Dans l’ombre de Paris, Morgan of Glencoe.

Dans l’ombre de Paris de Morgan of Glencoe est un roman qui me faisait de l’œil depuis longtemps et je me suis offert les deux tomes il y a peu. Une fois n’est pas coutume, ils n’auront pas traîné longtemps dans ma pile à lire, et je suis enchantée de la découverte.

Le roman nous présente un univers où les fées sont traitées comme des animaux dangereux par les humains terrifiés. En cause ? Leurs pouvoirs qui terrifient. La Princesse Yuri, a grandi dans un beau cocon protecteur, et son voyage pour la France sera un élément décisif dans sa vie. Elle y découvre avec stupeur qu’elle est fiancée, mais elle découvre aussi que le monde n’est pas aussi manichéen qu’elle le croit, et, pour la première fois de sa vie, elle a le choix. Être ce que la société attend d’elle ou partir pour se trouver en comptant sur la vague promesse qu’on l’aidera…

Le roman déploie sous nos yeux un univers chatoyant et fabuleux. Chaque être de ce livre est décrit de manière très visuelle, si bien que tous prennent corps sous nos yeux avec une facilité déconcertante. Ici, une multitude de créatures existe pour notre plus grand bonheur: Les Aelings sont des fées de l’air, les Spectral à l’instar de Ren, sont des guérisseurs hors du commun, les Feux-Follet sont attachants et drôles, Pyro en est l’exemple parfait, les Selkies sont aussi fascinantes que dangereuses et que dire des Bardes et de leurs pouvoirs tout bonnement hors normes! Les capacités de chacun sont complémentaires et permettent de former un tableau chamarré, vivant et terriblement attachant. Ici, chaque détail a son importance. Le monde décrit parle à notre âme d’enfant et à notre cœur. Pour autant, l’univers ne bascule pas dans la gentille simplicité : Morgan of Glencoe imagine des Etats à la géopolitique complexe, héritée d’un passé mouvementé, elle distille des luttes intestines pour obtenir le pouvoir, elle glisse des rêves pacifiques d’union, et enfin, elle saupoudre d’un zeste de violence et d’intolérance avec les fées traitées en animaux par des humains arrogants. Ainsi, l’univers est complexe et dense, tout en nuances et en finesse.

L’échiquier politique est, dans ce roman, une réelle source de rebondissements : cela donne de l’épaisseur à l’intrigue. Non seulement, nous avons un conflit presque ouvert entre le monde des fées et le monde des humains, mais en plus, nous avons des tensions entre la France et Keltia, avec au centre, la question de l’indépendance du Rail – ce chemin de fer reliant les continents ; l’Empire japonais et le Sultanat qui observent l’avancée des pions des uns et des autres, en essayant de maintenir l’équilibre et de sortir leur épingle du jeu. A cette vaste partie d’échecs, s’ajoutent les machinations individuelles des uns et des autres pour sauver leurs intérêts personnels. Le père de Yuri orchestre des fiançailles qui ont un intérêt tant politique que personnel, la reine Gabrielle a des raisons de s’intéresser à cette union, Sir Edward et les Rats eux aussi mettront leur grain de sel dans cette mécanique un peu trop huilée… et que dire de Yuri elle-même qui transgressera de nombreuses règles de la Cour! Vous l’aurez compris, dans ce premier tome, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer!

Yuri est une jeune femme intelligente qui découvre non seulement Paris, mais la réalité concrète du monde et l’envers du décor. Son fiancé est beau…. et convoité par toutes les demoiselles, mais elle comprend aussi à ses côtés la destinée qui l’attend et, bientôt, l’heure du choix arrive. Au gré de ses décisions, elle découvrira l’oppression, la cruauté et la violence, elle sera confrontée à la mort, mais fera l’expérience aussi de la liberté, du droit inaliénable d’être soi-même et de prendre ses propres décisions… pour le meilleur et pour le pire. Elle découvrira enfin l’amitié, la vraie amitié, celle qui résiste à tout, celle qui gonfle le cœur de bonheur et de tristesse, celle qui nourrit et noue la gorge. Yuri apprend à vivre, et, telle un bébé, elle trébuche en faisant ses premiers pas, mais avec un courage de femme déjà, elle encaisse et avance, se redressant toujours un peu plus pour finalement faire reculer le joug de la Cour et s’épanouir. En trame de fond, nous assistons donc à une véritable quête initiatique dans ce roman. De l’enfant soumise aux règles édictées par son père surgit une jeune femme forte et résiliente qui a souffert plus en quelques mois qu’en plusieurs années. Ses compagnons d’aventures se dévoilent également sous nos yeux et prennent leur envol. Chacun a son intérêt et son importance pour le reste de l’histoire, plantant une écharde de trahison dans le cœur, réchauffant d’un rire un moment douloureux ou illuminant le parcours d’un soutien indéfectible.

La plume de l’autrice est particulièrement savoureuse et fluide. Ce roman se dévore (comme le deuxième tome d’ailleurs!). Les différentes langues évoquées permettent d’offrir une dimension cosmopolite au récit, et les chants, les poèmes offrent une part de musicalité et de littérarité certaine. Ce sont autant d’éléments qui enrichissent l’univers et portent le lecteur aux confins du monde connu, vers des berges nouvelles, sources de découvertes hautes en couleurs.

Ainsi, j’ai adoré ma lecture. Dans l’ombre de Paris est un roman riche, rythmé doté d’une intrigue savoureuse alternant beauté d’un monde nouveau et turpitudes politiques. L’équilibre est parfait pour nous entraîner toujours plus avant, sans jamais nous laisser sur notre faim. Une pépite de fantasy.

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