La fille sans peau, Mads Peder Nordbo.

la-fille-sans-peau      Comme souvent, j’ai été intriguée par la couverture et par le titre de ce roman, je ne connaissais pas l’auteur, et une furieuse envie de découvrir quelque chose de nouveau m’a saisie. Par un hasard total, je me suis retrouvée à le lire une petite semaine après Qaanaaq qui m’avait déçue, et je suis donc retournée plus tôt que prévu au Groenland.

     Dans la fille sans peau, nous sommes en 2014, une découverte fait frémir tout Nuuk : le corps d’un Viking a été extrait de la glace, en parfait état de conservation. Pourtant, le cadavre disparaît très vite, tandis qu’on retrouve celui du policier qui le gardait, un corps terriblement mutilé et une manière de faire qui n’est pas sans rappeler des meurtres non élucidés datant de plus quarante ans.  Mathew Cage, journaliste local, se penche sur ces cold cases et en dérange plus d’un avec son travail.

      Lorsque j’ai entamé ce livre, sans avoir relu la 4e de couverture, j’ai eu un petit coup au cœur en me retrouvant à Nuuk. J’ai même sérieusement envisagé de changer de lecture, tant j’étais échaudée, et finalement, je me suis laissée porter. Le premier chapitre a su aiguiser ma curiosité et, en peu de pages, j’ai accroché au personnage de Mathew. C’est un journaliste torturé par ses démons et par son passé, il fuit sa vie autant qu’il fuit les fantômes de son passé, et pour cela, il est allé dans ce petit village loin de la foule, loin de l’agitation. C’est un personnage aux fêlures béantes, mais qui ne sombre pas dans l’excès pour autant. Il a été agréable d’exhumer avec lui les vieux articles, les vieilles affaires et d’essayer de recroiser les indices pour lever le voile sur des cold cases tout en éclairant les événements récents. J’ai apprécié la chaleur des personnages secondaires, notamment Leiff et son épouse, j’ai beaucoup aimé le personnage de Jakob aussi. La jeune femme qui épaule Mathew est également très intéressante. Si elle est dure et sèche au premier abord, nous comprenons vite qu’elle réagit plus en animal blessé qui peine à accorder sa confiance qu’en personnage méchant. Peu à peu, ses propres fêlures se montrent et l’humanisent. C’est un personnage qui évolue énormément et qui devient très vite attachant, comme Paneeraq l’est.

      Le récit en lui-même suit une structure intéressante. Nous suivons d’abord les faits de 2014, puis par un récit enchâssé, nous sommes emportés en 1973 lors des premiers meurtres et nous suivons les déductions de Jakob, enfin à l’instant crucial, nous re-basculons en 2014 afin d’achever de dénouer les liens du passé et du présent. Cette construction est savoureuse car elle donne une large place aux personnages importants, elle laisse entendre plusieurs voix et permet de démultiplier les suppositions et les hypothèses. Elle maintient également le suspense car durant très longtemps nous pensons que certains personnages sont morts, nous spéculons sur l’identité du corps retenu dans la glace et nous arrivons à être surpris.

     Finalement de cold cases en crimes actuels, nous suivons un fil directeur qui ne se dévoile à nous que progressivement et la cohérence entre les affaires est à la fois surprenante et parfaite. L’ensemble est parfaitement construit et permet de convaincre réellement. Le lecteur n’assiste pas à la résolution d’une enquête, mais à la résolution de trois enquêtes.

     Enfin, les paysages enneigés et les traditions de ces contrées sont ici exploitées de manière à faire sens. Il n’y a pas de grande pause explicative qui entraverait le récit. Nous trouvons des descriptions qui permettent de nous figurer les lieux, des détails, des précisions sur les us qui arrivent à point nommé et entretiennent la magie du récit, notamment tout le passage autour de l’âme des morts et des esprits qui frapperaient parce qu’on a ramené un mort à la surface. Ce sont autant de petits détails qui enrichissent le récit sans l’alourdir. Même la part de politique autour du Groenland reste assez mince pour ne pas freiner la lecture.

     Ainsi, j’ai passé un excellent moment à Nuuk avec les personnages de ce récit. J’adore les cold cases, donc j’ai été servie : des rebondissements inattendus, des personnages complexes que l’auteur sait rendre émouvants et une fin saisissante. Un vrai plaisir à lire!

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