Le Crépuscule d’Aesir, Elie Darco.

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       J’avais très envie de lire ce roman depuis l’annonce de sa parution et il faut dire qu’une fois de plus, les Editions Plume Blanche proposent un très bel objet-livre, à la couverture intrigante. Nous nous sommes lancées, Clem (du blog YouCanRead) et moi, en même temps. Et quel bonheur cela a été d’échanger en cours de route, de comparer nos ressentis, de faire des suppositions ensemble. Une chose est sûre, ce ne sera pas notre dernière lecture commune.

       Un cataclysme a ravagé le monde et mis fin, des siècles auparavant à l’empire d’Atlantis. Dans des contrées reculées, au cœur de la glace se tient le peuple aesirain, leurs héritiers. S’ils sont d’habitude hors de portée des attaques, des hordes menées par une magie malfaisante déferlent bientôt. Le destin d’Aldéric, jeune gardien des cimes, et celui de Viviana, fille du Commandeur d’Aesir, seront scellés par ces événements hors norme.

    Je commencerai par la plume d’Elie Darco qui est absolument fabuleuse : nous avons là une langue riche, travaillée et sonore. Elle donne à voir et à entendre et crée une vraie musique. La lecture est donc bien évidemment exigeante car elle demande de s’arrêter sur les mots, sur leur caractère précieux, sur leurs sonorités. C’est une plume qui est également très visuelle : il est très facile de se représenter les choses et de voir, littéralement les combats se dérouler, de s’émerveiller devant les lieux décrits. Cette écriture est bien entendu au service du sens et de l’univers. Le Crépuscule d’Aesir met en scène un monde très différent, une mythologie complète, des peuples nouveaux. Les fils de cet univers sont finement entrelacés, patiemment tissés de manière à ne pas noyer le lecteur, mais aussi de manière à ménager quelques surprises. Comme plusieurs peuples se côtoient, certains dieux ont plusieurs noms et parfois cette mythologie freine un peu la lecture en créant un à côté culturel, mais dans l’ensemble, cela permet au livre de faire monde et d’offrir une vraie plénitude à l’univers.

      Nous avons par contre le versant de cette  belle plume si visuelle : certaines scènes sont difficilement soutenables. Ah! le lecteur ne manque rien des massacres, des violences, des scènes de nécromancies, des divinations et autres affrontements. L’écriture rend très concrets tous ces passages, et je dois avouer que quelques hauts le cœur m’ont saisie par moments… et je ne suis pas non plus une lectrice fragile, loin de là, j’ai normalement le cœur et l’estomac bien accrochés! Mais il est aussi vrai que ce roman est affiché en dark fantasy, donc en l’ouvrant, le lecteur sait d’emblée que la lecture risque d’être difficile ou tout du moins, qu’elle ne sera pas un long fleuve tranquille.

      Les personnages dans ce roman font preuve d’humanité, enfin pour une bonne moitié d’entre eux… Ils commettent des erreurs, les regrettent, hésitent, doutent, se renferment sur eux-mêmes, essaient d’expier leurs fautes. Ils sont aussi soumis à un maelstrom d’émotions, à l’amour et la haine mêlés, au désespoir mâtiné d’espoir fou, à cet espoir pernicieux qui les berce aussi d’illusions parfois, et les défait plus souvent qu’à leur tour. La dame en noir, je ne le nommerai pas différemment pour garder son mystère, est un levier capital pour ce roman. Sa cruauté, sa sauvagerie, son art de la manipulation, la haine qui la soutient sont des éléments clefs dans le récit. Plus d’une fois, elle se repaît du bain de sang qu’elle génère, et, en toute franchise, elle fait froid dans le dos. Son histoire – que nous apprenons au fil des pages – n’est guère plus réjouissante. Au milieu de ses ténèbres intérieures pourtant, un relent d’humanité transparaît, mais une humanité viciée malgré tout. De bout en bout, j’ai ressenti une sorte de répulsion pour ce personnage, et je pense que c’est voulu. La relation qui se tisse entre elle et ses otages, entre elle et Viviana est dérangeante à bien des égards et m’a souvent mise mal à l’aise.

        La rythmique du récit est intéressante. Une fois le destin d’Aesir mis en branle, nous alternons les passages dédiés à Aldéric et ceux dédiés à Viviana. Certains passages s’avèrent plus fastidieux à lire du fait de tous les éléments mentionnés un peu plus haut, mais nous sommes malgré tout emmenés toujours plus avant. Loin d’Aesir, nous découvrons le reste du monde, les complots, les conflits, les guerres, les machinations pour prendre le pouvoir. Cela permet de compléter l’univers proposé et de faire monde puisque nous ne sommes pas seulement centrées sur Aesir. La partie consacrée à Commoria est captivante. J’ai aimé les jeux de pouvoirs et les complots de Cour, j’ai aimé le mystère entourant le personnage d’Orbelon, mage débonnaire en apparence, mais qui recèle lui aussi bien des secrets et dont l’intervention reste décisive.

      Ainsi, je suis un peu partagée par cette lecture : l’univers et la plume d’Elie Darco sont absolument fabuleux et méritent le détour, par contre, la violence intrinsèque à ce récit, l’atmosphère malsaine provoquée par certains personnages m’ont aussi pesé parfois, déchirant mon cœur de lectrice entre franche admiration et gêne réelle. Une chose est certaine, je ne regrette pas du tout la découverte, ne serait-ce que pour cette magnifique écriture, mais je ne placerais pas ce livre entre toutes les mains. Âmes sensibles s’abstenir! 

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