L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney

L’Enfant de poussière attendait dans ma bibliothèque depuis au moins deux ans. J’avais craqué sur sa magnifique couverture, mais vu l’épaisseur du roman, j’attendais d’avoir le temps de m’y lancer. Cette année, pour le Pumpkin Autumn Challenge, je ne me suis pas laissée le choix et je l’ai sorti. Il entre dans la catégorie « Il fait un temps épouvantail! », du menu Automne Douceur de vivre.

Syffe est un orphelin des rues, il grandit à Corne-Brune, une ville relativement isolée. Il s’imagine que la mort du roi et l’éclatement politique qui en résulte ne le touchera pas, lui le gamin sans famille qui survit en faisant du troc, en participant aux corvées et parfois en volant. Pourtant, son quotidien sera bouleversé : serviteur, espion, apprenti chirurgien, enfant soldat… son existence prendra des tours insoupçonnés.

L’univers créé par Patrick K. Dewdney est saisissant sans pour autant être déstabilisant. C’est là un constat des plus agréables car, en ouvrant un roman aussi épais, nous pouvons craindre la pesanteur du récit. Dans L’Enfant de poussière, les choses nous sont mentionnées au moment opportun. Nous apprenons l’histoire de ce royaume, ses scissions, ses réunifications et ses désordres récents. Dans ce monde, les inégalités font rage et ravagent notre cœur : un orphelin est livré à lui-même, rejeté de tous car sans filiation, les Clans et les Syffes sont méprisés et considérés comme inférieurs par la bonne bourgeoisie de Corne-Brume. Finalement, nous retrouvons des caractéristiques du 19e siècle et du Moyen Age dans un monde totalement neuf. Cela nous permet de nous immerger dans l’inconnu tout en ayant une idée assez précise de ce que risque le héros. Mais cet univers ne se résume pas à du connu, l’auteur saupoudre les éléments classiques d’une poussière de magie et d’originalité des plus savoureuses : une touche de surnaturel apparaît avec le deïsi, cet être étrange aux yeux noirs entraperçu par le héros, la suspicion de sorcellerie, les rêves étranges, le roi -ormes… ce sont autant de choses qui nous bluffent littéralement. Ainsi, nous avons tout ici : des contrées différentes aux coutumes étonnantes, des peuplades hautes en couleurs – pour le meilleur comme le pire, des conflits ouverts suite à la mort du roi, des conflits larvés entre trahison et assassinat, des luttes intestines pour le pouvoir. La densité ne se résume pas juste au monde imaginé, elle est aussi présente dans les rebondissements, dans les enchainements d’action.

Aucune des actions de Syffe n’est anodine. Tout aura de lourdes répercussions à plus ou moins longue échéance. Son destin est tout à fait hors norme, sa résistance, sa soif d’apprendre et de survivre, sa résilience en un mot, le sont tout autant. Syffe est un personnage extrêmement touchant. Cet enfant est confronté, du haut de ses huit ans, à des problèmes d’adulte. Il expérimente les déceptions amoureuses, les amitiés brisées, la trahison, le deuil, la manipulation. C’est à croire qu’il ne peut jamais baisser la garde sous peine d’être atteint en plein cœur. Mille fois nous nous inquiétons pour lui, mille fois nous lui souhaitons de trouver enfin de la stabilité. En vain. Il est poussé toujours plus avant dans une quête initiatique qui lui apprend à être un homme à l’âge où l’on sort à peine de l’enfance. Les tourments qu’il endure le façonnent et le font grandir, éperonnant sa soif de Justice, de reconnaissance aussi, forgeant un courage rare et facettant un personnage riche de promesses pour les autres tomes.

Les autres personnages sont très intéressants. La longueur du roman permet de laisser se déployer les évolutions des personnages. Le roman y gagne en crédibilité. Les changements d’attitude des personnages sont fins et subtils, mimant l’évolution d’un être dans la vraie vie. Certains semblent être des amis, mais cette première impression se fissure à la longue, d’autres paraissent anecdotiques mais se révèlent capitaux pour la suite. L’immense galerie des personnages permet justement d’induire le lecteur en erreur. Au milieu de la masse, comme Syffe, nous sommes incapables de discerner qui le trahira et qui le sauvera. Nous savons encore moins qui sera l’artisan de sa chute… et c’est très inattendu!

Vous l’aurez compris, dans L’Enfant de poussière, les rebondissements sont légion. Nous ne nous ennuyons jamais, mais rien n’est précipité ou surjoué. La rythmique du récit est changeante. Tantôt lente pour laisser s’installer un temps de plénitude ou d’apprentissage, tantôt trépidante pour mimer la rage du combat. Le lecteur est donc sans cesse éperonné : notre curiosité est titillée par mille et un détails, par un personnage, par un mystère puisqu’au terme de ce premier volume, encore beaucoup de questions planent et notre pauvre Syffe est en fâcheuse posture. La plume de l’auteur y est pour beaucoup : s’il y a des descriptions conséquentes, cela sert la richesse de l’univers et le même soin est apporté pour les personnages dont nous percevons la gouaille entre les lignes. Plus d’une fois, sous les mots, nous sentons les plaisanteries, les taquineries, l’accent des personnages aussi, c’est notamment le cas avec les guerriers var ou encore avec le maître chirurgien qui ont chacun une manière de s’exprimer singulière. Le roman donne à entendre des êtres comme il donne à voir des paysages. C’est là une grande force à mon sens car cela étoffe le monde imaginé, l’assoit et lui donne à chaque page plus de consistance.

J’ai eu un coup de cœur pour L’Enfant de poussière. L’auteur a réussi à faire cristalliser une vie aux accents dramatiques, une vie hantée par le spectre de la perte et du danger, ballottée par les aléas de la vie. Avec une écriture riche, il cisèle de page en page un héros tout à fait hors du commun, touchant et terriblement fort sous ses dehors fragiles. J’ai hâte de découvrir la suite !

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