Les Passagers du Vent, François Bourgeon, intégrale T 1 à 5.

les passagers du vent     J’adore les bandes dessinées, mais je n’en lis que trop peu à mon goût. Bon, il faut être honnête, c’est aussi un petit budget, quand comme moi, on est devenu allergique aux bibliothèques, et cela demande beaucoup de place chez soi, chose qui reste encore perfectible.

     La couverture de celle-ci m’intriguait et me laissait subodorer de belles aventures et un destin de femme hors normes… de quoi piquer ma curiosité. Le fait que ce soit une intégrale avait le mérite de me permettre de m’installer dans la durée avec ce récit.

     Les Passagers du Vent mettent en scène Isa, une jeune femme qui choisit l’exil pour se venger et fuir. Dans sa fuite, sur les flots, elle fera des rencontres décisives, subira guerres et mutineries, découvrira la traite d’êtres humains, l’esclavage et la concupiscence humaine. Rebelle, elle aime la vie, ses amis et se bat toujours un peu plus pour sa liberté.

    Comme souvent avec les bandes dessinées, je commencerai en parlant des graphismes qui revêtent pour moi une importance capitale. Ils sont ici très fins et précis, notamment concernant les bateaux, les voiles et les matures, il y a un vrai travail pour rendre palpables les lieux. Les personnages, les tenues des nobles, les chapeaux, les tenues des marins, tout est élaboré avec un sens du détail qui ravit les yeux. L’ensemble permet de donner du corps à l’histoire et de l’ancrer dans le réel, ce qui est très appréciable. Les visages sont eux aussi expressifs, à l’instar d’un capitaine rigide à l’excès dans son attitude et qui le porte sur son visage, ou encore d’un marin libidineux et détestable. La manière de peindre la traite négrière permet d’en décupler l’horreur. L’artiste ne place pas de voile pudique devant l’horreur de la captivité, de la réification, devant les abus moraux et physiques.

      La violence est inhérente à ce récit, c’est de fait, une bande dessinée à ne pas lire à tous les âges : la société profondément machiste qui règne à l’époque conduit au viol de femmes jugées d’un rang inférieur – enfin, jugées comme telles par les hommes nobles-, avec des remarques méprisantes à vomir « tu ne croyais pas rester une enfant toute ta vie »… Eh, oui, cela a existé, cela existe encore malheureusement. Et il est important à mon sens d’être sensible à cette condition de la femme dans la société à l’époque, mais aussi aux traces que cela a laissé à l’époque moderne, sans quoi rien n’évoluera : dans ce récit, une femme sur un bateau court le risque d’être violée – objet de convoitise pour les hommes en mer, une femme dans la haute société risque de voir « sa vertu » (sic) bafouée par des plus puissants, une femme en pantalon est jugée indécente car elle en dévoilerait trop… La BD met donc en scène des choses violentes :  des viols, des esclaves tués, des abordages, des marins mutilés dans un combat… Cela fait partie intégrante du récit car ce sont ces épreuves qui construisent le personnage d’Isa, et autour de ces événements traumatiques – passés et présents- sa soif de vengeance et sa soif de vivre se noue chaque jour plus intensément.

     Isa est le personnage clef de ce livre. Nous avons clairement une épopée féminine et féministe. C’est elle qui se venge des hommes, elle qui fait évader celui qu’elle aime, elle qui lui rend sa liberté pour qu’il vive. C’est aussi elle qui est la moins fataliste, la plus humaine et la plus moderne. Elle s’indigne devant l’esclavage, face à  l’attitude passive et trop conciliante de certains hommes qui n’y sont pourtant pas favorables, elle défend les autres femmes et se conduit à bien des égards comme le ferait un homme de l’époque. Cette héroïne, nous aimerions qu’elle ait vraiment existé pour mettre un coup de pied dans la fourmilière du machisme, pour dépoussiérer un peu les perruques de ces messieurs et pour faire souffler un vent de modernité sur une société passéiste et aux actions condamnables. J’aime beaucoup aussi les pendants qu’on lui a trouvé : la jeune anglaise qui l’accompagne est elle aussi moderne à sa façon, Hoel est un jeune homme débrouillard et intéressant, à plus d’une reprise, il est le levier pour faire avancer le récit. Le jeu des alliances est savoureux car chacun apporte un petit quelque chose d’inédit. Et, comme il s’agit là d’aventures, les alliances se font et se défont au rythme des accrocs du chemin : de quoi nous maintenir dans une course effrénée.

      Ainsi, j’ai beaucoup aimé la densité de ces cinq tomes. Il n’y a pas de passages en trop, pas de redites, tout permet de faire avancer le récit et de nous acheminer vers un avenir orageux. Nous avons là un récit d’aventures, violent, sanguinaire parfois, teinté de sang et de cruauté, de misogynie malheureusement, mais aussi d’amour, d’amitié et de soutien, ce qui permet d’équilibrer l’ensemble. Je pense que je lirai les autres tomes.  

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