Noir comme le jour, Benjamin Myers.

Noir-comme-le-jour       J’ai gagné ce roman lors d’un concours des Editions du Seuil que je remercie, ils m’ont laissé choisir dans leurs nouveautés… et le choix a été rude! Noir comme le jour est le premier roman que je lis de Benjamin Myers, et j’apprécie toujours de découvrir une nouvelle plume. Le titre de ce livre m’a particulièrement plu, l’oxymore qui le compose pique la curiosité, allié à une belle couverture, et un résumé alléchant, il n’en faut pas beaucoup plus pour me tenter! 

      Le récit se déroule dans une petite ville de campagne, natifs et nouveaux arrivants se côtoient, mais un jour, dans une ruelle sombre, on retrouve le corps de Josephine Jenks, elle a été tailladée. Les spéculations vont bon train : qui pouvait en vouloir à cette ancienne gloire locale du cinéma X? Bientôt d’autres agressions se succèdent, les médias s’emballent, le bouc-émissaire parfait est trouvé… Mais le journaliste Roddy Mace et l’inspecteur James Brindle n’y croient pas. Pour eux, le serial killer qui sévit n’est pas du tout celui qu’on croit.

       Tout d’abord, dès les premières pages, Benjamin Myers arrive à faire cristalliser cette impression morose et désagréable des petites villes où tout le monde se connaît et s’observe, des villes figées dans le temps, où la réussite sociale n’est qu’un doux rêve, des villes rongées par la misère sociale, où les piliers de bar s’affublent du rôle de justiciers dès qu’ils ont un peu trop bu. Ici, l’amertume a gagné le cœur de beaucoup d’habitants, le mari tant aimé est finalement un rustre – parfois violent- , le journal local se meurt, étouffé peu à peu, le déclin s’amorce et s’abat sur les gens, amplifié par la tristesse du temps, fermant toujours un peu plus les cœurs, exacerbant les jalousies devant la bonne fortune de certains. L’ambiance de petit village accroît les tensions et contribue à rendre l’atmosphère poisseuse et désagréable. Chacun y va de son petit commentaire sur les événements, veut intervenir…

     Tony Garner est une figure clef de ce livre, cet enfant devenu l' »idiot du village »  est désormais adulte, mais, il est complètement à la marge de la bonne société, il est accepté, mais est moqué en permanence et ses activités ne l’aident pas à s’intégrer et à s’attirer la sympathie. S’il est accepté en ville, ce n’est qu’en surface, car bien vite, la populace pourrait se retourner contre lui, sans gêne. Ce personnage suscite la pitié parce qu’il est souvent victimes, mais pour autant, il ne m’a pas vraiment touchée.

     En réalité, et c’est sans doute un élément qui m’a gênée, aucun personnage de ce roman n’est très sympathique. Roddy Mace, le journaliste local qui couvre les affaires, est un homme torturé, rongé par son addiction à l’alcool qu’il veut vaincre, et semble s’être enterré dans cette bourgade pour faire peau neuve. Mais il ne provoque pas d’élan du cœur, de compassion. L’enquêteur James Brindle non plus, malgré ses casseroles et ses doutes. Moi qui ai un petit faible pour les personnages cabossés par la vie, je n’arrive pas à trouver chez ces personnages- là une humanité qui me fasse vibrer. Les victimes d’ailleurs ne sont pas beaucoup plus attachantes, malheureusement.

     La rythmique du récit est intéressante. D’un point de vue stylistique, nous avons de très beaux morceaux, l’attente sourde d’un événement, d’un indice est très bien mise en scène et confère une lenteur oppressante au récit. Durant un bon tiers du roman, nous attendons la deuxième victime… Puis une accélération intervient, mais le mobile des crimes est diffus, les suspects sont fantomatiques, et journalistes comme enquêteurs semblent tourner en rond. Le rythme du roman se met donc au diapason des événements relatés. Si j’en comprends l’effet et l’intérêt, ce choix ne m’a pas emportée. J’ai attendu trop longtemps à mon goût les autres victimes, je me suis noyée dans les atermoiements de James Brindle ou de Roddy Mace et je me suis agacée de l’orgueil rustre du policier de la ville… Quant à la fin, elle est des plus originales, je reconnais fort bien n’avoir jamais lu une telle chute dans un polar, mais, associée à cette rythmique et aux personnages qui ne m’ont pas séduite, elle me laisse un petit goût amer d’inachevé, alors même que ce parti pris est intéressant.

 

     Ainsi, Noir comme le jour est un polar qui propose une atmosphère sourde, une peur diffuse qui étreint une petite ville, la gangrène, attise les rumeurs et les rancœurs. La plume de l’auteur fait parfaitement cristalliser cette atmosphère particulière et propose une chute originale, mais ce roman n’était finalement pas pour moi.

 

 

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