Avec tes yeux, Cédric Sire.

avec-tes-yeux       Les vacances sont mon moment préféré pour bouquiner et partager mes livres avec ma famille, quand nous nous retrouvons, nous faisons bibliothèque commune et chacun pioche au gré de ses envies dans les livres apportés par l’autre. Ma sœur m’a prêté Avec tes yeux de Cédric Sire que je n’avais pas encore lu.

        Depuis quelques temps, Thomas fait des rêves atroces. Il ne dort plus et tente l’hypnose en désespoir de cause. Or, rien ne se passe comme prévu. Il est alors sujet à des visions, dont une lui dévoilant une jeune femme torturée. Convaincu que ce qu’il a vu est véridique, il part à la recherche de la victime, et sa vie bascule.

       Ce roman débute sur les chapeaux de roue, avec une scène d’agression terrible, une scène qui vous fait monter l’estomac au bord des lèvres et vous met en condition pour les 600 pages suivantes. En effet, le roman laisse émerger la noirceur humaine, la cruauté, la rancune et la rancœur alliées à la vengeance et aux turpitudes de l’âme. Un cocktail détonnant, qui brûle les yeux, trouble le sommeil du lecteur et remue les entrailles. Plus d’une scène fait froid dans le dos, plus d’une description met mal à l’aise. Certains passages sont difficilement soutenables, et je crois que c’est fait exprès pour faire cristalliser en plein toutes les turpitudes du coupable. Le gros point fort dans ce roman, c’est que le méchant se cache, et à plusieurs reprises, il nous file entre les mains, insaisissable comme une anguille, trouvant des hommes de paille qui nous laissent croire que nous avons enfin la clef. La révélation n’en est que plus éclatante et sidérante, nous rappelant une fois de plus qu’il faut se méfier des apparences et que le diable peut prendre des allures de bon Samaritain.

    Comme pour Vindicta, la plume de Cédric Sire est très agréable, et malgré l’horreur de certains passages, le livre se lit à toute allure et nous embarque dans une folle équipée, aux côté d’un Thomas aussi perdu que terrifié, un personnage qui essaie de prendre son destin en main, de se sortir d’une inextricable pelote d’ennuis, mais qui s’enferre un peu plus à chaque instant, lors même qu’il pense avancer. Thomas est un personnage surprenant, autant au début il ne m’a fait ni chaud ni froid, autant je l’ai plaint à mesure que le roman avançait. Son désarroi et sa soif de comprendre fait écho au désir du lecteur de découvrir le fin mot de l’histoire.

        L’originalité d’Avec tes yeux réside dans la part de fantastique qui innerve le roman. Au départ, c’est assez incompréhensible et cela nous amène à douter quelque peu de la santé mentale des personnages. Puis, une fois l’incompréhensible accepté, le fil se déroule et nous en venons à nous dire « et pourquoi pas? ». Oui, cela semble fou, mais j’aime bien le lien qu’a imaginé notre auteur entre le meurtrier et ses miroirs, pour les qualifier ainsi, les happy few (ou pas!) qui seront témoins à leur corps défendant de ses exactions. Cela pimente le récit et lui confère une saveur propre, qui sort un peu des sentiers battus.

    La rythmique du récit contribue très largement à nous faire oublier l’épaisseur du volume : il n’y a aucun temps creux, l’histoire avance toujours, à sa façon, même lorsqu’on ne s’y attend pas. L’enquête est ici menée sur deux plans : d’une part, les policiers, qui s’embourbent et choisissent la facilité; d’autre part, notre héros, qui se noie dans des situations improbables pour essayer de se disculper. Ces deux mondes sont incarnés par Nathalie, la gendarmette, et Thomas, le héros. Ce duo improbable et concurrent en terme d’enquête passe son temps à se croiser et s’entrecroiser, à se gêner et à se percuter, créant des achoppements et des virages en épingles qui dynamisent l’ensemble et contribuent au caractère addictif de la lecture.

     Ainsi, j’ai adoré Avec tes yeux de Cédric Sire. Tout y est savoureux : la rythmique, les renversements de situation, les révélations, la chute inattendue et glaçante… et finalement, frissonner à la lecture d’une description est aussi un petit plaisir coupable de lecteur. Un thriller à ne pas mettre entre toutes les mains, mais dont on peut se délecter si on a le cœur (et l’estomac) bien accrochés.

 

 

 

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