Le Miroir des âmes, Nicolas Feuz.

miroir des âmes        Difficultés à lire rime avec mini formats, je suis bien obligée de composer avec l’état du moment. J’en ai donc profité pour piller la bibliothèque de ma mère (forcément, je suis partie avec un seul livre), et choisir de préférence des longueurs raisonnables histoire de ne pas m’enferrer et aggraver les choses. J’ai jeté mon dévolu sur Le Miroir des âmes qu’elle a acheté à l’automne à la foire du livre de Brive, une fois de plus, et j’ai donc pu découvrir la plume de Nicolas Feuz.

      Le procureur Jemsen se réveille à l’hôpital, avec la mémoire en miettes : une terrasse, des visages et une explosion, puis le noir complet. Il tente avec sa greffière de remonter le fil des événements, tandis que deux policiers de la région poursuivent un mystérieux tueur en série surnommé Le Vénitien car il tue en coulant du verre de Murano dans la gorge de ses victimes.

       La première chose qui m’a frappée est qu’il est très facile d’entrer dans le récit, et vu mes difficultés à lire, en ce moment, c’est d’une importance cruciale. J’ai beaucoup aimé la rythmique de ce roman, l’urgence qui nous saisit tant par les événements et les morts que par le besoin impérieux de recouvrer la mémoire. J’ai apprécié que les personnages aient des zones d’ombre, des secrets que nous ne découvrons que progressivement. Pour le procureur Jemsen, il est facile de lui créer des secrets étant donné qu’il ne se souvient de rien, et l’auteur nous ménage un retournement de situation savoureux le concernant. Chez Flavie, la greffière du procureur, nous trouvons beaucoup d’humanité et elle m’a touchée par sa loyauté, par ses souffrances aussi. Le personnage d’Alba est vraiment intéressant également. Elle nous intrigue, nous la plaignons, nous avons envie de comprendre comment elle s’est retrouvée là. Elle apparaît comme une femme forte, solide, et en même temps, ni invincible ni parfaite. Des lézardes apparaissent dans son personnage et cela ne l’en rend que plus humaine. Néanmoins, j’ai trouvé étrange la défiance entre le procureur et les forces de l’ordre. De même, j’ai trouvé étonnant que l’enquête autour de l’attentat ne soit pas plus développée : le lecteur a presque l’impression que la police s’en soucie relativement peu, ce qui ne semble pas crédible.

      Ce roman évoque autant un criminel insaisissable, le Vénitien, que la traite d’êtres humains et la prostitution avec Berti Balla. Vous trouverez donc une réelle violence entre ces pages, des scènes évoquant la sexualité, la brutalité également, la domination de femmes exploitées et traitées comme des objets. Il y a des passages vraiment glaçants ici. Par contre, compte tenu du format du roman, ce sont des passages qui ne s’inscrivent pas dans la durée, ils reviennent à intervalle régulier, mais ne s’étendent pas sur des dizaines de pages jusqu’à amener le lecteur au bord de la nausée. Cela offre une rythmique dynamique et percutante sans écœurement, pour ainsi dire.

     Mon bémol sur cette lecture vient sans doute de son format, justement aussi. L’histoire est condensée en 250 pages et l’auteur nous ménage de vrais renversements de situation à la fin. Pour autant, certains ne sont pas amenés de manière suffisamment précise à mon sens. L’identité de l’assassin par exemple jette un doute sur une scène dramatique précédente et il aurait été judicieux que l’on nous explique comment l’assassin s’y était pris pour induire tout le monde en erreur, de cette manière, cela m’aurait semblé plus crédible. De même, l’auteur nous explique à plusieurs reprises qu’Alba est devenue prostituée à la suite de plusieurs concours de circonstances, et également suite à un chagrin d’amour… Or, les révélations la concernant jettent le voile du doute sur ces éléments faute d’explications suffisantes pour nous éclairer. Je suis certaine qu’avec un petit quelque chose de plus, le lecteur aurait pu obtenir une raison satisfaisante pour ces détails qui sont ô combien importants pour nous induire sur des fausses pistes.  Malgré tout cela, il me faut être honnête : le roman se dévore et nous emporte dans une course effrénée très efficace. Malgré mes difficultés à lire, je l’ai lu assez vite et sans peine.

      Ainsi, Le Miroir des âmes est une bonne lecture. Quelques éléments de l’intrigue mériteraient d’être davantage explicités, à mon sens, mais cela n’empêche pas de dévorer le livre et de passer un très agréable moment. 

 

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