Rêver, Franck Thilliez.

Rever-Thilliez      Je n’avais encore jamais lu de roman de Franck Thilliez, et ce n’est pas faute d’en avoir vu passer sur les réseaux sociaux dédiés aux livres. Plusieurs m’attendaient sagement chez ma mère, alors, je me suis lancée et j’ai dévoré un joli pavé pour une semaine de vacances.

      Abigaël souffre de narcolepsie, ce qui entrave son quotidien tout en ne l’empêchant pas d’être une psychologue- criminologue reconnue. Elle travaille sur une affaire ardue d’enlèvements, mais, bientôt sa maladie semble lui jouer des tours et de plus en plus, elle confond réalité et hallucinations. Il lui faudra faire de gros efforts pour démêler le vrai du faux et tirer au clair l’accident de voiture dont elle a été victime.

    Ce roman est assez déroutant, il  faut le reconnaître. L’avertissement au lecteur m’a beaucoup intriguée, celui indiquant qu’il manquait un chapitre et que c’était fait exprès. Puis, la mention des frises en début de chapitre pour bien se repérer a terminé d’attiser ma curiosité. Cette mise en garde est d’une importance cruciale parce que deux temporalités co-existent dans ce roman. Les éléments qui se déroulent en décembre 2014, un peu avant et après l’accident et ceux qui se déroulent en 2015 plus ou moins proches du lavoir en feu. Cette alternance de temporalités exacerbe la confusion qui règne pour nous lecteur : comme Abigaël, nous ne savons plus où nous en sommes. Nous n’arrivons pas à démêler la part réelle et la part onirique des choses. Cette confusion ralentit la lecture bien entendu puisque nous faisons attention à chaque détail, de peur de laisser passer l’indice clef et, bien souvent, nous sommes obligés de reprendre notre souffle. La construction narrative est donc très efficace et donne une vraie originalité au récit. D’ailleurs, à ma grande honte, je me suis aperçue que j’avais passé le fameux chapitre absent sans m’en rendre compte… c’est vous dire si l’apparente déconstruction du récit fonctionne bien pour nous troubler nous aussi.

      Les personnages de ce livre sont assez dérangeants, chacun à sa façon. Abigaël est sympathique au début, mais je l’ai vite trouvée inquiétante par sa façon de confondre rêve et réalité. Ma défiance s’est éveillée parce que moi non plus, je ne comprenais plus ce qui arrivait. L’auteur manipule à la perfection les éléments et plus d’une fois nous avons l’impression que l’héroïne est soit folle, soit paranoïaque. Pour autant, certains détails titillent et nous dérangent nous aussi à mesure que l’on avance dans le récit, et cela nous amène à nous rapprocher d’elle, à la plaindre et à penser qu’une machination est vraiment en marche.

      Le père d’Abigaël est absolument sibyllin, et détestable par certains aspects. Ses attitudes bourrues et cachottières sont une des pierres angulaires de ce roman car ses motivations profondes sont primordiales pour certains rebondissements, or, nous les ignorons, comme l’héroïne. Frédéric, l’ami d’Abigaël est ambivalent à souhait. Il est doux, prévenant, gentil, mais son amitié avec le père de la jeune femme laisse songeur, et contribue à rendre le personnage moins lisse qu’il n’y paraît. L’ensemble du livre et sa chute confirment cette impression. Une multitude de personnages secondaires sont capitaux ici, sans que que nous sachions au premier abord; un auteur au passé trouble et aux inspirations étranges notamment, mais il est loin d’être le seul.

       L’enquête sur laquelle travaille la jeune femme a d’étonnantes ramifications et nous entraîne loin dans le passé, mais aussi loin dans la psyché humaine. En plein cœur des souffrances, surgit une âme torturée qui mettra au point un plan machiavélique. Beaucoup de scènes mettent mal à l’aise et contribuent à l’atmosphère pesante du livre. Entre folie des êtres croisés et incompréhension, le lecteur se débat lui aussi et peine à s’en sortir.

       La chute du livre est étonnante, je ne l’ai pas vue venir avant que l’auteur ne veuille bien nous laisser des indices suffisants, mais je pense que la construction narrative joue aussi pour beaucoup, en nous induisant en erreur et en nous faisant, nous aussi douter de tout.

     Ainsi, Rêver est un très bon thriller. L’histoire est dense, compacte et résiste au lecteur tout en maintenant la tension narrative. Nous sommes emportés par  un raz de marée de faux-semblants, de doutes qui nous laissent sonnés, étourdis et décontenancés. Cette lecture n’est pas un coup de cœur, mais ce ne sera assurément pas mon dernier roman de l’auteur. 

 

 

Une réponse sur « Rêver, Franck Thilliez. »

  1. Je pense qu’il faudrait que je le relise. J’avais été assez déçue mais je pense que mon ressenti a été vraiment biaisé par mon appréciation de la saga policière de l’auteur qui est très différente. Je n’en ai plus trop de souvenirs à part la construction chronologique qui m’avait beaucoup plu et le personnage principal assez inquiétant en effet.

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