L’Etrange bibliothèque, Haruki Murakami.

J’ai lu pour la première fois L’Etrange bibliothèque d’Haruki Murakami il y a trois ans, par une nuit d’insomnie… et je l’avais cordialement détesté. Ce rejet total de l’œuvre m’avait laissé un goût amer, alors, cette année, pour le Pumpkin Autumn Challenge, j’ai décidé de la relire. Finalement, je vais la faire migrer de catégorie puisque j’ai déjà ajouté un livre à la couverture noire. Dans cette nouvelle, nous avons d’étranges créatures, alors il devient mon livre pour Les Chimères de la Sylve rouge, du menu Automne frissonnant.

L’histoire se déroule au Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale, mais rien ne se passe comme prévu et il fait de bien étranges rencontres.

L’objet-livre est une merveille absolue : c’est le détail qui m’avait fait craquer sur ce livre. Je trouve cette couverture très belle, et les illustrations qui parsèment l’œuvre ajoutent au plaisir de lire. Cela permet de rendre tangible les êtres qui peuplent ces pages, de nourrir le mystère et la confusion tout en nous interpellant. C’est l’élément qui reste intangible au cours de mes deux lectures. Je suis vraiment fascinée par le travail d’illustrations et le travail éditorial qui permettent de faire d’une nouvelle un écrin délicat pour l’imagination, une porte vers un autre monde.

Et, effectivement, ce texte nous emporte bien loin de notre quotidien ordinaire. Si l’ancrage reste le réel par le début de la scène (des livres rendus à la bibliothèque, une soif d’apprendre et une recherche entamée), la bascule vers un monde différent s’opère bien vite, étape par étape. Sans que nous ne puissions démêler le vrai du faux, le héros s’engage dans une mésaventure grinçante. Nous craignons pour lui, nous nous demandons où il a bien pu atterrir et comment il va s’en sortir. La bibliothèque devient un labyrinthe oppressant, plein de chausse-trappes, de créatures étranges et inquiétantes. Les personnes qu’il rencontre sont tour à tour surprenantes, effrayantes, leur faiblesse et leur lâcheté ne permettent pas d’en faire des alliés tout de suite, et seul le temps leur permet de déployer leur potentiel aidant. Ici, tout se teinte de fantastique et d’onirisme : arrivés à la fin de la lecture, nous sommes incapables de savoir ce qui a vraiment eu lieu ou non, et cette mésaventure a tout du rêve qui vire au cauchemar, de la terreur nocturne qui nous laisse au petit matin, essoufflés et hallucinés, le cœur palpitant, avec une sourde angoisse au creux du ventre.

Je ne peux pas dire grand chose de plus, sous peine de gâcher la découverte à d’autres lecteurs, mais je ressors contente de cette relecture. Enfin, j’ai pu apprécier la nouvelle, et goûter son charme amer et inquiétant. Voilà qui m’a en partie réconciliée avec Haruki Murakami, et j’essaierai de reprendre un jour ma lecture de Kafka sur le rivage, que j’ai arrêtée après 150 pages parce que l’univers me glaçait trop.

Ainsi, L’Etrange bibliothèque est une lecture hors normes : elle représente à elle-seule un univers entier, grinçant, dissonant mais terriblement attractif. Cette lecture a le charme de l’aventure mâtiné au sel du danger et du bizarre. Une relecture qui signe une jolie découverte.

3 réponses sur « L’Etrange bibliothèque, Haruki Murakami. »

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