Louise Michel, La Vierge rouge, Mary M.Talbot, Bryan Talbot.

Durant mes études, j’ai étudié la Commune, je me souviens de notre professeur d’Histoire en hypokhâgne évoquant la Commune et Louise Michel, surnommée « la pétroleuse » par ses détracteurs, alors quand j’ai trouvé cette BD par hasard, j’ai eu envie de m’y plonger un peu pour découvrir cette femme que l’on ne connaît que trop peu. Je l’intègre tout naturellement dans mon Pumpkin Autumn Challenge dans la catégorie « Les Rêves d’Aurore » du menu Automne des enchanteresses : une femme qui milite pour l’égalité, pour les droits des femmes et pour la liberté, cela rentre parfaitement dans le thème.

Je trouve cette BD très réussie graphiquement parlant. Certaines pages sont noires, les vignettes se découpant comme un halo de lumière ; d’autres au contraire sont blanches. Les vignettes ont des dimensions différentes : un carré, un rectangle, une moitié de page, et lorsque l’émotion doit être mise en valeur, des doubles pages qui montrent l’horreur de la Commune, l’horreur des exécutions perpétrées par les Versaillais. Ce travail sur la vignette et sur la page en elle-même confère de la douceur au récit, et mime le mouvement de la remémoration par le floutage des contours des vignettes. Ces choix graphiques empreints de douceur contrastent avec la violence des événements relatés, ce qui est très agréable. Le choix des couleurs utilisées est également signifiant : du blanc, du noir et du rouge. Rouge pour le communisme – bien sûr – rouge aussi pour le désespoir et le sang. Cela rend l’ensemble très efficace car dès que nous voyons de la couleur, nous savons que cela revêt une importance particulière. Les visages des personnages sont expressifs et permettent de soutenir le propos. Ainsi, la partie graphique comble les attentes du lecteur.

Du point de vue du récit, j’ai adoré découvrir la femme qu’était Louise Michel et je dois avouer que je ne savais finalement que peu de choses avant cette lecture. De page en page, j’ai découvert une personne hors normes, en avance sur son temps et très attachante. Elle était avide de liberté, une liberté adossée à l’égalité. En exil, elle a donc milité pour les droits des autochtones, a trouvé leur révolte légitime, en France, durant la Commune, elle aspirait à une vraie égalité homme / femme, à une société où l’instruction aiderait à grandir, où une femme mariée ne renoncerait pas à tout pour passer sous la coupe de son mari. Les auteurs font transparaître une femme d’un optimisme rare, une femme de convictions, passionnée par les utopies, passionnée par le progrès, grande admiratrice de la Tour Eiffel, symbole d’un renouveau. Par moments, bien entendu, elle est étrange, intransigeante, excessive. Pour autant, son combat parle encore et semble juste. Dans cette BD, Louise Michel est racontée par les autres, par les femmes qui l’ont connue et admirée. Cela ajoute un filtre au récit mais donne un ton résolument féminin à l’ouvrage.

Une grande littérarité s’échappe de ce livre : la correspondance de Louise Michel et de Victor Hugo est évoquée, les poèmes que Louise écrivait, faisait publier pour lever des fonds et aider les démunis également. Nous voyons évoluer la conférencière Charlotte Perkins-Gilman (qui était pour moi une illustre inconnue!), tout comme Albert Robida, une artiste-illustrateur-caricaturiste que j’ai découvert à l’occasion de cette lecture. J’ai beaucoup aimé les mentions de Jules Verne et de H.G. Wells aussi. Finalement, cette BD fait exister Louise Michel dans son siècle : un siècle de transformation politique, mais aussi un siècle résolument littéraire et artistique. J’ai trouvé que cela conférait une vraie densité et cela instaure une forme de vérité historique. Nous découvrons non pas une femme seule, mais des femmes au contact d’autres penseurs, d’autres intellectuels avec qui elles étaient d’accord ou non. Enfin, les dernières pages, précisant les sources des auteurs, ajoutant des détails historiques, permettent de faire le tour de la question d’une certaine manière et de prolonger notre visite au cœur de cette époque. Si cela fait plus documentaire que BD, c’est intéressant, et après tout, le lecteur est libre de lire de manière approfondie, de survoler ou d’ignorer ces dernières pages. Il n’y a donc rien à redire.

Cette BD est donc une très chouette découverte. J’ai appris quelque chose en lisant, et je suis vraiment contente d’en savoir plus sur Louise Michel. Les graphismes sont efficaces et très agréables.

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