karim, et pourtant, ce sont eux qui permettront de vraiment mettre à jour les choses… si bien que rien n’aurait été possible sans l’intervention de Jacques.

Ce duo improbable agit d’ailleurs régulièrement à la limite de la légalité. Karim n’est pas une figure d’enquêteur parfaite. Il a une vie personnelle chaotique, quelques casseroles qui le poursuivent, et un instinct d’une terrible efficacité. Alors, dans un livre, cela donne une dynamique agréable et efficace en termes de rebondissements. Peut-être que des lecteurs un peu à cheval sur le réalisme seraient moins convaincus, moi non. J’ai passé un bon moment avec cette enquête aux multiples ramifications.

La figure de l’assassin est très travaillée dans ce roman. J’ai beaucoup aimé la manière dont les enquêteurs remontent le fil, exhument des cold case, relient les fils, cherchent, se trompent, recommencent jusqu’à mettre à jour une vérité brûlante… et décevante aussi d’une certaine manière, car finalement, il faudra encore quelques renversements de situation pour obtenir toutes les clefs de toutes les affaires. Les chapitres consacrés à la personnalité de l’assassin arrivent tardivement mais ajoutent en saveur dès leur apparition : cela fait cristalliser un être détestable, mû par un instinct révoltant, et sa confiance en lui ajoute à la noirceur de ses desseins. Ces passages dramatisent le récit et ajoutent un sentiment d’urgence : il faut l’arrêter avant une nouvelle victime. La course contre la montre s’engage alors pleinement et culmine par une soirée terrible.

La chute du roman laisse un goût doux-amer. Nous savons dorénavant qui a tué les jeunes disparues, certaines révélations sont d’ailleurs bluffantes, mais les derniers mots reviennent à un assassin et laissent planer de nombreux autres crimes, comme une menace sourde qui gâte un peu la jubilation de la clôture d’enquête. Ce choix donne une saveur très particulière à la fin du livre, un petit goût de reviens-y auquel je ne résisterai sans doute pas.

Ainsi, Matière noire est un bon polar. Ce n’est pas la lecture coup de cœur à laquelle j’aspirais, mais j’ai passé un vrai bon moment de lecture, une fois passé ma petite crispation. L’enquête est dense, complexe, les rebondissements sont légions. Voilà de quoi satisfaire les amateurs du genre.

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